Alors que l'éducation est parvenue à s'imposer comme un thème majeur de la présidentielle, la plupart des candidats en faisant une priorité, nous sommes allés ces dernières semaines à la rencontre des enseignants pour comprendre comment ils vivaient cette campagne et quelles étaient leurs attentes dans ce scrutin. « Jamais on n'a ressenti un tel enjeu autour de l'école », nous a ainsi confié une enseignante de primaire.
La question du vote enseignant concernant 800 000 agents est évidemment un enjeu crucial pour les candidats à la magistrature suprême. Longtemps considéré comme acquis à la gauche, l'électorat enseignant avait semblé montrer en 2007 que cette équation politique n'avait plus rien de systématique. Il y a cinq ans, le vote des profs s'était en effet largement éparpillé. Selon le sondage « sortis des urnes », Nicolas Sarkozy avait ainsi recueilli quelque 17 % des voix, François Bayrou 24 %, quand la candidate socialiste, Ségolène Royal, plafonnait à 41 % des voix.

Entre le parti socialiste et les profs, le désamour s’était installé sous le gouvernement Jospin avec l'épisode Claude Allègre et son « il faut dégraisser le mammouth », ainsi que ses nombreuses sorties sur l’absentéisme des profs. La sanction dans les urnes pour le candidat socialiste, en 2002, avait été terrible : à peine 19 % des voix enseignantes s’étaient portées sur Lionel Jospin au premier tour, les profs lui préférant souvent Jean-Pierre Chevènement, Noël Mamère ou Olivier Besancenot. En 2007, Ségolène Royal, ancienne ministre déléguée à l'enseignement sous la tutelle de Claude Allègre, malgré les appels au vote utile, ne soulève pas d’enthousiasme. Elle pâtit aussi de la diffusion d’une vidéo pirate dévastatrice où elle explique vouloir faire faire aux profs les « 35 heures à l'école », sans assumer cette assertion dans la campagne.