Sanofi arrête la production de son site toxique de Lacq

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Sanofi arrête la production de son site du bassin de Lacq, dans les Pyrénées-Atlantiques, qui émettait jusqu’à 190 000 fois plus que le maximum autorisé d’une substance cancérogène et susceptible d’altérer la fécondité. Mediapart avait eu accès à un rapport détaillant la gravité de la situation.

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Vingt-quatre heures après les révélations de Mediapart et de France Info sur les émissions de substances toxiques affolantes de son site de production de Mourenx, dans les Pyrénées-Atlantiques, Sanofi a annoncé, lundi 9 juillet en fin de journée, l’arrêt de la production de cette usine : « Sanofi Chimie décide d’engager dès aujourd’hui l’arrêt de la production de son site de Mourenx, et d’opérer les améliorations techniques annoncées et indispensables à un retour à la normale », affirme un communiqué. Il fait aussi savoir qu’il diligente une enquête « pour mieux comprendre les causes et l’historique de la situation ». Lundi soir, il était toujours impossible de savoir depuis combien d'années les dépassements astronomiques de bromopropane, une substance cancérogène et reprotoxique, se déroulaient.

Plus tôt dans la journée, le géant pharmaceutique avait reconnu que des rejets toxiques de vapeur de solvants de son site de Mourenx, dans le bassin de Lacq, étaient supérieurs aux concentrations autorisées et annoncé des mesures pour réduire les émissions de son usine. Ces rejets « se sont révélés supérieurs aux concentrations autorisées par l’arrêté préfectoral d’exploitation applicable au site », a reconnu le groupe pharmaceutique dans un communiqué. Il a précisé qu'un plan d’actions avait été engagé avec une unité de collecte et de traitement des rejets afin de les réduire « significativement » et que « cette unité est en cours de démarrage ». 

Les rejets toxiques de l’usine de Sanofi de Mourenx qui fabrique la Dépakine, ce médicament contre l’épilepsie dangereux pour les femmes enceintes et leurs fœtus, atteignaient, au printemps 2018, date des dernières mesures disponibles, des niveaux astronomiques : jusqu’à 190 000 fois au-dessus du plafond autorisé pour le bromopropane, une substance pouvant nuire à la fertilité et au fœtus. Le chiffre paraît fou, impossible à croire.

Les membres d’associations de défense de l’environnement et les représentant·e·s du personnel des sites industriels classés connaissent bien le problème des dépassements de seuils de rejets. Régulièrement, des sites de production ou de stockage de substances polluantes sont rappelés à l’ordre pour avoir dépassé la limite autorisée d’effluents. Mais cette fois-ci, les militant·e·s de la Sepanso, la fédération régionale d’associations de protection de la nature en Aquitaine, en sont tombé·e·s de leur chaise.

« On a vu des rejets épisodiques chez les industriels mais de cette quantité et de cette durée, c’est la première fois », résume Jean-Michel Poupon, responsable de l’union locale CGT. « Cette situation ne devrait jamais arriver. C’est un cas grave », explique Solène Demonet, coordinatrice du réseau risques et impacts industriels de France Nature Environnement (FNE), une des plus grosses ONG écologistes nationales. Pour Patrick Mauboulès de la fédération Sepanso, qui siège au comité de suivi de site du bassin de Lacq, « c’est scandaleux ».

 

À Lacq, dans les Pyrénées-Atlantiques, en avril 2016 (JL). À Lacq, dans les Pyrénées-Atlantiques, en avril 2016 (JL).

L’usine Sanofi Chimie se trouve sur l’une des plus grandes plateformes prétrochimiques de France, dans le bassin de Lacq, dans les Pyrénées-Atlantiques, longtemps principale source de gaz du pays (retrouver ici et là notre enquête sur les pollutions de Lacq et le secret qui les recouvre). À Mourenx, ancien joyau des Trente Glorieuses, Sanofi emploie une quarantaine de salarié·e·s. C’est là que les principes actifs de la Dépakine sont fabriqués. C’est la première étape du procédé, la synthèse du dipropylacétonitrile, qui relâche ces quantités folles de bromopropane, par deux cheminées.

Que se passe-t-il dans cette usine ? C’est un rapport de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal), sous l’égide de la préfecture des Pyrénées-Atlantiques, daté du 14 avril 2018, qui révèle la gravité de la situation. Mediapart a pu lire cette note alarmante de 4 pages (voir extrait ci-dessous), qui décrit en détail les écarts hallucinants avec le règlement que se permet le géant mondial de produits pharmaceutiques.

Extrait du rapport de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) auquel Mediapart a eu accès. © DR. Extrait du rapport de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) auquel Mediapart a eu accès. © DR.

Alors qu’un arrêté préfectoral de 2009 limite les émissions de bromopropane à 2 milligrammes par mètre cube, elles atteignaient plus de 180 grammes par mètre cube, soit 90 000 fois plus (pour un flux horaire moyen d’environ 3 kg par heure) en octobre 2017. Lors d’une nouvelle opération de mesure, en mars 2018, la concentration du produit atteint 380 grammes par mètre cube, c’est-à-dire 190 000 fois plus que la limite fixée par l’arrêté préfectoral, pour un débit de 0,8 kilo par heure.

Le bromopropane est « la substance la plus préoccupante d’un point de vue sanitaire », expliquent les inspecteurs de la Dreal, car elle est toxique, classée cancérogène et reprotoxique (c'est-à-dire altérant la fécondité et/ou la fertilité). Mais d’autres composés organiques volatils (COV), potentiellement dangereux pour les humains, sont émis dans l’air par cette même usine : toluène, propène, isopropanol, valéronitrile. Et eux aussi dépassent très largement les seuils autorisés : alors que leur rejet global est limité à 110 milligrammes par mètre cube, il atteint en réalité près de 770 grammes par mètre cube, c’est-à-dire 7 000 fois plus que le plafond légal, en flux moyen sur huit heures de fonctionnement. De l’ammoniac est aussi rejeté par l’usine, sans être limité, lui, par arrêté préfectoral.

Mais les anomalies de l’usine de Sanofi à Mourenx ne s’arrêtent pas là. C’est lors d’une visite d’inspection, en septembre 2017, que des inspecteurs de l’environnement ont découvert que deux cheminées du site ne faisaient l’objet d’aucune mesure alors que le suivi des rejets de COV est obligatoire. Ils l’ont donc réclamé. Sanofi s’est plié à leur demande plus d’un mois plus tard, en octobre. Les dépassements astronomiques de rejets de COV sont signalés dans une note interne de février 2018. De nouvelles mesures sont prises en mars. Et ce n’est que le 28 mars 2018, plus de quatre mois après la découverte du niveau alarmant de rejets, que Sanofi informe l’inspection des installations classées des graves anomalies dénoncées depuis par la Dreal.

Pour Patrick Mauboulès, de la Sepanso, la situation est d’autant plus inquiétante qu’il y a des raisons de penser que ces rejets excessifs se produisent depuis 2012, date de la mise en place d’un nouveau procédé de fabrication sur le site. Interrogé en comité de suivi sur la date de début des dépassements, Sanofi n’a pas répondu. Questionné sur le même sujet par Mediapart, le groupe n’a apporté aucun élément chronologique.

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Cet article a été actualisé lundi 9 juillet à 19 h 20 pour intégrer la réaction du groupe Sanofi.