20-25 ans: un cahier de doléances

Par et
Emploi, formation, logement, salaire... à droite comme à gauche, les candidats ont bien compris que la situation sociale des jeunes sera au cœur de la campagne. Mais eux, que veulent-ils?
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En 2009, Nicolas Sarkozy lançait son plan Agir pour la jeunesse. En 2011, François Hollande promet de mettre la jeunesse au cœur de son programme. Alors que les crises (de l'emploi, du logement) touchent les jeunes de plein fouet, les politiques savent que les électeurs attendent sur ce terrain-là des réponses dès 2012. Mais que souhaitent les moins de 25 ans? Apprentis, étudiants, travailleurs ou sans emploi, agriculteurs ou jeunes parents, Mediapart les a rencontrés. Malmenés par un marché du travail hostile, ils vivent souvent au jour le jour avec un budget serré et ont le sentiment de ne pas être entendus.

NE PLUS ETRE UN BOUCHE-TROU

 

Önder, 23 ans, rêve d'être propriétaire et devenir son propre patron. «J'ai envie d'avoir quelque chose à moi.» Quelque chose qu'on ne lui retire pas du jour au lendemain.

Il explique, les yeux baissés, la honte qu'il éprouve en déposant son CV dans les entreprises. «Les patrons regardent d'abord le physique, puis les diplômes.» Et lui, d'origine turque et sans diplôme, a l'impression d'être perdant sur les deux tableaux: «C'est le Français bien blanc aux yeux bleus qui a le poste.»

Önder aurait voulu faire un BEP commerce. Mais «au collège, on m'a dit que je n'avais pas le niveau en maths. Alors je les ai écoutés et j'ai mis en premier vœu BEP industrie chimique.» Il est admis. Sauf qu'en plus des maths, il doit étudier la physique et la chimie. Largué, il abandonne et travaille comme manœuvre sur un chantier, dans une entreprise familiale, puis frappe aux portes des boîtes d'intérim.

Il multiplie les missions sur la chaîne de production de Caddie, le fabricant de chariots de supermarché. Le jeune homme vit chez ses parents, en banlieue de Strasbourg, met toute sa paye et ses primes de précarité de côté pour acheter un appartement. Et puis «il y a eu un nouveau patron dans l'entreprise... Deux mois plus tard, on me demande de dégager».

 

L'intérimaire décroche des missions dans une imprimerie. Le scénario se répète. Il se sent comme un « bouche-trou » dans «un monde où on ne peut rien dire», l'entreprise. «Quand je l'ouvrais, on me répondait : “Si t'es pas content, tu t'en vas, y en a 50 pour te remplacer”.»

A nouveau sans emploi, il envoie tout valser, flambe et claque toutes ses économies. Quand il retrouve le chemin de Pôle emploi, on lui propose des stages. Il finit par décrocher un CDD d'insertion de 4 mois pour un travail de coursier. Aujourd'hui, il se considère comme un «raté», se sent «vide». «Mon père m'a emmené à un point, je ne veux pas traîner à ce point, je veux avancer. Alors oui, l'argent ne fait pas le bonheur mais être pauvre non plus.»

 

APPRENTISSAGE : LA PRECARITE DES 14 ANS

Claire, 22 ans, rêve d'une «vie normale», «ne plus vivre pour travailler mais travailler pour faire autre chose, avoir des loisirs, une famille, acheter un appartement, être plus sereine... ». Claire est coiffeuse à Strasbourg, gagne 1200 euros par mois et travaille depuis l'âge de 13 ans et demi. Ecolière brillante, la jeune femme arrive en apprentissage avec deux ans d'avance. «En fait, mon âge a toujours été un problème, une barrière. J'ai toujours été en décalage.» Plus les apprentis sont jeunes, moins leur salaire est élevé. «Quand j'y repense, j'ai encore une boule dans la gorge», lâche-t-elle. A 14 ans, elle travaille 65 heures par semaine et vit avec 500 euros par mois, pour payer le loyer, les courses, les factures, le transport... Ses parents ne la soutiennent pas, elle apprend seule à gérer son budget très serré. Un budget impossible. Alors elle tombe dans le piège des crédits à la consommation qu'elle rembourse encore aujourd'hui. Elle essaie de relativiser, dit au moins «s'être endurcie», même si «c'était dur, peut-être un peu trop dur».

Claire s'est formée en alternance jusqu'au brevet de maîtrise supérieur, le diplôme le plus élevé en coiffure, équivalent du BTS lui permettant de monter sa propre affaire et de former des apprentis. Depuis un an, elle est employée au salon de coiffure de Logan, son compagnon. Et en janvier, pour la première fois de sa vie, elle part en vacances.

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