Des tours ? Pourquoi Paris a décidé de reprendre de la hauteur

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Il y aura des tours à Paris: le débat est tranché et le Conseil de Paris délibère à ce sujet ce mardi 8 juillet. Nous republions à cette occasion notre enquête sur l'avenir de la capitale. Mediapart vous fait prendre l'ascenseur avec deux architectes qui présentent leurs projets : Eric Lapierre nous fait visiter sa tour; Jean-Philippe Vassal explique comment réhabiliter plutôt que de démolir.
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A la mairie de Paris, on ne parle pas de tours, on parle de «hauteurs». C'est dire si le sujet fait peur. Depuis une enquête menée en 2003 à l'occasion des discussions sur le PLU (Plan local d'urbanisme) laissant deviner qu'une majorité de Parisiens étaient opposés aux tours, le sujet est toujours abordé avec la plus grande prudence.

 

Le projet Michelin pour le site de Bercy Le projet Michelin pour le site de Bercy

La proposition de Nicolas Michelin pour le site de Bercy

 

Les Verts se sont toujours opposés à leur édification. Mais depuis leur lourde défaite aux municipales, ils ne font plus obstacle. Le champ est libre, ou presque. «Pendant la campagne, le maire a dit qu'il se savait minoritaire, mais qu'il ne s'interdisait pas de convaincre», explique Anne Hidalgo, adjointe à l'urbanisme. Bertrand Delanoë a-t-il pris sa réélection comme une manifestation de sa force de persuasion? En tout cas, la question n'est plus aujourd'hui de savoir s'il y aura des tours. Mais où et comment.

 

Et c'est sur la question des sites que la mairie avance le plus vite. Bien sûr, il n'est pas question de toucher au cœur de Paris. Mais uniquement à des sites délaissés, situés à la périphérie et qui font actuellement office d'échangeurs routiers ou de voies de chemins de fer.

 

Cinq emplacements ont d'ores et déjà été cités: porte de la Chapelle (18e), porte de Bercy (12e), Masséna-Bruneseau (quai d'Ivry, 13e), les Batignolles (17e) et porte de Montreuil (20e). Sur trois d'entre eux, des "workshops" avaient été lancés (dont sont extraites les images ci-dessous qui n'ont valeur que de documents de travail). C'est sur celui de Masséna-Bruneseau que la Ville estime les études les plus «concluantes». Un concours d'architectes pourrait être lancé en 2009. En revanche, pour la Chapelle et Bercy, il faudra encore attendre.

 

Le projet Brénac pour la Chapelle Le projet Brénac pour la Chapelle

La proposition de l'agence Brenac et Gonzalez pour le site de la porte de la Chapelle

 

Partout, de grands traits communs ont toutefois été dessinés. Ainsi, si la ville envisage des tours pouvant atteindre les 100 ou 200 mètres, celles-ci devraient se compter sur les doigts d'une main. Car dans ces immenses tours là, personne n'habitera. On y mêlera bureaux, hôtels, restaurants et équipements publics. Les immeubles destinés au logement, eux, ne dépasseront pas les 50 mètres, soit 16 étages.

Pas de mobilisation sans confiance
Pas de confiance sans vérité
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Une première version de cette enquête a été mise en ligne le 22 juin. Elle s'insérait dans une série sur l'avenir de Paris et de la région-capitale. Nous la republions ce 8 juillet à l'occasion d'un important débat au Conseil de Paris, débat qui lance le processus de concertation sur le lancement de plusieurs projets de tours. Cité par l'AFP, le maire de Paris Bertrand Delanoë a plaidé mardi devant les élus municipaux pour la construction de tours dans le pourtour de Paris, tout en reconnaissant que les "Parisiens sont réticents à l'idée même d'immeubles de très grande hauteur". "L'enjeu c'est de trouver de la place, d'abord pour le logement" et pour cela, a-t-il affirmé, "nous ne pouvons pas nous interdire de regarder vers le haut". En clair, de crever le plafond des 37 mètres imposé par le Plan local d'urbanisme (PLU) de 2006.