Jean-Pierre Jouyet pousse la Caisse des dépôts dans la crise

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Une mission de convenance

* Le coup de gueule de Cécile Duflot

Dans ce naufrage de la puissance publique, il faut pourtant mettre à part Cécile Duflot, la ministre du logement. Car elle, au moins, a parlé droit et dit son indignation. Lors de sa prestation face à la rédaction de Mediapart, vendredi soir, elle a dit sans détour qu’elle était en total désaccord avec la stratégie d’André Yché, et qu’elle avait demandé au patron de la Caisse des dépôts d’intervenir pour remettre de l’ordre dans sa maison. On peut réécouter ci-dessous ce qu’a dit la ministre du logement, en réponse à nos interpellations :

Cécile Duflot face à Mediapart : le scandale de la SNI et la politique d'austérité © Mediapart

Finalement, c’est donc tout cela qui a précipité les choses. Face aux révélations de la presse, ou encore à l’agacement public de la ministre du logement, Jean-Pierre Jouyet a sans doute compris qu’il devait prendre un peu ses distances avec son collaborateur. D’où une nouvelle stratégie du patron de la CDC : avec une mauvaise foi de premier communiant, faire mine de découvrir le problème.

* L'entretien de Jean-Pierre Jouyet dans Le Figaro

Jean-Pierre Jouyet a donc donné samedi un entretien au Figaro (il est ici – article partiellement payant). Un entretien qui est en vérité stupéfiant et parsemé de maladresses. Ne soutenant plus André Yché, il n’accable pas son collaborateur mais élude la question quand le quotidien lui demande s’il lui accorde toujours sa confiance : « Il est à la tête de la SNI depuis 15 ans, ce qui lui a laissé le temps de se faire des amis… et des ennemis. Pour ma part, je constate que la gestion de la SNI en fait un contributeur significatif aux résultats du groupe. » Et rien de plus !

Ne disant pas clairement qu’il condamne les dérives de la SNI – car il sait qu’on pourrait lui reprocher de se réveiller un peu tard –, Jean-Pierre Jouyet invente donc d’autres dysfonctionnements que ceux révélés ces dernières semaines, ou des dysfonctionnements réels mais qui ne sont pas au premier plan dans les controverses présentes : « Le temps des baronnies est révolu ! Cela ne peut plus durer. Je veux que la Caisse des dépôts apprenne la transversalité. Fini le temps où chacun pouvait se sentir propriétaire de son territoire, et piloter son propre petit fonds », s’insurge-t-il.

Le directeur général de la Caisse en vient donc à présenter les conclusions qu’il entend tirer de toute cette crise : « J'ai décidé de confier une mission à deux experts – Pierre Hanotaux, inspecteur général des finances, et Sabine Baietto-Beysson, du ministère du logement – pour examiner les opérations réalisées par le passé et établir le rôle joué par Icade et la SNI à l'époque, ainsi que pour évaluer le développement de cette dernière. Je me prononcerai quand leurs conclusions que je rendrai publiques, me seront remises fin mars. »

Pourquoi le directeur général de la caisse des dépôts a-t-il besoin de deux hauts fonctionnaires pour avoir une appréciation sur ces dérives – dont il ne parle pas précisément ? Parce qu’il ne sait pas, par lui-même, ce qui se passe dans la maison qu’il est censé diriger ? Parce qu’il ne parvient pas à lire par lui-même les deux rapports de la Cour des comptes, celui que Mediapart a révélé et celui qui est toujours secret ? À bien des égards, la proposition de Jean-Pierre Jouyet a des allures de galipette maladroite. Lui qui, prenant les commandes de la CDC en juillet 2012, a toujours renouvelé sa confiance dans les instances dirigeantes de la SNI cherche ainsi à faire du rétropédalage. Du même coup, pour se protéger lui-même, Jean-Pierre Jouyet décide de renvoyer à plus tard la résolution d’une crise… qu’il a lui-même contribué à envenimer !

Dans le même entretien, Jean-Pierre Jouyet avance des justifications tout aussi maladroites sur l’affaire Thomas Le Drian. Expliquant que c’est lui-même qui a coopté au sein de son propre cabinet, à la Caisse des dépôts, le fils du ministre socialiste de la défense, il a ces mots : « Je l'ai choisi, d'autant plus qu'il avait, avant mon arrivée, déjà rencontré la DRH du groupe. Il avait le bon profil, venant du monde de l'audit, et j'avais besoin de collaborateurs pour m'entourer au moment où je découvrais cette maison. Depuis, il a souhaité comme d'autres collaborateurs accomplir une mobilité interne et a donc rejoint la SNI, où il est en charge du contrôle de gestion. Je précise qu'il ne s'occupe d'aucun dossier relatif à la défense ou à la gendarmerie. »

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