L'UMP en manque de leadership et de débats après un an de Sarkozy

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"Le patron, c'est Sarkozy": et c'est le problème

 

Mais le secrétaire départemental des Pyrénées-Atlantiques, Jean Gougy, l'assure: l’UMP est en train de retrouver le rôle actif qui était le sien pendant la présidentielle. «Depuis deux mois, on relance la méthode Sarkozy [mise en veille] depuis novembre, à cause de la préparation des municipales et des cantonales.»

 

Pour Thierry Lazaro, secrétaire départemental et député du Nord, on ne peut de toute façon pas «comparer l’UMP d’avant et d’après les élections, il y a eu un changement. Le patron, c’est Nicolas Sarkozy, faut pas se voiler la face !». Et c’est tout le problème, selon certains.

 

«L’erreur a été de faire contrôler totalement le parti par Sarkozy après son départ, analyse Bertrand Pancher (Meuse). La direction de l’UMP est trop dépendante de l’Elysée. Je comprends que le président veuille tout contrôler, aller vite et donc mettre en place des personnalités qu’il contrôle à tous les niveaux. Mais c’est important d’avoir des espaces de respiration. D’autant que, pour faire passer des réformes compliquées, on a besoin de forces qui font remonter les idées et les demandes de la base.»

Pour Damien Meslot (Territoire de Belfort), «le parti est orphelin depuis l’élection de Nicolas Sarkozy. L’organigramme est compliqué, on n’a pas de vrai leader et à force de vouloir faire plaisir à tout le monde ou ne déplaire à personne, on ne prend aucune décision». Bertrand Pancher acquiesce : «On n’a pas l’impression d’avoir de vrais leaders dans les instances dirigeantes. Patrick Devedjian a de bonnes initiatives et des positions courageuses, comme sur les 35 heures, mais elles ne sont pas audibles car il est seul et n’a pas le charisme nécessaire pour entraîner le parti. »

 

Pour lui, le véritable problème n’est pas le secrétaire général – «son départ ne changerait rien» –, mais le manque de légitimité et d’unité de la direction. Ce n’est pas l’avis de Thierry Lazaro (Nord), qui évoque un secrétaire général «impopulaire» qui n’a pas su tenir ses troupes. «On attend d’un secrétaire général d’avoir une ligne clairement définie», explique-t-il.

 

Peu visible et isolé, Patrick Devedjian met du temps à se faire accepter comme véritable leader au sein des fédérations. «On parle assez peu de lui, il n’est pas encore venu sur le terrain, et chez nous les militants aiment bien voir directement les gens», explique Josette Philippe (Eure-et-Loir).

En mal de leader clair et en baisse de régime, l’UMP serait-elle redevenue un parti "godillot" comme sous de Gaulle? «Le parti majoritaire a longtemps été un parti croupion au début de la Ve République parce qu’on avait besoin d’un exécutif fort et que le niveau culturel de la population était moins élevé. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, le président doit en tenir compte», estime Bertrand Pancher.

 

«Nous sommes en amont du gouvernement, on n’est plus des suivistes. Nous avons un mode plus ouvert, plus participatif», affirme au contraire Jacques Lebigre (Essonne). En témoignent, selon lui, «les débats continuels dans [sa] fédération entre les fortes personnalités que sont Serge Dassault, le villepiniste Georges Tron, le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan. Ce n’est pas interdit d’être en désaccord avec Nicolas Sarkozy ! Il y a une extraordinaire diversité à l’UMP, certains, comme Nathalie Kosciusko-Morizet, soutiennent par exemple Obama, alors que d’autres sont pour Mc Cain».

 

Pour Philippe Rouault, président de la fédération d’Ille-et-Vilaine depuis six ans, «il faut trouver un équilibre entre le soutien à notre gouvernement et la volonté d’être aux avant-postes sur les problèmes de société».

 

Sénateur et secrétaire départemental de l’Hérault, Raymond Couderc «comprend que Nicolas Sarkozy n’ait pas souhaité qu’il y ait un président pour éviter les contradictions», tout en reconnaissant qu’il faut «une identification plus forte à l’UMP et des circuits de décision plus souples pour les cadres».

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On entend souvent la tête de l'UMP s'exprimer, plus rarement la base. Mediapart a choisi de faire un tour d'horizon des fédérations des quatre coin de la France afin de recueillir l'opinion des militants et cadres du parti, par l'intermédiaire de leurs secrétaires départementaux, les voix locales de l'UMP.

 

Parmi la centaine de secrétaires départementaux contactés, une quinzaine nous a répondu. Mediapart vous propose une enquête en deux volets:

– Un an après l'élection de Nicolas Sarkozy, où en sont les renouvellements de carte et comment ont-ils vécu, dans leurs fédérations, cette première année de la majorité, sur le fond comme sur la forme?

– Comment jugent-ils l'organisation et le rôle actuels de l'UMP?

 

Si les secrétaires départementaux également parlementaires ont répondu librement à nos questions, les autres ont, bien souvent, été contraints à une certaine langue de bois que leur impose leur fonction (nommés par la direction du parti, ils en dépendent).