La campagne parallèle des jeunes pour la primaire LR

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Derrière les officines traditionnelles des candidats à la primaire à droite, s’activent des groupes de soutien composés uniquement de militants pas encore trentenaires. Ces mouvements de jeunes ont lancé une campagne parallèle où mises en scène et événements festifs organisés sur les réseaux sociaux prennent le pas sur les débats politiques.

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La campagne de la primaire de la droite n'est pas officiellement lancée, et pourtant… Après “Les jeunes avec BLM”, créés dès 2013 pour appuyer Bruno Le Maire, ont émergé successivement “Les jeunes avec Juppé”, “Les jeunes avec Fillon” et “NouS les jeunes”, pour inviter Nicolas Sarkozy à être candidat. Les candidats moins en vue comme Jean-François Copé, Nathalie Kosciusko-Morizet ou Hervé Mariton ne sont pas en reste même si leurs groupes de soutien restent logiquement plus confidentiels. 

La mobilisation des jeunes militants dans les campagnes électorales n’est pas nouvelle. « Dans l’imaginaire de ceux qui se présentent, la jeunesse c’est le dynamisme, le renouvellement, l’esprit d’entreprise et d’initiative. On verra peu de précaires ou d’intermittents du spectacle » auprès de ces candidats de droite, remarque Robi Morder, politologue et spécialiste des mouvements étudiants. Plus prosaïquement, ce sont aussi des petites mains utiles pour le tractage ou le porte-à-porte et, de plus en plus, des ambassadeurs indispensables sur les réseaux sociaux. Enfin, ces jeunes sont aussi d'excellents soldats pour mener la bataille des coups de com’.

Fin janvier, les Jeunes avec Juppé, ou “JAJ”, invitaient par exemple le maire de Bordeaux à jouer au « beer-pong » dans un bar du XVIIIe arrondissement de Paris. Plus récemment, pour le premier anniversaire de leur mouvement le 2 juin, ils revisitaient la chanson de Maître Gims « Sapés comme jamais », qui devenait « Juppé comme jamais ». Quant aux Jeunes avec BLM, ils s'affichent partout en France avec des t-shirts colorés siglés du slogan « le renouveau c'est Bruno » ou « la primaire c'est Le Maire ». Le tout, bien sûr, est exposé à grand renfort de photos et de vidéos sur les réseaux sociaux.

 © Compte Facebook "Les jeunes avec Bruno Le Maire" © Compte Facebook "Les jeunes avec Bruno Le Maire"

Le 16 juin, la soirée « Ramène tes potes chez Bruno » sera organisée au QG de Bruno Le Maire et déclinée dans 14 villes de France. Le principe est énoncé sans ambages sur la page Facebook de l’événement : « Bruno nous file les clés du QG. Il sera en déplacement à la Réunion et nous a dit d'en profiter pour organiser un gros apéro dans les locaux. »

Les jeunes fillonistes et sarkozystes ont décidé de miser sur les événements sportifs de l’été. « On joue sur le côté sympathique mais on ne va pas organiser des soirées toutes les semaines », prévient toutefois le chef de file des Jeunes avec Fillon, Cédric Rivet-Sow, 22 ans. T-shirts bleu, blanc et rouge et bracelets au poignet, Les Jeunes avec Fillon ne renoncent pas pour autant à toute mise en scène et invitent leurs fans Facebook à visionner des matches de l’Euro au QG de l’ancien premier ministre avec « pizza, bière et bonne humeur ». Les équipes de Nicolas Sarkozy ont de leur côté prévu d’organiser un tournoi de foot et de suivre le Tour de France dans des bars.

Dans tous les camps, le ton est donné. Et il semble loin de la politique et des programmes des candidats. « On souhaite créer un esprit, l'envie de rejoindre une aventure humaine, on s'amuse avant tout, on est une bande d'amis », explique Matthieu Ellerbach, à la tête des Jeunes avec Juppé. La stratégie est très simple : miser sur la convivialité pour que les jeunes mettent le pied à l'étrier de la campagne. « S’éloigner de la politique permet d’amener à nous des gens qui ne s’y intéressent pas. Dans un deuxième temps, on peut aborder des idées de fond, car on organise aussi des réunions », explique Anthony Samama, 25 ans, un des responsables nationaux de NouS les jeunes, formé à Sciences Po et dans une école de commerce.

Les jeunes aux côtés de François Fillon à Boulogne-Billancourt, le 7 juin 2016 © AD Les jeunes aux côtés de François Fillon à Boulogne-Billancourt, le 7 juin 2016 © AD

Les t-shirts colorés, les déplacements des militants créent de « belles images », se félicite Paul Guyot-Sionnest, le fondateur des Jeunes avec BLM formé... à Sciences Po puis dans une école de commerce. « Cela a désacralisé le candidat et l'a rendu accessible », veut-il croire. À 27 ans, il est loin d’être un novice, il a rencontré celui qu'il appelle « Bruno » voilà une décennie, puis travaillé avec lui au ministère de l'agriculture.

