Droite parisienne : vingt ans de déconfiture

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Depuis que Jacques Chirac a quitté la mairie de Paris en 1995, la droite parisienne se cherche, sans jamais se retrouver. Préférant les querelles d’ego aux débats d’idées, incapable de se dégager du système chiraquien et de ses vieux barons, elle anéantit elle-même, élection après élection, tout espoir de reconstruction.

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Lors de sa réélection à la mairie de Paris en 1989, Jacques Chirac exposait sur Antenne 2 les trois piliers de la victoire des listes RPR-UDF dans les vingt arrondissements de la capitale : le « renouvellement des idées », le « rajeunissement des hommes », « mais aussi et surtout l’union ». Or, depuis son départ en 1995, la droite semble avoir oublié les leçons de celui qui fut à la tête de la ville durant trois mandats.

Aux mots « idées », « rajeunissement » et « union », ont bientôt succédé ceux de « déclin », « baronnies » et « dissidences ». Fronde menée par Jacques Toubon contre Jean Tiberi en 1998, duel Philippe Séguin-Jean Tiberi en 2001, isolement de Françoise de Panafieu en 2008… Pendant près de vingt ans, la droite parisienne n’a eu de cesse de se déchirer, reléguant aux oubliettes les idées pour se concentrer sur les égos. Si les premiers effets de cette déconfiture se font sentir dès l’élection de 1995 – où l'alliance RPR-UDF perd six arrondissements –, le climax est atteint en 2001 lorsque la majorité de gauche, menée par Bertrand Delanoë, remporte la mairie, mettant ainsi fin à un siècle d’ininterrompue domination de la droite dans la capitale. 

Aujourd’hui encore, la candidate UMP pour les municipales de 2014, Nathalie Kosciusko-Morizet, doit faire face à un certain nombre de dissidences, désormais incarnées par Charles Beigbeder, un proche de Jean-François Copé. Après son éviction en décembre de sa place de numéro 2 dans le VIIIe arrondissement, l’homme d’affaires a en effet décidé de constituer ses propres listes « Paris Libéré ». Le secrétaire général de l’UMP, qui tentait jusqu'alors une médiation, a finalement fait savoir le jeudi 9 janvier qu'il « engageait une procédure de suspension en vue de l'exclusion de Charles Beigbeder ». Cette procédure sera débattue le mercredi 15 janvier devant le bureau politique du parti.

 © Reuters © Reuters

Incapable de s’adapter aux mutations sociologiques de la ville, lestée de l’héritage chiraquien et plombée par ses vieilles baronnies, la droite parisienne n’en finit pas de s’éroder. Douze ans après sa première défaite, elle peine toujours à trouver des figures et des idées susceptibles de la faire émerger de nouveau.

  • Le décalage idéologique

Comme d’autres métropoles comparables outre-Manche et outre-Atlantique, Paris n’a pas échappé au phénomène de « gentrification » que la géographe Anne Clerval définit dans Paris sans peuple (Éd. La Découverte, 2013) comme « un embourgeoisement spécifique des quartiers populaires qui s’accompagne de la transformation du bâti et d’un quartier en général ». Amorcé dans les années 1960 à l'étranger, ce phénomène ne devient vraiment visible à Paris qu’à la fin des années 1990.

« Une nouvelle bourgeoisie est apparue au cours du dernier mandat de Chirac », constate le député et conseiller UMP de Paris, Pierre Lellouche. Il s’agit de gens plus jeunes, plus sophistiqués. Ils ont le cœur à gauche et sont très mobilisés par les thèmes urbains modernes : la circulation, l’environnement, la pollution, le mariage homo… La droite n’a pas su parler à cette population. »

Affaiche de campagne, 1977. © www.jacqueschirac-asso.fr Affaiche de campagne, 1977. © www.jacqueschirac-asso.fr
« En bouleversant l’urbanisme parisien et en modernisant certains arrondissements comme le XIVe, Chirac a sorti de Paris un électorat gaulliste traditionnel et vieillissant et fait venir une clientèle politique urbaine de gauche, indique le député et maire UMP du XVIe arrondissement, Claude Goasguen. La droite n’a pas su faire évoluer son discours en fonction de ce changement. C’est pour cette raison que le choix s’est porté en 2014 sur le XIIe et le XIVe arrondissements, avec une campagne “NKM bobo”, même si je ne suis pas sûr qu’on pourra récupérer cet électorat. »

D’autant que si l’on en croit la géographe Anne Clerval, « les positions sociales » de ces ménages gentrifieurs « font qu’ils ne voteront de toute façon jamais à droite » : « Principalement électeurs du Parti socialiste et de ses alliés, (ils) adhèrent à la représentation “sociale libérale” de la gauche adoptée par le PS depuis le tournant de la rigueur de 1983 », écrit-elle dans Paris sans peuple.

Maire du Ier arrondissement et président du groupe UMP du conseil de Paris, Jean-François Legaret reconnaît aussi « un décalage très grandissant » entre les propositions de la droite et le profil de ces « nouveaux Parisiens » : « On ne peut plus faire campagne sur les mêmes thématiques que Chirac. Le discours des candidats de 2001 (Philippe Seguin – ndlr) et de 2008 (Françoise de Panafieu – ndlr) était très conforme à nos traditions RPR, UDF et UMP, mais il ne répondait pas aux attentes des Parisiens. Le pari de Nathalie Kosciusko-Morizet, c’est justement de dépasser ces attentes. »

« NKM a l’âge, le look, l’intelligence et la sophistication qu’ont les nouveaux Parisiens. Elle est élégante. Si l'on arrive à articuler un projet un peu novateur, ça peut le faire », ajoute Pierre Lellouche, contredit par Thierry Coudert, vice-président du groupe UMP du conseil de Paris, qui a choisi de soutenir la candidature de la socialiste Anne Hidalgo : « NKM n’est moderne que dans la forme, elle a repris les vieux poncifs de la droite traditionnelle. Elle fait une campagne de “looks”, pas de débats d’idées », déclare-t-il au Monde le 8 janvier.

