«1.200 élèves en plus et un demi-poste de prévu!»

Avec 9.000 postes supprimés et 1.500 classes fermées, le primaire paie le plus lourd tribut de cette rentrée scolaire. Et ça passe mal. Exemples dans le Tarn, en Gironde, dans les Bouches-du-Rhône, en Haute-Garonne, etc.

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La rentrée dans le primaire est passée... et pourtant ça ne passe pas. Alors que se tiennent ces jours-ci les comités techniques paritaires (CTP) qui, à chaque rentrée, ajustent à la marge les situations délicates et décident d'ouvrir ou de fermer des classes en fonction des effectifs, les actions de protestation se sont multipliées depuis lundi. En général purement technique, ces CTP se déroulent cette année dans un climat électrique. Comme à Créteil ou Toulouse, plusieurs rassemblements de parents et d'enseignants sont prévus aujourd'hui pour réclamer des ouvertures de classes.


Cette année, avec quelque 9.000 postes supprimés, et 1.500 classes purement et simplement fermées, le primaire a payé le plus lourd tribut à la politique du non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux. Déjà l'une des moins bien dotées des pays de l'OCDE, l'école primaire a donc fait sa rentrée dans une atmosphère explosive à certains endroits: manque de personnel, classes surchargées...
«La rentrée a globalement eu lieu dans des conditions très dégradées. On ne supprime pas 9.000 postes, 600 postes de RASED (réseau d'aide aux élèves en difficulté) sans conséquences», constate Sébastien Sihr, le secrétaire général du SNUipp, syndicat majoritaire dans le primaire. Alors que l'année passée avait déjà été marquée par une mobilisation sans précédent des enseignants, des parents mais aussi d'élus locaux, l'année scolaire 2011-2012 ne s'annonce guère plus sereine. Le chef de l'Etat avait sans doute espéré désamorcer la grogne –et éteindre une contestation bien embarrassante en pleine année électorale– en annonçant fin juin le gel des fermetures de classes dans le primaire pour 2012... Il semble que cela n'ait pas suffi.

Les suppressions décidées pour l'année 2011-2012 sont, elles, effectives et se sont fait sentir dès les premiers jours de la rentrée. Du coup, la mobilisation semble bien loin de faiblir. «Nous avons comptabilisé vingt-sept départements où des actions seront menées cette semaine rassemblant parents et enseignants.» A Lavaur, dans le Tarn, c'est dès le premier jour de la rentrée que toutes les écoles ont été bloquées par des parents et des enseignants.

Enfants sans solution de scolarisation

Dans les écoles primaires de Haute-Garonne, la situation est particulièrement tendue. «Nous avons 1.200 élèves en plus pour à peine un demi-poste d'enseignant supplémentaire dans tout le département! Pour éviter d'ouvrir des classes, la plupart sont déjà au seuil maximal d'élèves ou juste en dessous. Or, d'après les chiffres que nous sommes en train de collecter, nous allons largement dépasser les effectifs prévus», affirme Laurent Cadreils, co-secrétaire départemental. Pour lui, tous les subterfuges ont été utilisés dans l'académie pour économiser des postes: seuil d'ouverture (nombre d'élèves nécessaire à l'ouverture d'une classe) très élevé: 32 élèves de moyenne pour ouvrir une classe, la moyenne permettant de masquer les situations critiques grâce aux petits effectifs de certaines zones rurales. Devant ces sombres perspectives, un comité de défense de l'éducation nationale rassemblant élus, parents et personnels de l'Education nationale s'est créé pour cette rentrée décidément particulière.


Dans les Bouches-du-Rhône la situation n'est guère plus apaisée. «Nous perdons vingt classes alors qu'il y a 1.200 élèves de plus que l'an dernier. C'est une aberration dans un département où l'on compte autant d'établissements en quartiers défavorisés», s'indigne Christophe Doré, secrétaire départemental du SNUipp. «A Châteauneuf-les-Martigues et à La Mède, deux communes au sud de l'étang de Berre, il y a 17 classes maternelles. Quand on fait les moyennes, on est à 31 élèves par classe avec des enfants de 3 ans en liste d'attente. Ce qui veut dire que, sur toute cette zone, si le CTP ne procède pas à une ouverture de classes, des enfants vont se retrouver sans solution de scolarisation», s'inquiète le représentant syndical.

En Gironde, où plusieurs mobilisations sont prévues, l'inspection ne dispose que de neuf postes alors que les syndicats ont recensé une trentaine d'établissements qui nécessiteraient l'ouverture d'une classe. Pour beaucoup, cette rentrée se fait dans un chaos qui était totalement prévisible. «On a une classe qui fermait en juin et qui rouvre en septembre... Nous savions bien qu'elle était nécessaire. Il semble que tout cela ait été fait pour afficher le respect des injonctions ministérielles», raconte une enseignante mobilisée.

Pénurie de remplaçants

«Ils se rendent bien compte que ça coince, admet Yves-Marie Jadé du SNUipp de Lille. Pour nous la situation autour du remplacement va devenir intenable. L'an dernier sur Roubaix-Tourcoing, nous avions chaque jour entre 40 et 70 classes sans enseignants ! Là, avec la baisse du nombre de remplaçants, on craint le pire... »

Dans le Val-d'Oise, face aux hausses d'effectifs constatées à la rentrée, l'inspection académique a bien été obligée de procéder à des ouvertures de classes. Avec quelles ressources? «C'est bien le problème, comme son enveloppe ne bouge pas, elle est allée chercher là où ça se voyait le moins: en supprimant de nouveaux postes de Rased et des postes dits “surnuméraires”, mais tout à fait nécessaires, dans l'éducation prioritaire», déplore le secrétaire départemental du SNUipp, Alexis Pomérat.


La disparition pour cette rentrée de nombreux postes d'emplois de vie scolaire (EVS) fait aussi grincer des dents. «Ce sont des personnes qui faisaient énormément de travail dans les établissements. Cette aide administrative s'est avérée indispensable pour les directions d'école, raconte une enseignante. A cela s'ajoute la situation des enseignants stagiaires, dont le sort ne s'est toujours pas amélioré, quoi qu'en dise Luc Chatel. Si certains ont fait l'an passé des stages de quatre semaines, beaucoup n'ont eu que deux semaines pour apprendre leur métier et seront, en conséquence, encore moins accompagnés que les stagiaires de l'an dernier.»

Le primaire devrait participer massivement à la journée de grève nationale prévue le 27 septembre.

Lucie Delaporte

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