L'espoir et l'inquiétude

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Au soir du 6 mai, nous saurons si c’en est bien fini de cette présidence de dégradation nationale. Mais il ne suffira pas de tourner la page Sarkozy pour se débarrasser de tout ce qu’il laissera en héritage. Saurons-nous relever la France du marécage où elle est embourbée ? Saurons-nous saisir cette occasion historique : transformer une alternance électorale en alternative démocratique ?

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D’ici deux mois, au soir du 6 mai, nous saurons si c’en est bien fini de cette présidence de dégradation nationale. Mais il ne suffira pas de tourner la page Sarkozy pour se débarrasser de tout ce qu’il laissera en héritage : tout ce dont il est le produit et tout ce qu’il a détruit. L’enjeu de cette élection présidentielle, et des législatives qui suivront, dépasse la seule sanction d’un homme au bilan désastreux : saurons-nous, tous ensemble, en ces temps de périls et d’incertitudes, relever la France du marécage où elle est embourbée ? Saurons-nous saisir cette occasion historique : transformer une alternance électorale en alternative démocratique ?

D’un côté, l’espérance ; de l’autre, l’inquiétude. L’aiguillon de la seconde obligeant la première à rester en éveil ; s’entretenant l’une et l’autre, à la manière de compagnes indissociables ; et toutes deux coutumières des infortunes, déceptions électorales et chagrins politiques. Cette espérance qui nous anime et cette inquiétude qui nous rattrape, dans une course relais qui, du scrutin présidentiel aux élections législatives, peut aussi bien déboucher sur une impasse annoncée, tissée de renoncements, d’impuissances ou de défaites, que sur une brèche inespérée, ouvrant enfin l’horizon des possibles dans le refus des immobilismes, des fatalités et des peurs…

Pour ceux qui, comme Mediapart, ses lecteurs aussi bien que son équipe, n’ont cessé de documenter les raisons d’une refondation républicaine dont la défaite de Nicolas Sarkozy serait la première étape, cette campagne présidentielle n’est pas un moment politique ordinaire. Par-delà nos sensibilités diverses, nos inclinations partisanes, nos préoccupations catégorielles et nos soucis collectifs, son enjeu nous dépasse, tant il s’imbrique à la crise historique que traversent et vivent, en Europe, nos sociétés, nos cultures, nos peuples, elle-même indissociable d’une crise de civilisation mondiale, mêlant crise énergétique, crise écologique, crise démocratique, crise financière, crise sociale, crise morale, etc.

Nous savons, d’expérience, qu’une réélection de Nicolas Sarkozy ajouterait encore plus d’injustice et de violence aux désordres existants. Mais nous devinons aussi, d’instinct, qu’en faisant chuter durement de son piédestal cette ego-présidence, nous avons la possibilité rare, par la force non seulement de nos votes mais de la mobilisation qu’ils pourraient susciter, d’enrayer la machine infernale qui, jusqu’ici, réussit à soumettre nos peuples aux froids calculs égoïstes d’un monde dont l’argent est devenu la seule mesure, destructeur avide du travail des hommes comme des richesses de la nature. Dès lors, l’inquiétude est à la mesure de cette espérance, entre exigence et vigilance.

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Cet article est le troisième d'une série d'analyses sur la situation politique française dans la perspective de l'élection présidentielle de 2012 et dans le contexte de la crise historique européenne. Intitulée « Où va la France ? », elle se déclinera en plusieurs épisodes jusqu'aux lendemains de l'élection présidentielle. La clôture de la liste définitive des candidats sera officiellement annoncée le 19 mars, quelques jours après le dépôt de leurs parrainages par les candidats, fixé au vendredi 16 mars, soit précisément le jour anniversaire de Mediapart qui aura alors quatre ans. La campagne officielle s'ouvre le 9 avril, le premier tour ayant lieu le dimanche 22 avril et le second le dimanche 6 mai.

Les lecteurs de cet article comprendront aisément pourquoi j'ai accepté d'intervenir, vendredi soir 9 mars, à la réunion publique qu'organise à Paris la Convention pour la 6e République (C6R), aux côtés des représentants d'Eva Joly, de Jean-Luc Mélenchon et de François Hollande : respectivement Bastien François, Raquel Garrido et Arnaud Montebourg. Le président de la C6R, Paul Alliès, a expliqué les raisons de cette réunion d'utilité publique, dans plusieurs billets sur son blog de Mediapart, dont l'intitulé dit bien le propos : Une autre République est possible. Elle se tient à partir de 19 heures et jusqu'à 22 h 30 au Musée social, 5, rue Las Cases, Paris VIIe (métro Solferino). Bref, le changement (de la République), c'est (aussi) maintenant.