Espionnage des journalistes: la justice se rapproche de l'Elysée

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La juge d'instruction parisienne Sylvie Zimmermann vient de joindre deux dossiers d'espionnage téléphonique de journalistes. Ils peuvent déboucher sur la mise en examen de hauts responsables de la police et de la magistrature, tous très proches du président de la République. Frédéric Péchenard, Bernard Squarcini et Philippe Courroye sont visés.
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Le pouvoir a menti. L'espionnage des journalistes par les services de l'Etat – scandale indigne d'une démocratie – était jusqu'ici nié avec aplomb par les hommes de confiance de Nicolas Sarkozy. C'est aujourd'hui une réalité judiciaire qui menace très sérieusement plusieurs d'entre eux, et parmi les plus haut placés dans l'appareil d'Etat.

Au Palais de justice de Paris, une magistrate expérimentée et discrète, Sylvie Zimmermann, ancienne avocate, a en effet sur son bureau deux dossiers qui donnent des sueurs froides à plus d'un obligé du président de la République.

Frédéric Péchenard Frédéric Péchenard

Le premier dossier menace Bernard Squarcini, le directeur central du renseignement intérieur (DCRI, contre-espionnage), et son supérieur hiérarchique Frédéric Péchenard, le directeur général de la police nationale (DGPN). Ces deux grands flics doivent tout à Nicolas Sarkozy, et ne peuvent – semble-t-il – rien lui refuser. Frédéric Péchenard est, par ailleurs, l'ami d'enfance du président.

Vendredi 9 septembre sur France Info, le patron de la police nationale a dû confirmer un fait gravissime qu'a découvert depuis peu la juge Zimmerman, à savoir que la DCRI avait fait espionner les communications téléphoniques du journaliste du Monde Gérard Davet dans le cadre de l'affaire Woerth/Bettencourt. « Oui, j'ai demandé à la DCRI d'identifier le haut fonctionnaire qui, soumis au secret professionnel et ayant un accès direct à des documents sensibles, divulguait des informations confidentielles dans une affaire judiciaire en cours. Je trouve cela grave. Il s'agit d'une infraction pénale », a déclaré Frédéric Péchenard.

L'aveu alambiqué suit de quelques jours à peine les euphémismes très ressemblants émis par le ministre de l'Intérieur Claude Guéant, reconnaissant du bout des lèvres que la DCRI avait bien procédé à « des repérages de communications téléphoniques » du journaliste, cela pour identifier sa source au sein de l'appareil d'Etat, le tout en violation flagrante de la loi sur la protection des sources des journalistes.

 

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