Hôtel-Dieu : une tête coupée à l’AP-HP

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La directrice générale de l’Assistance publique-hôpitaux de Paris, Mireille Faugère, perd son poste. Le ministère de la santé la remplacerait par Martin Hirsch.

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C’est un nouvel épisode du chaotique conflit autour de l’Hôtel-Dieu. Les urgences moribondes de cet emblématique hôpital parisien se vident, son nouveau projet médical peine à prendre forme, et voilà que la directrice générale de l’Assistance publique-hôpitaux de Paris, Mireille Faugère, perd son poste. Le ministère de la santé la remplacerait par Martin Hirsch, président de l’Agence du service civique, de retour en grâce à gauche, après son passage au gouvernement Fillon comme Haut-commissaire aux solidarités actives (2007-2010). C’est l’Agence de presse médicale qui a révélé l’information. Le ministère reste muet. Chacun à l’AP-HP prend d’ores et déjà acte de ce changement de tête. Mais personne ne s’en satisfait.

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C’est bien la gestion du dossier de l’Hôtel-Dieu, notamment les relations tendues avec la mairie de Paris à quelques mois des élections municipales, que paie Mireille Faugère. « Cette histoire a été mal gérée par tout le monde, de l’Élysée à l’AP-HP. Mais puisqu’on ne peut pas virer la ministre de la santé ou le maire de Paris pour une raison aussi futile, il reste un bouc émissaire : Mme Faugère », explique le psychiatre Bernard Granger, membre du Mouvement de défense de l’hôpital public et de la Commission médicale d’établissement de l’AP-HP. Lui qui n’a pas « une haute opinion » de la directrice générale, trouve tout de même cette décision « un peu moche ».

Loïc Capron, le président de la Commission médicale d’établissement, qui représente les médecins de l’AP-HP, veut lui aussi mettre les choses au clair : « Je n’ai pas réclamé la tête de Mireille Faugère, qui n’a pas démérité. Nous avons travaillé ensemble de manière constructive. » Il est bien moins amène avec la ministre de la santé Marisol Touraine : « Cette décision n’a ni queue ni tête. Nous sommes encore dans une passe difficile à l’Hôtel-Dieu. Est-ce que cela ne va pas donner du grain à moudre aux opposants à la fermeture des urgences ? »

Plus étonnant, le plus virulent des détracteurs du nouvel Hôtel-Dieu, le médiatique urgentiste Gérald Kierzek, ne veut pas non plus être tenu responsable de ce départ : « Je ne suis pas un coupeur de tête. » Il rappelle la situation actuelle du service, « asphyxié », puisque le Samu n’oriente plus les urgences graves vers l’Hôtel-Dieu : « Nous ne sommes plus que trois médecins. La nuit dernière, nous n’avions que deux malades. Il faut arrêter les mensonges : changer de feuille de route et préserver cet hôpital, ou le fermer. » Pour la CGT, qui réclamait depuis des mois la tête de Mireille Faugère, c’est bien une victoire, « la conséquence de la pression constante mise par notre organisation syndicale »

Quant à savoir ce que signifie ce départ pour l’avenir de l’Hôtel-Dieu, personne ne s’avance. Jean-Yves Fagon, qui pilote le nouveau projet de santé publique et de consultations 24 heures sur 24, attend du nouveau directeur général « une volonté très forte de mener ce projet à bien, et ne pas se laisser perturber par du brouhaha »À défaut, il prévient qu’il jettera l’éponge : « Mireille Faugère m’a confié une mission. Si le nouveau directeur général ne la poursuit pas, je n’irai pas plus loin. »

L’Hôtel-Dieu et l’AP-HP attendent encore la confirmation de ce changement de tête, qui pourrait ne pas intervenir avant plusieurs jours. Une incertitude supplémentaire pour le monde hospitalier parisien, qui n’en avait pas forcément besoin.

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