La justice ouvre une enquête sur le patrimoine de Marine Le Pen

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Le parquet national financier a étendu jeudi l'enquête en cours visant Jean-Marie Le Pen « aux faits de déclaration inexacte de patrimoine concernant Marine Le Pen ». Fin décembre, la Haute autorité pour la transparence de la vie publique avait alerté la justice, soupçonnant les deux Le Pen d'avoir sous-évalué leurs déclarations de patrimoine.

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La justice va se pencher sur le patrimoine de Marine Le Pen. Le parquet national financier (PNF) a annoncé ce jeudi que l'enquête en cours visant Jean-Marie Le Pen était étendue « aux faits de déclaration inexacte de patrimoine à la HATVP concernant Madame Marine Le Pen ».

Le 21 décembre, la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) avait transmis au PNF des éléments sur les déclarations de patrimoine de Marine Le Pen et son père. L'organisme de contrôle soupçonne les deux eurodéputés d'avoir sous-évalué d'environ 60 % leurs actifs respectifs dans leurs déclarations remises en 2014, au début de mandature (lire notre article).

Chargée du contrôle des déclarations de patrimoine, la Haute autorité a déjà transmis treize dossiers à la justice depuis sa création, fin 2013. Elle a rendu une décision concomitante pour les deux Le Pen, puisque certains éléments de leur patrimoine immobilier sont communs. En l’occurrence, des parts dans des propriétés familiales, notamment le célèbre manoir de Montretout, à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine). 

Marine Le Pen avait en effet acquis, en 1994 puis en 2012, des parts dans la SCI du Pavillon de l’écuyer, propriétaire de la villa de Montretout. Les Le Pen avaient protesté et aussitôt déposé un recours devant le Conseil d'État, qui a été rejeté le 23 décembre. « Marine Le Pen a repris ce que déclarait son père, sa bonne foi est totale », avait justifié fin décembre à Mediapart Wallerand de Saint-Just, le trésorier du FN. 

Marine Le Pen lors de ses vœux au siège du FN, le 7 janvier 2016. © Reuters Marine Le Pen lors de ses vœux au siège du FN, le 7 janvier 2016. © Reuters

Le Parquet national financier a décidé jeudi de verser les éléments de la HATVP « à l'enquête préliminaire en cours » visant Jean-Marie Le Pen, qui concerne des faits de fraude fiscale aggravée, blanchiment aggravé de fraude fiscale aggravée et déclarations inexactes à la HATVP (et son ancêtre, la Commission pour la transparence de la vie politique).

Cette enquête avait été ouverte fin 2013 après un signalement de la Commission pour la transparence de la vie politique. En examinant la déclaration de patrimoine de Jean-Marie Le Pen, la Commission avait constaté que le fondateur du FN s’était enrichi d’1,1 million d’euros entre le début (2004) et la fin (2009) de son mandat (lire l'enquête de Mathilde Mathieu). Elle avait jugé ce gain suspect au regard de ses revenus officiels.

En avril 2015, de nouveaux éléments, transmis à la justice par Tracfin, la cellule antiblanchiment de Bercy, et révélés par Mediapart, avaient élargi l’enquête : l'existence d'un compte caché en Suisse, détenu par l’assistant personnel de Jean-Marie Le Pen, Gérald Gérin, également trésorier de son micro-parti, Cotelec. 2,2 millions d’euros avaient été déposés sur ce compte, dont 1,7 million en lingots et pièces d’or. Son épouse, Jany Le Pen, a quant à elle fermé en 2008 un compte personnel au Crédit suisse.

En mai dernier, le parquet national financier hérite de l’ensemble du dossier et ouvre une enquête pour « blanchiment de fraude fiscale ». Cinq mois plus tard, Jean-Marie Le Pen, sa femme et son assistant, font l’objet d’une plainte du fisc pour fraude fiscale aggravée. En novembre, les enquêteurs perquisitionnent ses domiciles et bureaux, ils ouvrent ses six coffres-forts et découvrent des prêts suspects et des pièces d’or.

Comme Mediapart l'a raconté, le patrimoine et l'éventuelle fortune cachée de Jean-Marie Le Pen font depuis des années l'objet d'interrogations : qu’il s’agisse de l'héritage Lambert – longtemps contesté, qui l’a rendu millionnaire dans les années 1970 –, de son compte suisse ouvert à l’UBS en 1981 ou encore des déclarations, dans les années 1980, de son ex-femme, Pierrette Lalanne, qui assurait avec moult détails que cet héritage comptait « une autre partie » (40 millions de francs), non déclarée, en Suisse.

Le fondateur du FN a toujours réfuté ces accusations et affirmé que son patrimoine était « parfaitement transparent ». En 2013, il a cependant reconnu l'ouverture du compte à l'UBS en 1981, par son vieil ami Jean-Pierre Mouchard, après en avoir toujours contesté l’existence. Lorsque Mediapart a apporté de nouveaux éléments, il a justifié l’ouverture de ce compte par un « prêt » que lui aurait consenti à l’époque l’UBS, et a affirmé que l’« opération » était « passée sous le contrôle de l’administration française ». Mais Le Pen n'a pas rendu public le document de prêt qu'il affirme avoir obtenu, ni indiqué les conditions précises de cet « emprunt ».

Tout en défendant son père, Marine Le Pen a toujours pris soin de se mettre à distance en précisant à plusieurs reprises qu’elle n’est « en aucun cas au courant des affaires patrimoniales » du fondateur du FN. Cette fois-ci, c'est de son propre patrimoine qu'il est question. Le Code pénal punit de trois ans de prison, de 45 000 euros d’amende et jusque dix ans d’inéligibilité le fait d’omettre de déclarer une partie substantielle de son patrimoine ou de fournir une évaluation mensongère.

La présidente du FN doit par ailleurs faire face à deux autres affaires qui touchent son parti : l'une sur le financement des campagnes de 2012 de son parti – dans laquelle elle a été entendue par les juges comme témoin assisté mardi – et l'autre sur des soupçons de fraude du FN au parlement européen.

L'enquête judiciaire sur ses financements a été ouverte en avril 2014. Les juges soupçonnent les responsables de Jeanne, le micro-parti de Marine Le Pen, d’avoir mis sur pied un système d’enrichissement illégal, avec de l’argent public. Ils estiment à 10 millions d'euros les sommes qu'auraient détournées Jeanne et son prestataire Riwal. Au total, dix personnes ou personnes morales ont été mises en examen, dont le Front national lui-même et plusieurs proches de Marine Le Pen (le rappel de l’affaire ici).

Quant au dossier sur une fraude présumée au Parlement européen, il a donné lieu en mars 2015 à l'ouverture d'une enquête préliminaire pour « abus de confiance ». Une vingtaine d’assistants d’eurodéputés frontistes sont soupçonnés de ne pas travailler pour leurs élus alors qu'ils sont rémunérés par le Parlement (le rappel de l’affaire ici).

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