Plan d'austérité: travailler plus pour gagner moins

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Anticipation du passage à 62 ans de l'âge légal de départ en retraite; relèvement de nombreux impôts, et pas seulement de la TVA; gel des prestations sociales: c'est un plan d'austérité beaucoup plus important que prévu que François Fillon a présenté lundi, portant sur 18,6 milliards d'euros. Pour les financer, les Français devront accepter de travailler plus et plus longtemps. Décryptage.
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C'est un plan d'austérité plus violent que prévu que François Fillon a dévoilé, lundi 7 novembre, à l'occasion d'une conférence de presse à l'Hôtel Matignon. Plus violent puisqu'il portera sur 2012 mais aussi sur 2013. Plus violent aussi dans le détail des mesures qu'il va mettre en œuvre, puisque les hausses fiscales seront beaucoup plus nombreuses que prévu. Et surtout, il comprend un volet d'économies sur les dépenses sociales et une nouvelle réforme des retraites anticipant d'un an le report à 62 ans de l'âge légal de départ, qui risquent d'être très impopulaires.

Pour justifier ce dispositif, le premier ministre a répété ce que le chef de l'Etat avait dit avant lui, le 27 octobre. Il a ainsi fait valoir que, du fait de la crise, la croissance ne serait pas de 1,75% en 2012 mais de seulement 1%. Du même coup, il a souligné que le respect des engagements pris par la France auprès de Bruxelles en matière de réduction de déficits publics (des déficits ne dépassant pas 4,5% du produit intérieur brut en 2012, 3% en 2013, pour arriver à 0% en 2016) exigeait soit des hausses nouvelles d'impôt, soit des réductions complémentaires des dépenses de l'Etat ou de la Sécurité sociale.

Cette prévision de 1% de croissance est d'ailleurs encore passablement trop optimiste. Beaucoup de conjoncturistes estiment que, dans le climat actuel de crise, sur fond de plans d'austérité dans toute l'Europe, l'activité pourrait être beaucoup plus dégradée.

Quoi qu'il en soit, l'Elysée comme Matignon partagent la conviction que la France est sous la coupe des marchés financiers et qu'elle ne peut pas se permettre de perdre la meilleure des notes que lui attribuent actuellement les agences de notation. La violence du plan d'austérité serait donc dictée par cette crainte – ou cette panique –, que résume un conseiller de l'Elysée, cité par Le Monde : « Si Nicolas Sarkozy perd le triple A, il est mort. La philosophie de ce plan est simplissime et correspond à ce que souhaitent le FMI et les agences de notation. » La formule a au moins le mérite de la sincérité.

Concrètement, le plan d'austérité ne porte donc pas sur les 6 à 8 milliards d'euros qui étaient évoqués ces derniers jours, mais sur une somme totale de 18,6 milliards d'euros, échelonnée sur deux ans, dont 7 milliards en 2012 et 11,6 milliards en 2013. Il y a bien sûr dans cette présentation une part d'artifice car, dans tous les cas de figure, ce n'est pas le gouvernement actuel qui mettra en œuvre le volet le plus lourd du plan, celui qui porte sur 2013, après la prochaine élection présidentielle.

François Fillon n'en a pas moins joué sur le registre de la dramatisation, en faisant valoir que le mot « faillite » n'était « plus un mot abstrait ». Le premier ministre a même été plus explicite que cela. Suggérant que la France avait vécu à crédit pendant près de trente ans, il a expliqué que la croissance française était artificielle, parce que « soutenue par les transferts sociaux ». Sous-entendu: le social, voilà l'ennemi ! François Fillon n'a pas usé d'une thématique aussi explicite, mais c'est bel et bien ce qui sous-tendait son propos. En clair, il est plus que temps, à la faveur de la crise, de sortir du modèle social issu de l'après-guerre, inspiré par le programme du Conseil national de la résistance.

Au total, avec cette nouvelle retouche à la réforme des retraites, Nicolas Sarkozy va demander aux Français d'accepter de travailler plus. Et avec la rafale des nouveaux impôts ou le gel des prestations sociales, il va dans le même temps demander de gagner moins. Voici donc les grands volets de ce plan d'austérité.

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