Affaire Ramadan: la croisade des imbéciles

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Voilà Mediapart précipité sur le bûcher au nom dune « complicité » supposée avec Tariq Ramadan. Pire même, peut-être aurions-nous délibérément ignoré les actes dun homme aujourdhui accusé de viols et dagressions sexuelles. Cette campagne ignominieuse à la Donald Trump, emmenée par Manuel Valls, porte un projet politique où se rejoignent une partie dune gauche en ruines et la droite identitaire.

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Edgar Morin, lun des plus grands intellectuels français, serait donc le complice dun criminel sexuel. Son tort ? Avoir publié en 2014 et début octobre 2017 deux livres de dialogue (nous avons rendu compte du deuxième ici) avec lintellectuel musulman Tariq Ramadan, depuis accusé de viols et dagressions sexuelles. Mesure-t-on linanité comme labjection dun tel amalgame ? Cest pourtant ce que Mediapart, son président Edwy Plenel, dautres médias (Les Inrockuptibles, le Bondy Blog), journalistes (Frédéric Taddéi) et intellectuels (Pascal Boniface) doivent subir depuis plusieurs jours.

Nous voilà la cible dune campagne nauséabonde où se retrouvent la « fachosphère », quelques journalistes chroniqueurs et éditocrates, des responsables politiques dune partie de la gauche socialiste en ruines et de lextrême droite. Tout ce joli monde est emmené par Manuel Valls, qui sest livré dimanche 5 novembre à dindignes déclarations. Nous ne nous y trompons pas : au-delà dune campagne imbécile et diffamatoire qui vise à nous faire les complices de toujours dun présumé criminel sexuel, cest bien un projet politique qui tente de se remettre en selle.

Sous couvert de défense de la laïcité, de lutte contre le terrorisme et aujourdhui de défense des femmes, les croisés de la discrimination, de la stigmatisation des musulmans, les enragés de la réaction relancent leur chasse aux sorcières. Donald Trump a franchi lAtlantique. Sur son modèle, voici les incendiaires qui chassent en meute, avec leurs journalistes à la Fox News, leurs amalgames, leurs « fake news », leurs tweets injurieux.

Et au moment où les dispositions de létat durgence entrent dans la loi ordinaire (lire notre article ici), ces nouveaux maccarthystes, qui ont troqué lanticommunisme contre lislamophobie, veulent créer un nouveau délit. Un délit dopinion, celui de « complicité » intellectuelle, selon Manuel Valls. Celui d’être des complices ou « idiots utiles du ramadanisme », selon Renaud Dély, directeur de la rédaction de Marianne, qui a fait de la vulgarité antimusulmane son fonds de commerce.

Voici, en première réponse, les déclarations dEdwy Plenel, invité de BFM dimanche 5 novembre :

Edwy Plenel sur l'affaire Tariq Ramadan 5 nov 2017 © RePlay Bevue

Reprenons. Tariq Ramadan est visé par deux plaintes pour viol et agression sexuelle, la première déposée le 20 octobre, la deuxième enregistrée le 27 octobre. Sur la base de la première plainte, le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire des chefs de « viol, agression sexuelle, violences et menaces de mort », et il examine la deuxième. Depuis ces dates, d’autres témoignages de femmes ont fait état de violences similaires.

Enfin, le 5 novembre, dans une enquête de La Tribune de Genève (lire ici et ), quatre femmes racontent anonymement avoir été harcelées et, pour certaines, avoir eu des relations sexuelles avec Tariq Ramadan, alors qu’elles étaient mineures et que ce dernier était leur enseignant à Genève. La défense de Tariq Ramadan n’est pas seulement pathétique, elle est immonde, dans la dénonciation d’un complot politique, un « complot sioniste », selon beaucoup de ses supporteurs, qui laissent libre cours à leur logorrhée antisémite.

Mediapart a rendu compte et informé ses lecteurs de ce scandale Ramadan, du dépôt des plaintes (lire notre article ici) et de l’accumulation de témoignages. Nous poursuivons notre enquête sur ces faits présumés, avec nos règles de travail (ici expliquées par Lénaïg Bredoux) et les obstacles classiques que nous rencontrons dans ce type de recherche : la protection des sources ; la difficulté des femmes de témoigner ; la nécessité de croiser les témoignages recueillis et d’en vérifier la véracité. Enfin, cette affaire Ramadan s’inscrit dans une couverture plus large que nous consacrons au séisme provoqué par le scandale Weinstein. Voilà notre dossier complet : DSK, Baupin, Weinstein. La fin du silence ?

Au cœur des engagements éditoriaux de Mediapart se trouve précisément cette volonté dinstaller au centre du débat public la question des violences faites aux femmes, du sexisme ordinaire, des discriminations permanentes.

Nous lavions fait lors de laffaire Strauss-Kahn, en 2011, non sans provoquer quelques remarques courroucées de politiques et déditocrates (les mêmes qui sindignent aujourdhui de notre « complicité » !) dénonçant cette soudaine « tyrannie de la transparence ». Cétait en mai 2011 et un certain Manuel Valls estimait alors que les images de DSK, inculpé pour tentative de viol, sortant menotté du commissariat de Harlem à New York étaient d« une cruauté insoutenable », tandis que Jean-Christophe Cambadélis, autre fidèle strauss-kahnien, protestait contre « cette humiliation planétaire ».

Le même Manuel Valls, devenu premier ministre, ne sest pas plus ému du sort des femmes lorsque Mediapart et France Inter ont révélé en mai 2016 plusieurs témoignages sur des faits pouvant être qualifiés d’agression et de harcèlement sexuels impliquant le député écologiste Denis Baupin. Il na pas eu un mot lorsque trois femmes ont déposé plainte contre le parlementaire (notre dossier sur l'affaire Baupin est ici). Et il na pas plus réagi quand il a été révélé quun de ses ministres, Jean-Michel Baylet, avait fait en 2002 lobjet dune plainte pour violences de la part de son ancienne collaboratrice parlementaire (lire l'enquête de Buzzfeed et notre article est ici).

Notre récente enquête sur le sexisme et les harcèlements commis par le député Jean Lassalle na pas davantage provoqué lindignation ou au moins linquiétude de nos croisés daujourdhui. Est-ce parce quil sagit de cette « gauloiserie » si française quelle en deviendrait tolérable, même si ce quotidien de sexisme et de harcèlement est le quotidien des femmes ? De même, le Machoscope, que nous publions depuis 2012 et qui tient la chronique ordinaire du sexisme en politique, na jamais ému ni même intéressé nos belles âmes dun jour.

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