L'hôpital sud-francilien taille dans les budgets pour financer la privatisation

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Le personnel hospitalier attend des gestes forts du gouvernement pour redresser la situation d’un service public financièrement dans l’impasse. Un an après son ouverture, le Centre hospitalier sud-francilien, en plus de subir les restrictions budgétaires, fait les frais d’un partenariat public-privé particulièrement ruineux. Et absurde.

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Il n’y a pas que l’industrie automobile et PSA, la rentrée sociale et la rentrée scolaire qui animeront le mois de septembre. Pris dans des coupes budgétaires toujours plus importantes, le personnel des hôpitaux public pourrait rejoindre la danse. « Le personnel hospitalier se trouve dans une situation de tension importante. Et si les attentes sont déçues, cela pourrait déboucher sur un mouvement de colère », prévient Christophe Prudhomme, médecin urgentiste CGT Santé et porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF). « Nous sommes en train de réfléchir à des moyens d’action pour la rentrée », confirme de son côté Henri Lelièvre, chirurgien orthopédiste au Centre hospitalier sud-francilien (CHSF) et président de l’association Sauvons notre hôpital public.

Car « si on vous met dans une situation où vous ne pouvez pas traiter correctement vos patients », c'est certes pénible pour les malades, mais pour les praticiens aussi « c’est dur psychologiquement et les arrêts-maladie se multiplient, poursuit le chirurgien se remémorant l'infarctus de son collègue chirurgien orthopédique. C’est le même mécanisme que le harcèlement. Les gens essayent de compenser le manque de personnel en travaillant plus dur. On aboutit à une situation de souffrance aiguë au travail».

En juin 2012, le personnel du service orthopédique du CHSF avait déjà sonné la sonnette d’alarme. Tandis que des aides-soignantes absentes pour congés ou arrêts maladie n’avaient pas été remplacées et que la direction annonçait que le service orthopédique perdra trois infirmières dès la rentrée, la colère explose et le service se met en grève. Le docteur Lelièvre entame une grève de la faim. Trois heures de jeûne auront suffit pour que le service obtienne le maintien des infirmières, l’ouverture d’un bloc supplémentaire, l’ouverture de 8 lits à la rentrée, ainsi que l’embauche de deux chirurgiens pour novembre. Mais le chirurgien reste sceptique quant à ces annonces. « Pour ouvrir de nouveaux lits, il faut avoir prévu assez d’infirmières, ce dont je doute, et pour embaucher des chirurgiens, il faut prévoir des salles sinon ils s’en iront, comme d’autres avant », affirme-t-il en précisant que, depuis la création du CHSF, neuf chirurgiens ont démissionné. « La plupart sont allés dans le privé », déplore-t-il.

L’engagement du gouvernement, pris à la fin du mois de juillet, d’allouer aux hôpitaux publics une partie des 10 milliards d'euros du grand emprunt laissés vacants par l’ancien gouvernement, ne rassure qu’à moitié. Le montant précis de ce coup de pouce reste à déterminer, mais une chose est sûre, il ne saura endiguer les déficits des hôpitaux publics, qui ne cessent de se creuser. Ils ont en effet triplé en 10 ans pour dépasser aujourd’hui les 24 milliards d’euros. L’hôpital public a vu son nombre de lits passer de 305 000 en 2003 à 270 000 en 2010, selon les données collectées par l’Insee. En attendant des engagements forts de la part du nouveau gouvernement, le malaise dans la fonction publique hospitalière demeure entier.

« Le service orthopédie est le service qui ramène le plus d’argent à l’hôpital. Il n’y a même pas d’argent pour les activités qui rapportent de l’argent. La direction y a pourtant intérêt », déplore Henri Lelièvre, selon qui « les économies faites ont coûté de l’argent ».