En Auvergne-Rhône-Alpes, une candidate du RN relaie des messages antisémites

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Mediapart a découvert que Juliette Planche, en position éligible sur la liste d’Andréa Kotarac,  a posté pendant des mois des messages antisémites et complotistes, sans que le profil de cette royaliste n’alerte personne, jusque-là, au RN.

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Candidate en position éligible sur la liste d’Andréa Kotarac, tête de liste RN en Auvergne-Rhône-Alpes, Juliette Planche se présentait sur son compte Twitter comme « catholique légitimiste ». Celle qui figure en 6e position sur la liste RN pour les régionales mais est également candidate RN aux départementales à Saint-Étienne aurait pu ajouter à cette sommaire présentation son goût pour les pires discours antisémites et complotistes.

L’examen de son compte Twitter, ouvert en janvier et fermé le 31 mai, laisse songeur sur la supposée « dédiabolisation » du parti de Marine Le Pen.

Capture d'écran du compte supprimé de Juliette Planche © LD Capture d'écran du compte supprimé de Juliette Planche © LD

Juliette Planche relaie ainsi régulièrement le compte du militant d’ultradroite Yvan Benedetti, récemment condamné pour provocation publique à la haine envers les juifs, en récidive. Le 20 mai, elle retweete par exemple cette saillie de Benedetti contre la Dilcrah, la Délégation intergouvernementale contre le racisme et l’antisémitisme : « Si vous voulez lutter contre l’antisémitisme, il faut éradiquer l’impudence juive. »

Abonnée au compte « Bourgogne nationaliste », qui se présente comme proche de Jeune nation, le site d’Yvan Benedetti, elle diffuse nombre de ses tweets antisémites, comme ce 26 mai, lorsque le compte dénonce « l’officine du judaïsme politique #Licra » qui proposerait « une nouvelle alliance au pouvoir musulman avec pour objectif de refaire une union leur priorité commune comme en 711 lors de l’invasion musulmane de l’Europe ».

Capture d'écran du compte supprimé de Juliette Planche Capture d'écran du compte supprimé de Juliette Planche

Le 21 mai, en pleine campagne électorale, elle retweete le même compte qui accuse, cette fois, « l’agenda oligarchique du judaïsme » d’être à la manœuvre dans la gestion de la crise du Covid : « La mainmise communautaire sur l’Inserm avec la désignation d’Alain Fischer par le gouvernement pour définir une stratégie de vaccination française contre le Rhume-19 laisse peu de place au doute quant à la poursuite de l’agenda oligarchique du judaïsme politique en France. »

Juliette Planche apprécie aussi les « analyses » du compte « Paris nationaliste », là encore affilié à Yvan Benedetti. Le 19 mai, elle relaie ce message : « Le CRIF [Conseil représentatif des institutions juives de France  ndlr] ordonne le gouvernement obéit dès le lendemain. » Elle poste aussi un photomontage montrant le président du Crif tenant la main de Macron, présenté en marionnette.

Capture d'écran du compte supprimé de Juliette Planche © LD Capture d'écran du compte supprimé de Juliette Planche © LD

La candidate du RN sur la liste de l’ancien militant de La France insoumise Andréa Kotarac aime aussi beaucoup Alain Soral et son site KontreKulture. Elle relaie ainsi un de leur « documentaire » complotiste sur l’essayiste Jacques Attali, figure honnie de la fachosphère, ou, le 23 mai, une vidéo intitulée « Pour Attali les non-juifs ne sont pas des êtres humains ».

Étrangement, la candidate du RN retweete une réponse acerbe à un compte pro-Marine Le Pen rappelant la position de la présidente du RN sur les manifestations de soutien aux Palestiniens. « Ils importent le conflit israélo-palestinien comme si la situation n’était pas déjà catastrophique », affirme le compte « Ensemble avec Marine ». « Fallait pas sucer le CRIF », rétorque un compte que relaie la candidate du RN.

Quelques jours avant de fermer son compte Twitter, cette candidate « légitimiste » diffuse le message d’une certaine « Carolline » qui affirme que la « la Révolution dite française est évidemment un massacre organisé des catholiques par les fanatiques de la loge ».

Car les francs-maçons, après les juifs, sont l’autre obsession de cette royaliste convaincue, qui relaie ce mot d’ordre : « Abolissons la Franc-maçonnerie, l’usine à merde de (quasiment) tous nos maux. » Profondément royaliste, elle diffuse un tweet expliquant que « la monarchie chrétienne et (sic) légitime de droit divin », ne voyant visiblement aucune contradiction à se présenter à des élections républicaines.

La candidate du RN a aussi une certaine idée de la place des hommes et des femmes. Elle retweete ainsi ce commentaire à propos de Benjamin Lucas, alors porte-parole de Génération.s. Le jeune homme serait l’« archétype de la fiotte, ces mecs castrés et maniérés qui pullulent depuis les années 2000 », ou encore « l’enfant roi inventé par la gauchiasse en simultané qu’elle a généré ces femmes revanchardes et sans sensualité qui n’aime (sic) pas les hommes blancs (et pour cause) ».

En février, Juliette Planche poste un discours du maréchal Pétain prononcé en 1941 à l’occasion de la « journée des mères » : « Maîtresse du foyer, la mère, par son affection, par son tact, par sa patience, confère à la vie de chaque jour sa quiétude et sa douceur. […] Mère de notre pays de France, votre tâche est la plus rude. Elle est aussi la plus belle. »

Contacté, Andréa Kotarac nous a assuré avoir saisi la commission de discipline du parti après avoir été récemment alerté sur le cas de sa colistière par son entourage. La tête de liste en Auvergne-Rhône-Alpes a été l’un des premiers abonnés au compte de sa colistière mais affirme n’avoir pas vu la teneur de ses messages. « Ils ne représentent ni les valeurs que je porte ni celles du parti », affirme le candidat du RN.

« Vous savez, quand vous devez présenter 234 candidats, à parité, et que vous suivez sur les réseaux près de 3 000 personnes, vous ne pouvez pas tout voir », se justifie-t-il.

Le compte Twitter de Juliette Planche était néanmoins suivi par d’autres membres éminents du RN dans la région, comme Jean Morain, porte-parole de la campagne des régionales et également candidat, mais aussi par la conseillère régionale Marie Dauchy.

Pendant des mois, les propos relayés par la candidate n’ont suscité l’indignation de personne dans les rangs du RN. Quelle que soit la décision que prendra la commission de discipline sur le cas de cette candidate, les listes étant déposées, le RN n’a plus le choix de présenter une autre candidate.

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Malgré nos tentatives, via la fédération Loire du RN et différents responsables locaux, nous n’avons pu joindre Juliette Planche.