L'UMP en manque de leadership et de débats après un an de Sarkozy

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Vers des courants et une réorganisation du parti?

Manque de démocratie, problème de leadership. Pour certains, le redressement de l’UMP passe par la désignation d’un président, voire l’organisation de courants. Ils sont nombreux, parmi les secrétaires départementaux, à réclamer un véritable leader pour leur parti.

 

«Je préférerais qu’il y ait un président, ou un président délégué, car la direction actuelle est vieillissante et pas efficace», confie Jean-Didier Berthault (Paris). Du bout des lèvres, son homologue du Loiret, Marc Andrieu, le reconnaît: «Ça manque un peu de directive et de cohérence à l’UMP. J’aurais voulu avoir un président.»

D’autres, comme Thierry Lazaro (Nord), soutiennent le mode collégial actuel, «qui convient car chacun n’a pas individuellement les qualités requises [pour être un bon leader]». «On a fait le choix de ne pas remplacer Nicolas Sarkozy à la tête de l’UMP pour ne pas lancer un rival alors qu’il est candidat à sa propre succession, explique Jacques Lebigre (Essonne). Notre leader est dehors, tant qu’il sera président, il n’y aura pas de refonte drastique du mouvement. On conservera une direction collégiale et des alliés, comme "Debout la République", le CNI (Centre national des indépendants et paysans), les libéraux d'Hervé Novelli.»

 

Pour l’ex-UDF Bertrand Pancher, faire de l'UMP un parti moteur passe surtout par l’organisation de courants et le renouvellement des dirigeants. «On ne retrouve pas la diversité du parti à sa tête. Moi, par exemple, je suis centriste euro-libéral et je ne me retrouve pas dans les prises de position de l’UMP. Les courants sont visibles dans les statuts, mais ils n’existent pas concrètement car les principaux leaders de la droite ont des responsabilités dans le gouvernement et ne veulent pas contrarier la politique menée.»

 

Un cumul des casquettes qui n’est pas judicieux, selon lui. «On a besoin de personnalités de ce type, mais ils ne peuvent pas être les uniques responsables de l’UMP.» Ce à quoi les actuels dirigeants rétorquent souvent: «Prenez des responsabilités !» «C’est à eux de provoquer cette réorganisation, estime Bertrand Pancher. Car aujourd’hui, comment ces personnalités peuvent-elles s’exprimer ? Combien ont-elles de troupes derrière elles ? Si on n’ouvre pas l’UMP, on va voir se multiplier le mécontentement, les divergences, les départs. Ce sont des appels au changement du fonctionnement interne.»

Cette revendication trouve moins d’écho dans les rangs des secrétaires départementaux issus de l'ancien RPR. Leur argument? Pas question de reproduire le fiasco du Parti socialiste, qui s'embourbe dans ses courants. Inutile aussi de dépenser une fortune pour matérialiser une diversité qui existe déjà, selon eux.

 

En avril, l'UMP, endettée, avait d'ailleurs annoncé une réduction des subventions accordées à ses partis et clubs associés. «S’il s’agit juste de courants d’idées, oui. Si c’est pour avoir des moyens financiers, négocier des postes, non, dans ce cas on est une confédération», affirme Jean-Didier Berthault (Paris). «Je suis contre les courants, ça sert juste à payer des restos ! On peut exprimer ses idées autrement. Il ne faut pas faire de l’UMP un parti de notables», prévient Damien Meslot (Territoire de Belfort).

 

En attendant une réorganisation éventuelle de l'UMP, un nouveau dirigeant a su se faire sa place. Promu secrétaire général adjoint par Nicolas Sarkozy en mars pour encadrer Patrick Devedjian, le populaire ministre du travail Xavier Bertrand séduit aussi la base du parti.

 

«Son arrivée est une bonne chose, on sent un début de frémissement, il a l'air de vouloir faire bouger les choses», s'enthousiasme Damien Meslot. Et le ministre du travail entend bien conquérir un à un les départements. Chaque vendredi, il se rend dans l'une des cent fédérations de l'UMP. «Il est venu à Arras l'autre jour, on a réuni 500 personnes!» se félicite Thierry Lazaro. De quoi inquiéter l'actuel secrétaire général.

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On entend souvent la tête de l'UMP s'exprimer, plus rarement la base. Mediapart a choisi de faire un tour d'horizon des fédérations des quatre coin de la France afin de recueillir l'opinion des militants et cadres du parti, par l'intermédiaire de leurs secrétaires départementaux, les voix locales de l'UMP.

 

Parmi la centaine de secrétaires départementaux contactés, une quinzaine nous a répondu. Mediapart vous propose une enquête en deux volets:

– Un an après l'élection de Nicolas Sarkozy, où en sont les renouvellements de carte et comment ont-ils vécu, dans leurs fédérations, cette première année de la majorité, sur le fond comme sur la forme?

– Comment jugent-ils l'organisation et le rôle actuels de l'UMP?

 

Si les secrétaires départementaux également parlementaires ont répondu librement à nos questions, les autres ont, bien souvent, été contraints à une certaine langue de bois que leur impose leur fonction (nommés par la direction du parti, ils en dépendent).