Jean-Pierre Jouyet pousse la Caisse des dépôts dans la crise

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Rumeurs de départ vers l'Elysée

Mais, cette fois encore, le patron de la caisse répond à côté de la question qui est au cœur des polémiques actuelles. Car si cette promotion a suscité des critiques, ce n’est pas tant parce que l’intéressé a été embauché comme contrôleur de gestion dans des filiales de la SNI – après tout, c’était dans ses compétences. Mais c’est que dans la foulée, André Yché l’a aussi coopté au comité exécutif de la SNI, comme s’il avait les compétences requises pour être l’un des cadres dirigeants de cette grande maison.

* La responsabilité de François Hollande

Dans cette histoire, on ne peut évidemment pas écarter la responsabilité de François Hollande. Car c’est lui qui a poussé à la tête de la Caisse des dépôts son meilleur ami, Jean-Pierre Jouyet, tout en sachant que sa nomination posait des problèmes de conflit d’intérêts (lire Après l’affaire Pérol, l’affaire Jouyet !). En quelque sorte, le mauvais exemple est venu du sommet de l’État : pourquoi le ministre de la défense se priverait-il de pousser son fils vers la Caisse des dépôts puisque le chef de l’État, ne prenant pas même le soin d’examiner les autres candidatures possibles – il y en avait d’autres, et de très grande qualité ! – y a installé son meilleur ami, ex-sarkozyste comme l’était lui-même André Yché ?

Soi-disant de gauche un jour, sarkozyste le lendemain, de nouveau soi-disant de gauche le surlendemain, Jean-Pierre Jouyet a changé constamment de fonction, incapable de rester durablement à un poste : chef de l’Inspection des finances, directeur du Trésor, ministre, président de l’Autorité des marchés financiers, puis directeur général de la Caisse. Et à peine nommé à la Caisse, il est au cœur d’innombrables rumeurs suggérant qu’il ne s’y plaît pas. Lui-même y prête le flanc puisque dans ce même entretien il prévient à l’avance – fait sans précédent – qu’il n’effectuera « qu'un mandat à la tête de cette institution » – une institution qui a besoin de stabilité, puisqu’elle est chargée de défendre des intérêts financiers majeurs pour la puissance publique et qu'elle est le principal investisseur de long terme de la place de Paris.

Même si Jean-Pierre Jouyet dément dans cet entretien au Figaro une rumeur persistante selon laquelle il pourrait rejoindre son ami François Hollande à l’Élysée, il peine à emporter la conviction. 

* Les voies de la sortie de crise

Elles seront assurément difficiles à trouver. Certes, l’attaque de Jean-Pierre Jouyet contre les « baronnies » de la Caisse des dépôts suggère que les jours d’André Yché sont probablement comptés.

Et pourtant, ce serait sûrement une erreur de penser que le patron de la SNI porte seul la responsabilité des dérives de ces dernières années. Les responsabilités sont beaucoup plus larges. D’abord, il y a la responsabilité de l’État qui s’est fortement désengagé du logement social ou qui a toléré des dérives financières ou éthiques dans des sociétés qu’il contrôlait directement – l’exemple d’Adoma est là pour en témoigner. Au sein même de la CDC, il serait aussi un peu simpliste d’accabler André Yché et d’amnistier d’autres dirigeants : après tout, le patron de la SNI a usé et abusé des libertés que lui ont laissées les patrons successifs de la caisse, hier Augustin de Romanet, aujourd’hui Jean-Pierre Jouyet.

Et puis, il serait sûrement erroné de dire que le problème de la SNI se réduit au « cas Yché ». En vérité, si l’affairisme y a prospéré, c’est aussi en grande partie par le fait d’autres cadres dirigeants, notamment ceux qui ont fait leur classe dans le privé, en particulier dans les milieux des promoteurs immobiliers. Évincer André Yché, qui envers et contre tout est entreprenant et imaginatif, pour promouvoir l'un de ses collaborateurs qui n'ont pas ses qualités mais qui connaissent toutes les roueries de la spéculation immobilière pourrait même être une erreur.

La première urgence serait sans doute que la puissance publique choisisse enfin le cap qu’elle veut suivre pour défendre les missions du logement social, qu’elle choisisse une vraie stratégie. Car tout est là, sans doute : dans la « politique de l’offre » chère au patronat et à François Hollande, la seule vraie priorité, ce sont les entreprises. Le reste est résiduel, jusqu’aux missions d’intérêt général. Jusqu’au logement social au profit des plus démunis…

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