Patrick Baudoin: «Bruguière, c'est le juge de la raison d’Etat»

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Avocat au barreau de Paris, Me Patrick Baudoin, qui défend des proches des moines de Tibéhirine, est aussi président d'honneur de la fédération internationale des droits de l'Homme (FIDH). Familier des procédures terroristes, il porte un regard extrêmement critique sur les méthodes de Jean-Louis Bruguière, que la conduite de l'affaire des sept religieux français assassinés illustre parfaitement à ses yeux. Dans l'entretien qu'il a accordé à Mediapart, il accuse l'ancien juge d'instruction, dont il souligne l'engagement aux côtés du RPR puis de l'UMP, d'avoir «étouffé» l'affaire au nom de «la raison d'Etat», et indique qu'il pourrait demander à son successeur, le juge Marc Trévidic, de le convoquer pour qu'il s'explique.

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Avocat au barreau de Paris, Me Patrick Baudoin, qui défend des proches des moines de Tibéhirine, est aussi président d'honneur de la fédération internationale des droits de l'Homme (FIDH). Familier des procédures terroristes, il porte un regard extrêmement critique sur les méthodes de Jean-Louis Bruguière, que la conduite de l'affaire des sept religieux français assassinés illustre parfaitement à ses yeux.

 

 

Dans l'entretien qu'il a accordé à Mediapart, il accuse l'ancien juge d'instruction, dont il souligne l'engagement aux côtés du RPR puis de l'UMP, d'avoir «étouffé» l'affaire au nom de «la raison d'Etat», et indique qu'il pourrait demander à son successeur, le juge Marc Trévidic, de le convoquer pour qu'il s'explique.

 

 

Patrick Baudoin, quel souvenir gardez-vous de l'instruction menée par Jean-Louis Bruguière ?
Exécrable. Déjà, dès le départ, connaissant un peu le personnage, nous avions tout fait pour que le dossier ne lui soit pas confié.

 

C'est-à-dire ?
Lorsque j'ai déposé plainte en décembre 2003, au nom de proches des moines, j'avais demandé au parquet de Paris de plaider pour que le dossier soit confié à un juge de droit commun plutôt qu'à un magistrat antiterroriste, qui aurait été immanquablement Bruguière. Il faisait la pluie et le beau temps à la galerie Saint-Eloi [lieu où sont regroupés, au palais de justice, les juges antiterroristes, NDLR], où il était intouchable, faisant régner l'omertà. Je me souviens que mon interlocuteur au parquet était tout à fait d'accord avec moi. Ce magistrat avait d'ailleurs fait une note à la chancellerie préconisant la saisine de la juridiction de droit commun. Mais Bruguière a fait des pieds et des mains pour obtenir le dossier, dès qu'il a eu connaissance de la plainte. Résultat, le ministère de la justice a tranché en sa faveur : le dossier a été confié à la galerie Saint-Eloi. Et, bien évidemment, Bruguière a été désigné pour l'instruire.

 

Jean-Louis Bruguière est désigné en février 2004. Que se passe-t-il alors ?
Dès le départ, nous allons être en désaccord sur la stratégie à mener. Bruguière m'a dit très clairement qu'il comptait s'appuyer à fond sur la coopération des autorités algériennes. Moi, ça ne me plaisait guère, évidemment. J'avais toutes les raisons de me méfier, il y avait déjà eu tant de témoignages d'anciens officiers algériens faisant état de collusions entre les services de renseignements et les islamistes...

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