Banque de France : une nomination parfaitement orchestrée

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L’Élysée a annoncé mardi 8 septembre son intention de proposer François Villeroy de Galhau comme gouverneur de la Banque de France. Cette nomination a été préparée par le secrétaire général de l’Élysée, Jean-Pierre Jouyet, qui a balayé tous les problèmes de conflits d’intérêts : le milieu bancaire réussit à placer un des siens à la tête du contrôle de ce même système bancaire.

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Tout s’est passé comme prévu. Mardi 8 septembre, l’Élysée a annoncé son intention de nommer François Villeroy de Galhau gouverneur de la Banque de France, en remplacement de Christian Noyer, partant en retraite. Cette nomination a été soigneusement préparée par le secrétaire général de l’Élysée, Jean-Pierre Jouyet, comme l’a révélé Mediapart dès le 20 avril (voir notre article : Banque de France : petits échos de la vie de la cour).

Inspecteur des finances, ancien directeur du Trésor, Jean-Pierre Jouyet, de par ses fonctions à l’Élysée, s’est érigé comme le grand ordonnateur du corps le plus prestigieux de l’administration. Il a fait de la nomination du nouveau gouverneur de la Banque de France une affaire personnelle : il ne fallait surtout pas qu’elle échappe une nouvelle fois à l’Inspection des finances. Ce poste, qui figure parmi les plus prestigieux de la République, lui revenait de droit.

François Villeroy de Galhau, alors directeur délégué de BNP Paribas en février 2015 © Reuters François Villeroy de Galhau, alors directeur délégué de BNP Paribas en février 2015 © Reuters

Tout a donc été mis en œuvre pour écarter Benoît Cœuré, le successeur naturel de Christian Noyer. Bien que membre du directoire de la Banque centrale européenne (BCE) et figurant parmi les plus proches de Mario Draghi, président de la BCE, celui-ci souffre d’un handicap insurmontable : il n’appartient pas à l’Inspection. Il n’est que polytechnicien et administrateur de l’Insee. Un autodidacte, en quelque sorte.

La candidature de Benoît Cœuré paraissait d’autant plus inopportune que Jean-Pierre Jouyet, qui semble avoir un moment caressé l’idée de prendre lui-même le poste, avait son candidat : le directeur général délégué de BNP Paribas, François Villeroy de Galhau.

Le fait que ce dernier ait quitté la fonction publique depuis des années pour rejoindre le privé ne constituait pas un problème aux yeux du pouvoir. La pratique de la porte tambour – une fois dans le public, une fois dans le privé, une fois dans le public, une fois dans le privé, au gré des intérêts particuliers – fait désormais partie des usages de notre noblesse d’État. Ceux qui y appartiennent sont tellement irremplaçables qu’il faut bien leur consentir quelques passe-droits. Le fait que François Villeroy de Galhau soit un des dirigeants de la plus grande banque française n’a pas non plus soulevé la moindre objection. Depuis quand devrait-on s’inquiéter d’éventuels conflits d’intérêts, d’une capture de l’État par un secteur ? Quelle capture, pourtant : le monde bancaire va réussir à placer l'un des siens au poste le plus élevé du contrôle et de la surveillance du système bancaire français.

Aucune de ces objections n’a arrêté le secrétaire général de l’Élysée. François Villeroy de Galhau, à ses yeux, a toutes les qualités pour devenir gouverneur de la Banque de France. En plus d’être inspecteur des finances, il est, comme lui, classé parmi les hauts fonctionnaires de “gauche” : il a été directeur de cabinet de Dominique Strauss-Kahn puis de Christian Sautter, quand ils étaient ministres de finances. Et puis, Jean-Pierre Jouyet estimait avoir un dû à l’égard de ce camarade. En 2014, il l'avait proposé pour prendre la direction du Trésor. Mais sa candidature, dévoilée trop tôt, s’était heurtée à de vives résistances. Il avait fallu renoncer. Bruno Bézard avait été nommé à sa place.

Cette fois-ci, toutes les précautions ont été prises pour ne pas renouveler pareil impair. Pendant que, fin février, François Villeroy de Galhau liquidait discrètement une partie de ses stock-options obtenues à BNP Paribas – ce qui lui a permis de dégager au passage une plus-value de quelque 330 000 euros sur une vente de 521 000 euros –, Jean-Pierre Jouyet organisait une mission de « dégrisement » afin de faire oublier la carrière de banquier de son candidat.

Le 21 avril, Matignon annonçait donc que François Villeroy de Galhau était nommé responsable, pour une durée de six mois, d’une mission sur l’investissement en France et en Europe. Celui-ci, était-il précisé, « quitterait ses fonctions au sein de BNP Paribas », afin d’assurer sa mission. Par prudence, François Villeroy de Galhau ne démissionna pas de la banque et demanda seulement que son contrat de travail soit suspendu, comme il est précisé dans le rapport annuel de la banque. 

M. Villeroy de Galhau a remis son rapport le 26 août. Il y a dénoncé les manquements et les carences des établissements de crédit face aux petites entreprises. Avait-on vraiment besoin d’une énième mission pour établir cette brûlante découverte ?

Mais le résultat est acquis. Le futur gouverneur de la Banque de France n’est plus associé à BNP Paribas. Et peu s’interrogent sur les choix du gouvernement. « Sans mettre en cause les qualités très importantes de Villeroy de Galhau, cela me semble un signal pas très favorable : cela va venir en rajouter sur l’image de la banque qui domine tout », a cependant relevé Régis Dos Santos, président du syndicat national de la banque et du crédit CFE-CGC, cité par Reuters.

Selon les dispositions constitutionnelles, l’Assemblée nationale et le Sénat doivent approuver la nomination de François Villeroy de Galhau comme gouverneur de la Banque de France. Mais tout cela s’annonce comme une formalité.

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