Paul Guyot-Sionnest assume que les événements qu'il organise soient « dépolitisés ». « Si on ne fait pas l'effort d'attirer un autre type d'électorat, la primaire sera un échec. Les jeunes non-politisés peuvent être sensibles à l'ambiance, puis revenir pour tracter », espère-t-il avant d’ajouter que Les jeunes avec avec BLM ne sont « pas une structure hors sol faite avec seulement des choses fun et du Snapchat [une application de partage de photos et de vidéos – ndlr] ». Bruno Le Maire, le plus jeune des favoris, a depuis longue date fait de son âge sa carte maîtresse. S’il y a « peut-être, chez certains, une volonté d'afficher le candidat avec des jeunes parce qu'il n'est plus trop jeune », Les jeunes avec BLM ne rencontrent pas ce problème, glisse-t-il sans citer de nom. S'il lui semble inutile de « jeunifier » son candidat, rien ne semble l'empêcher de ringardiser ses adversaires…

« Juppé a rempli le grand amphi d'Assas en février, il y avait 2 000 personnes. Il y a un véritable attrait des jeunes autour de sa personnalité. À un moment, on veut juste quelqu'un qui fasse le travail et qui dresse un cap », balaie Matthieu Ellerbach. À 24 ans, cet étudiant de Sciences Po passé aussi par une grande école de commerce dirige les “JAJ”. Comme son candidat, il fait le pari d’un rassemblement le plus large possible et souligne que la moitié des JAJ, animateurs de comités inclus, n'est pas encartée. « Pour beaucoup, il s'agit d'un nouvel engagement en politique, on n'a pas besoin d'être dans un parti pour faire émerger des idées », ajoute le jeune responsable qui compte dans les rangs de son mouvement 50 % d’étudiants à la fac, 15 % d’étudiants en grandes écoles. Le reste se compose de jeunes actifs – notamment dans le milieu agricole et la finance –, d'apprentis et de lycéens. Le mouvement se revendique largement ouvert, les comités locaux se créent sur simple demande. « L'organisation est très souple. Le référent régional vérifie l’engagement et les valeurs de celui qui demande, puis on lui donne un guide de l'animateur et on l'aide dans l'organisation des premières réunions », détaille Matthieu Ellerbach. 

Matthieu Ellerbach est à la tête des "Jeunes avec Juppé" © alainjuppe2017.fr Matthieu Ellerbach est à la tête des "Jeunes avec Juppé" © alainjuppe2017.fr

Dans l’arrière-cuisine, derrière les coups d'éclat, chacun s’applique à resserrer son maillage dans les départements avant l'automne. « Aujourd'hui, on est sûrement la plus grosse communauté. Nous avons environ 1 500 militants mobilisables dans la journée et plus de 5 000 personnes en tout » dans 92 départements, se félicite Paul Guyot-Sionnest. Depuis un an, le groupe est particulièrement efficace dans les lycées où de jeunes émissaires s'évertuent à susciter des vocations. L’objectif est clair : « pas une salle sans jeunes » (lire notre reportage lors d'une réunion publique à Lyon).

Les 2 000 « jeunes avec Juppé » sont répartis dans 200 comités et 80 départements. « Avant l'automne notre objectif sera de combler la dizaine de départements où on est encore absents. Et avant fin juin, chaque comité devra faire une action de terrain », précise Matthieu Ellerbach. 

« Un bruit autour du candidat »

Les 1 100 jeunes fillonistes ne mènent que peu d'actions sans leurs aînés. Plutôt « militants urbains, ou avec des profils de jeunes actifs comme des leaders de start-up », ils comptent sur le soutien des parlementaires pour mobiliser davantage. « On a la chance d'avoir énormément de parlementaires qui nous soutiennent, on ne va pas s'en priver », explique Cédric Rivet-Sow convaincu que « les nouveaux militants viennent aussi pour rencontrer les porte-parole qui participent à nos réunions ». Dès la rentrée, les soutiens du député de Paris auront droit à des formations pour se renforcer sur le digital, « un domaine sur lequel on est parfois plus faibles que les autres », concède le coordinateur.

Lancé le 28 mai dans un espace de co-working parisien, NouS les jeunes a absorbé plusieurs structures déjà existantes comme Génération Sarkozy. Le mouvement compte environ 600 personnes réparties dans 60 départements et se décline en pôles thématiques gérés par des jeunes professionnels : agriculteurs, entrepreneurs, forces de l’ordre… Objectif : être présent dans 80 départements avant l’été. « On n'est pas dans le même timing politique, ils ont pu se lancer bien avant nous puisque Nicolas Sarkozy n'est pas candidat », justifie Anthony Samama.

Soirée de lancement "NouS les jeunes" © Compte Twitter @NSlesjeunes Soirée de lancement "NouS les jeunes" © Compte Twitter @NSlesjeunes

Ces mouvements de jeunes parviendront-ils à mobiliser un électorat jeune fortement abstentionniste, qui ignore tout de la primaire ? Rien n'est moins sûr. Mais ce n’est pas forcément leur objectif. « 15 à 18 % des jeunes vont aller voter. Mais il existe un bruit autour du candidat qui mobilise aussi un électorat plus âgé », décrypte Paul Guyot-Sionnest.

Avant que la campagne n'entre dans le dur, ces jeunes partisans bénéficient aussi d’une visibilité qui pourrait leur être utile. Les mouvements de jeunes « peuvent être un vivier de compétences, de gens qui en veulent, souvent sortis d'écoles prestigieuses », remarque Robi Morder. « L’électorat est volatil, il peut changer d’avis, par contre le recrutement dans les écuries peut avoir de l’importance dans cette période. Il y a des places à prendre, et notamment chez les outsiders », ajoute le chercheur. Anthony Samama ne dément pas, « il doit y avoir un peu de cela, mais on est là avant tout par passion pour les idées de Nicolas Sarkozy et par amour de la France ». Pour Paul Guyot-Sionnest, une chose est sûre, « les jeunes attendent qu'on compte sur eux ». 

Les ambitions personnelles renvoyées au second plan, chacun des chefs de file promet la main sur le cœur que tout ce petit monde s'entend à merveille. « On se connaît tous. La crainte ne vient pas des jeunes mais des personnalités politiques qu'on défend, il faut que la campagne se passe proprement », met en garde Cédric Rivet-Sow. Un sage conseil si on considère qu'en toute logique, il ne restera qu'un candidat à défendre à droite à l'issue de l'élection de novembre.

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