L'accord sur l'emploi fracture la gauche

Le texte renvoie la majorité à un vieux débat : celui de la loi et du contrat. François Hollande, en social-démocrate revendiqué, interdit à sa majorité d’amender le projet.

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François Hollande en a fait un symbole. Mercredi, le projet de loi transcrivant l’accord sur l’emploi, conclu entre trois syndicats (CFDT, CFTC, CFE-CGC) et le patronat le 11 janvier, est présenté en conseil des ministres. « Il sera soumis au Parlement aussitôt après », probablement en avril, a prévenu le président de la République. Mais pas question, pour la majorité, de l’amender. L’exécutif en veut une transcription « fidèle ». « Il peut y avoir des précisions sur certains points, mais à condition de rester conforme à l’esprit de l’accord », martèle-t-on à l’Élysée.

« Notre pouvoir, c’est d’abord celui de respecter la voie choisie par les partenaires sociaux en transcrivant dans la loi, sans en modifier l’équilibre, l’accord qu’ils ont conclu », acquiescent 100 parlementaires socialistes, emmenés par un très proche de Jean-Marc Ayrault, Olivier Faure, dans une pétition publiée par le Journal du dimanche. Au-delà du contenu même de l’accord conclu malgré l’opposition de la CGT et de FO, c’est au nom de la « démocratie sociale » qu’ils entendent voter pour. « Mais “que” cent députés et sénateurs, c'est loin d'être majoritaire! », s’empressent de souligner les socialistes sceptiques. Car alors que le Front de gauche est vent debout, une partie du PS, comme les écologistes, sont plus que réticents.

Jean-Claude Mailly et Bernard Thibaut © Rachida El-Azzouzi Jean-Claude Mailly et Bernard Thibaut © Rachida El-Azzouzi

Au-delà de son contenu, cet accord ressuscite un débat théorique ancien. Après avoir opposé historiquement la droite (favorable à la contractualisation des rapports sociaux) et la gauche (partisane de la loi, pour protéger les salariés, jugés structurellement plus faibles que le patronat), il consacre aujourd’hui une fracture à l’intérieur de la gauche française. Et après les échanges entre première et deuxième gauche depuis les années 1970, il traverse désormais la majorité gouvernementale et parlementaire.

François Hollande a depuis longtemps choisi sa voie. Même s’il ne l’a pas toujours crié très fort, il est depuis les années 1980 et l’époque des “transcourants”, rangés derrière Jacques Delors, un fervent partisan de la « démocratie sociale ». À l’époque de la gauche plurielle de Lionel Jospin, le premier secrétaire du PS avait peu goûté la méthode choisie par la ministre du travail d’alors, Martine Aubry, pour imposer les 35 heures. « Ce qui a manqué en début de législature, c’est une grande conférence sociale où tous les sujets auraient pu être abordés : les 35 heures, les retraites, le contrat de travail, les salaires... de manière que le donnant-donnant puisse apparaître », expliquait Hollande dans un livre d’entretiens paru en 2009 (Droit d’inventaires, entretiens avec Pierre Favier, Seuil). Une phrase prémonitoire de son début de quinquennat, trois ans plus tard.

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