Dans le rétro du FN: 2012: l’avènement de Marine Le Pen

Par Valérie Igounet

L’historienne Valérie Igounet décrypte les six présidentielles du Front national. Dernier volet de sa série : l'élection de 2012, où Marine Le Pen, sans changer les axes du programme de son père, tente d'imprimer l'image d'un nouveau parti et de puiser ses thématiques dans le terreau de la gauche traditionnelle.

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C’est une élection qu’il faut appréhender dans la durée. À savoir, remonter aux législatives de juin 2007. Marine Le Pen confirme alors son travail d’implantation à Hénin-Beaumont. Ses 41,06 % de voix obtenus au second tour sont, certes, le résultat du travail en amont de Steeve Briois et de Bruno Bilde qui y ont pratiqué un « maillage militant particulièrement efficace ». Mais même si elle est battue, Marine Le Pen sait que cette nouvelle étape la mène vers d’autres perspectives dont une essentielle : la succession à Jean-Marie Le Pen. 

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Une ascension indéniable

Moins de trois ans plus tard, elle se présente dans sa terre de prédilection. Les élections régionales (14-21 mars 2010) se situent à une période charnière de l'agenda politique. À deux ans de la présidentielle de 2012, elles constituent une référence historique pour le FN. Elles servent, entre autres, de plate-forme programmatique au discours mariniste sur les thématiques économiques et sociales propagées dans cette France des « invisibles, des oubliés ».

Les paroles de Marine Le Pen, prononcées peu après ces élections, révèlent sa stratégie locale, doublée d’une nationale : « Je pense que l’on est en train d’ouvrir un nouveau chapitre de l’histoire du Front. C’est une maturité naturelle pour un parti politique encore jeune. Je n’ai pas le goût de l’effort inutile. Moi, je fais de la politique pour arriver au pouvoir et pour changer les choses. (...) Dans l’opposition, on peut acquérir une grande crédibilité. (…) On passe par l’opposition avant de gagner. »

À l’issue de ces élections, elle s’impose comme le « leader naturel du parti » et le symbole de la reconquête frontiste. Forte de ses 22,20 %, sa liste est la seule à avoir amélioré son score au second tour. Ce qui est possible à Hénin-Beaumont « doit l’être dans chaque commune de France », explique-t-elle ; et de poursuivre : « Il suffit de s’en donner la peine. Ce résultat veut dire que nous sommes capables d’élargir notre électorat, bien plus loin que notre famille naturelle, et j’espère qu’en termes de positionnement ce résultat sera le point de départ de l’avenir de la construction du Front. Le résultat que j’ai pu obtenir ici démontre que, loin de se radicaliser, il faut défendre bien entendu nos idées sans excès, et bien sûr sans faiblesse. »

Une précision est nécessaire : le FN réalise son plus mauvais résultat à ce type d’élection. Il perd 1,2 million de voix par rapport à la précédente. Pour la première fois aux régionales, le nombre des abstentionnistes (53,7 % des inscrits) dépasse celui des votants. Mais pour Marine Le Pen, ces résultats traduisent, malgré tout, l’« affirmation d’un vote d’adhésion. Le FN a su démontrer qu’il pouvait gouverner sur des idées radicalement nouvelles ».

Le congrès de Tours, les 15 et 16 janvier 2011, est la suite de l’histoire et représente, évidemment, une étape essentielle. Sur les 22 403 adhérents du FN qui peuvent voter, près du quart ne le font pas. 11 546 se prononcent pour Marine Le Pen et 5 522 pour Bruno Gollnisch. Marine Le Pen devient la seconde présidente du FN, confortée par une avance significative. Son père est nommé président d’honneur et reste président de la Cotelec. Quelques jours après sa prise de pouvoir, elle balaie un des fondamentaux lepénistes.

C’est comme une première mise au point : « Tout le monde sait ce qui s’est passé dans les camps et dans quelles conditions. Ce qui s’y est passé est le summum de la barbarie. » Le FN entame une nouvelle période en s’affranchissant du négationnisme : une étape obligée pour une éventuelle normalisation. Le principe premier du FN – la « préférence nationale » – est rebaptisé « priorité nationale » ; une substitution lexicale qui ne change rien au fond, si ce n’est que l’islamophobie supplante l’antisémitisme. L’organigramme du FN reproduit les logiques antérieures et se compose des fidèles de Marine Le Pen. Fin 2011, le FN aurait retrouvé sa capacité militante de la fin des années quatre-vingt, avec 46 868 adhérents. En un an, leur nombre aurait donc pratiquement doublé.

Nouvelle présidente = nouveau FN ?

La nouvelle flamme du Front national. La nouvelle flamme du Front national.

Une nouvelle flamme apparaît. On l’aperçoit pour la première fois, semble-t-il, en avril 2003 à l’occasion du congrès de Nice. Elle est utilisée pendant la présidentielle de 2007, signe de l’entrisme de celle qui est alors vice-présidente du FN. Le parti poursuit une tradition mise en place dès 1972 : un signe d’identification pour une période politique précise. La flamme « Marine » se veut plus dansante, plus féminine et affiche, entre autres, une volonté de séduire un électorat plus large, notamment les femmes. Elle s’impose à partir du congrès de Tours même si, sur certains supports, logo et sigles du FN ne figurent pas. D’ailleurs, l’affiche de la campagne présidentielle de 2012 suit cette orientation. Le slogan minimaliste et positif « Oui ! La France. Marine Le Pen » identifie la candidate à son pays et confirme en trois mots une des valeurs intrinsèques au frontisme, le nationalisme.

L'affiche de Marine Le Pen lors de l'élection présidentielle de 2012. L'affiche de Marine Le Pen lors de l'élection présidentielle de 2012.

Dans son livre programme Pour que Vive la France, Marine Le Pen explique qu'il est « désormais interdit de considérer que la France, ce sont aussi les clochers et les cathédrales par héritage, et que l’irruption soudaine dans notre paysage de signes prosélytes tels que les mosquées cathédrales ou les minarets ne sont pas nécessairement souhaitables ». Après une parenthèse d'une vingtaine d'années, la propagande du FN réinvestit le thème de l’islamophobie.

Le FN entend mettre un terme à la visibilité de l'islam par l'interdit. La ligne politique du parti de Marine Le Pen, fondée sur le rejet de l’islam, assimilé en tant que culture et religion à un danger, dénonce ce qu'elle considère comme des « signes religieux ostentatoires ». Marine Le Pen fait de la lutte contre l’islamisation et de la défense de la laïcité les articulations de son discours. Son message se résume à ce double thème : le danger islamiste s’oppose aux valeurs laïques véhiculées par la démocratie, fondements de la République française ; la stigmatisation des musulmans faisant de l’islam et de la République deux entités incompatibles.

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[1] Fondation Jean-Jaurès, dans « Le FN, parti des ouvriers ? », 25 février 2014.