Sarkozy contre Mediapart: l’information comme droit du citoyen

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La garde rapprochée de Nicolas Sarkozy et le président de la République lui-même s'en prennent violemment à Mediapart. Notre réponse, aussi sereine et réfléchie que leurs attaques sont démesurées et déraisonnables.
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Le troisième président des Etats-Unis, Thomas Jefferson, déclara un jour que s’il devait choisir entre un pays sans presse mais avec un gouvernement et un pays sans gouvernement mais avec une presse, il opterait sans hésiter pour la seconde hypothèse. Le sixième président de la Ve République française, Nicolas Sarkozy, préférerait sans nul doute la première tant, depuis son élection en 2007, il malmène, humilie et provoque ceux qui font profession d’informer.

Parce que la presse en ligne a désormais gagné en reconnaissance et imposé son indépendance, parce qu’on ne peut plus ignorer le travail d’enquête des journaux numériques, parce qu’Internet abrite un journalisme de qualité, aussi rigoureux qu’audacieux, parce que la culture participative et interactive du Web permet de regagner la confiance et de retrouver l’adhésion des lecteurs, pour toutes ces raisons que nous ne sommes évidemment pas les seuls à incarner, Mediapart fait aujourd’hui les frais publics et violents de cette attitude présidentielle, profondément contraire aux principes démocratiques.

Ce faisant, ce n’est pas seulement un métier que le pouvoir actuel met en cause, mais la démocratie qu’il dédaigne et affaiblit. Quand la Cour européenne des droits de l’homme, sise à Strasbourg, définit le journaliste comme le «chien de garde public» (Bodrožić et Vujin c. Serbie, 23 juin 2009) de la démocratie, elle ne lui délivre pas un brevet de sympathie ou de complaisance obligatoires. Mais elle dit que ce qui est en jeu, à travers le libre exercice de cette profession, c’est un droit fondamental des citoyens, leur droit de savoir.

Pourtant gardien, au titre de sa fonction présidentielle, de nos droits fondamentaux, parmi lesquels cette liberté de l’information au premier chef, Nicolas Sarkozy n’en a cure. Aujourd’hui, avec l’affaire Bettencourt, devenue l’affaire Woerth et, potentiellement, une affaire Sarkozy, un pas supplémentaire a été franchi dans l’affirmation de cette détestation du contre-pouvoir journalistique, de sa vitalité, de son indépendance et de son irrévérence.

Confronté, comme le furent d’autres présidences, à l’une de ces «affaires» qui tourne au feuilleton, concerné à l’évidence par les faits révélés depuis le début, ébranlé dans ses pratiques incestueuses avec les milieux d’argent, le pouvoir politique a donc décidé de sonner la charge contre Mediapart, pensant que le bruit de canonnade de son artillerie (très) lourde couvrirait son abyssal silence sur toutes les questions précises posées par nos révélations et relayées par l’opposition, toutes tendances confondues.

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