Sabotage SNCF: Mediapart publie une tribune de l'un des mis en examen

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Dans une tribune libre, publiée par Mediapart, Benjamin Rosoux, mis en examen pour «association de malfaiteurs en vue d'une entreprise terroriste», dresse une analyse sans concession sur l'affaire des caténaires. Il parle de la prison, des différentes jeunesses qu'il y a croisées, de la construction d'«ennemis intérieurs», de la justice et du reste. Tandis que les avocats de Yldune Lévy et Julien Coupat pourraient redéposer des demandes de liberté très prochainement.

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C’est une tribune libre d’un jeune homme… libre et qui s’interroge en quelque sorte sur sa liberté. La tribune, adressée à Mediapart, est signée « Benjamin, épicier-terroriste ». Benjamin, c’est Benjamin Rosoux, 30 ans, l’un des neuf gardés à vue et mis en examen dans l’affaire des sabotages SNCF. Sa liberté, c’est celle qui l’a vu sortir de la prison de Fresnes après trois semaines de détention provisoire. Depuis, écrit-il, il est «hanté d’une certitude: cette libération relève d’une "chance" inespérée, chance qui remonte à loin, celle d’une part d’être né blanc, d’avoir eu l’opportunité d’être diplômé, d’avoir des parents et des amis issus de cercles "privilégiés" dont la mobilisation a sans nul doute plus de chance d’être entendue que si j’étais né ailleurs et dans un autre milieu».
Dans ce texte, écrit serré, que Mediapart reproduit intégralement ici, Benjamin Rosoux revient bien sûr sur la prison. Ce qu’il en a vu. Et ceux qu'il a croisés: «Un fait saute aux yeux quand on fréquente les cours de prison, une très claire majorité de détenus est composée par des jeunes des quartiers populaires, dont certains ont été abonnés aux séjours en prison. On remarque aussi le nombre effarant de personnes détenues, pour des périodes souvent très longues, sous le régime de la détention provisoire, régime dit “exceptionnel”. Six mois, 9 mois, 1 an, 2 ans, 3 ans, sans procès et bien souvent sans preuve tangible.» Et de prévenir: «Pas de misérabilisme toutefois, la solidarité se forge aussi derrière les murs des prisons, la politique pénale de ce gouvernement est en train de fabriquer une bombe à retardement. Plus on bourrera jusqu’à la gueule les geôles de ce pays, plus des destins vont s’y croiser et dresser des ponts entre tous ces milieux si savamment séparés à l’extérieur.» S’ensuit un parallèle entre le traitement de Villiers-le-Bel et de Tarnac. Un parallèle qui, à ses yeux, pourrait se résumer à ceci: «Une politique de communication de longue haleine pour dessiner les contours de “l’ennemi intérieur”, qui débouche bruyamment sur des opérations coup de poing surmédiatisées.»
Et lui que la police anti-terroriste soupçonne d’être le «bras droit» de Julien Coupat – ce qu’il conteste (ce genre de qualificatifs sonnent pour lui comme «de sévères efforts d’assaisonnement [d’une] histoire un peu fadasse») – revient en détail sur l’affaire. Sur le dossier («la grossièreté du montage policier»), sur les «outils de l’anti-terrorisme [qui représentent] un glissement significatif des procédés de gouvernement», sur les chefs de mises en examen à la fois vastes et flous («associations de malfaiteurs»), sur les mots choisis et les images imprimées, sur le désormais fameux L'Insurrection qui vient, sur les «doutes à lever [et les ] manipulations à déjouer». Pour conclure: «Ma position est en phase avec celle des comités de soutien qui fleurissent un peu partout: abandon des charges de "entreprise terroriste" et "d’association de malfaiteurs", libération immédiate de Julien et Yldune et de tous ceux et celles qui sont incarcérés à ce titre, pour commencer…»

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