Notre-Dame-des-Landes: l'impartialité du débat public est mise en cause

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Christian Leyrit, le président de la Commission nationale du débat public, chargée d’informer les citoyens sur le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, a collaboré pendant dix ans avec le paysagiste recruté par Vinci pour son aérogare. Il nie tout conflit d’intérêts.

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En apparence, toutes les conditions sont réunies pour informer au mieux les électeurs appelés aux urnes le 26 juin, afin qu’ils se prononcent sur l’opportunité de construire un aéroport à Notre-Dame-des-Landes. En conformité avec l’ordonnance prise par le gouvernement, la Commission nationale du débat public (CNDP) doit publier sur son site internet un document de synthèse récapitulant les motifs du projet et ses impacts sur l’environnement à partir du 9 juin, deux jours avant la date butoir. C’est le seul dossier d’information fourni par l’État aux électeurs pour leur permettre de choisir s’ils répondront par « oui » ou par « non » à la question : « Êtes-vous favorable au projet de transfert de l'aéroport de Nantes-Atlantique sur la commune de Notre-Dame-des-Landes ? » Chaque mairie de Loire-Atlantique, seul département dont les habitants sont consultés, doit mettre un ordinateur à disposition de ses administrés. Une version imprimée sur papier pourrait aussi leur être fournie, notamment à destination des personnes âgées.

Dans cette campagne très particulière, sans comptes de campagne, sans affichage ni tractage pris en charge par les pouvoirs publics, où chaque camp se débrouille par ses propres moyens pour déposer des argumentaires dans les boîtes aux lettres du canton et organiser des réunions publiques, le dossier d’information du public revêt une importance particulière. La CNDP a pour mission officielle de veiller au respect de la participation la plus large possible à l’élaboration de certains projets d’aménagement. « Le public est très attaché à la neutralité, à l’impartialité, et à la transparence dans la conduite des procédures », explique sa charte de déontologie.

Mais l’actuel président de la Commission est-il aussi impartial qu’il devrait l’être ? Ingénieur des Ponts, ancien préfet, Christian Leyrit, 67 ans, a occupé le poste de directeur des routes au ministère de l’équipement entre 1989 et 1999. Pendant cette décennie, il a régulièrement fait travailler un paysagiste et plasticien de renom, couronné par plusieurs récompenses internationales, Bernard Lassus. Cet homme est aussi le paysagiste du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes. Il a co-conçu la plateforme aéroportuaire qui a valu à Vinci de remporter la concession en 2010. Avec l’architecte Jacques Ferrier, son nom est le seul cité dans les documents diffusés par le groupe de BTP. On le retrouve ici dans un communiqué de presse annonçant l’obtention de la concession. Ou encore dans la notice sur le futur aéroport du Grand Ouest réalisée par Nantes métropole, l’agglomération membre du syndicat mixte aéroportuaire du Grand Ouest.

La dimension paysagère est capitale dans le projet d’aérogare, car elle fonde en partie l’argumentaire du constructeur sur son respect de l’environnement naturel dans lequel il veut construire. Lors d’une rencontre en 2012 au Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD) – dont le vice-président est alors Christian Leyrit –, Bernard Lassus explique : « Le terrain de Notre­-Dame-des-Landes est chahuté. Le champ visuel est en permanence occupé et obturé par des écrans de haies. En revanche, la piste est vaste et grande. Il nous faut donc étudier les problèmes de terrassement. Nous ferons une double pente par rapport à la piste : la piste sera horizontale et le bocage restera mouvementé, comme il l’est actuellement. » Il ajoute : « J’ai formulé un certain nombre de propositions, notamment que le système de haies puisse être reproduit dans les parkings. Nous avons prévu un certain nombre de haies. Celles­-ci sont susceptibles d’accueillir des oiseaux. Or les oiseaux sont préjudiciables à l’aéroport. D’une certaine manière, il nous faut sauver les haies, tout en évitant les oiseaux. Pour cela, j’ai proposé de construire des haies artificielles et de ne choisir que des plantes dont les oiseaux ne sont pas friands. » Loin d’être cantonné à un rôle strictement décoratif, le « paysage » conçu par Bernard Lassus a une influence directe sur l’apparence, l’organisation et le fonctionnement du projet d’aérogare. Lors du même colloque, Bernard Lassus ne s’en cache pas : « Le rôle du paysagiste va donc jusqu’à la gestion économique. J’espère bien que nous trouverons une solution pour l’aéroport de Nantes. »