Près de vingt ans après sa dernière victoire à Paris, la droite n’a donc pas su s’adapter aux transformations de la socio-démographie parisienne qui ont progressivement rendu la capitale plus favorable à la gauche. « Nous étions plusieurs à vouloir faire une étude sociologique de la population parisienne, arrondissement par arrondissement, mais ça n’a jamais été fait », regrette Jean-François Legaret.

« C’est à se demander si ces gens là vivent à Paris !, moque Jean-François Probst, ancien conseiller de Chirac et de Tiberi. Le programme de Philippe Séguin en 2001 était atterrant. D’ailleurs, c’étaient les mêmes qui étaient derrière : François Fillon, Roger Karoutchi… Quant à Françoise de Panafieu, il n’y avait pas l’ombre d’un programme. C’est pour ça que je l’avais traitée de pintade à roulettes. Et aujourd’hui, est-ce qu’on entend quelqu’un proposer quelque chose ? La polytechnicienne Nathalie Kosciusko-Morizet est arrivée de Longjumeau avec des idées qu’elle dit avoir trouvées à Londres… Mais franchement, ce qu’elle a proposé est affligeant. Ce sont des espèces de technocrates superficiels qui font des “y a qu’à”, “faut qu’on”, mais ça n’a ni queue ni tête ! Il faut fermer le magasin de farces et attrapes et rouvrir un véritable travail de projet, comme l’avait fait Chirac pendant ses trois campagnes. »

Pour Géraldine Poirault-Gauvin, conseillère de Paris qui a rejoint le mouvement « Paris libéré » de Charles Beigbeder et qui se porte candidate dans le XVe, l’immobilisme de la droite tient à la stratégie de ceux qu’elle surnomme « les serial losers ». « Philippe Goujon, Bernard Debré, Jean-François Lamour, Claude Goasguen… Ces barons font de la politique comme dans les années 70, ils sont incapables d’élaborer un projet novateur, s’agace-t-elle. Nous, la jeune garde, nous disons qu’il ne faut pas rejeter en bloc certaines idées de la gauche comme les voies sur berges, parce que toutes les grandes métropoles du monde reconquièrent leur fleuve. On a essayé de moderniser le discours de la droite, mais tous les barons nous sont tombés dessus à bras raccourcis. Quand on essaie de changer les choses en interne, on est tué politiquement. »

  • L’héritage chiraquien

En quittant la mairie de Paris en 1995, Jacques Chirac laisse derrière lui un véritable champ de ruines. Hausse de la fiscalité, recours à l’emprunt, ralentissement des programmes d'investissement… Autant de décisions qui alimentent le virage budgétaire opéré dès 1992 et ternissent le bilan de ses 18 ans de mandature. Rattrapé par les affaires – emplois fictifs de la mairie de Paris, société d'économie mixte parisienne de prestations (Sempap), HLM de Paris… –, l’ex-homme fort de la capitale, devenu président de la République, confie à la droite parisienne le soin de se démêler toute seule de ces histoires abracadabrantesques.

« La gauche a fait son miel des affaires politico-financières et elle continue d’en parler, affirme Pierre Lellouche. Mais tout ça est exagéré. Les mœurs politiques ont évolué depuis, des législations font qu’il n’y a plus de mélange des genres. » Pourtant, vingt ans plus tard, les affaires judiciaires de Jacques Chirac et de ses anciens lieutenants – à commencer par Jean Tiberi – continuent d’empoisonner la campagne de Nathalie Kosciusko-Morizet.

En débarquant sur la scène parisienne, cette dernière avait annoncé son intention de faire le ménage en retirant de ses listes toute personne qui serait sous le coup de condamnations importantes et en écartant des personnalités comme François Lebel, maire du VIIIe arrondissement depuis 1983 et conseiller de Paris depuis 1977, en raison de son âge, mais aussi parce qu'il avait tenu des propos homophobes en octobre 2012.

Jean Tibéri, conseiller de Paris depuis 1971 et sa femme, Xavière Tibéri. © Reuters/Antoine Gyori Jean Tibéri, conseiller de Paris depuis 1971 et sa femme, Xavière Tibéri. © Reuters/Antoine Gyori

« On a passé le moment le plus compliqué, estime Pierre-Yves Bournazel, porte-parole de la candidate UMP et tête de liste dans le XVIIIe arrondissement. Nous avions des problèmes à régler, c’est fait. Il ne faut pas oublier le passé, mais nous ne sommes pas dans une logique de revanche. »

Claude Goasguen, qui se présente pourtant comme « l'un des premiers soutiens » de la candidate UMP, regrette que celle-ci ait voulu « tirer des leçons d’un passé parisien qui n’a pas lieu d’être » en sanctionnant Dominique Tiberi, fils du maire du Ve arrondissement et candidat dissident à la succession de son père. « Je ne crois pas que les affaires soient décisives dans l’électorat de droite », plaide le député et maire du XVIe, soutenu sur ce point par Jean-François Probst : « Ça n’intéresse pas nos électeurs. La preuve : Balkany est réélu à Levallois sans problème. »

Nombreux sont ceux, à droite, qui raillent « le grand ménage de NKM », à commencer par Dominique Tiberi lui-même : « Elle est allée voir Alain Juppé à Bordeaux, alors qu’elle rejette Jean Tiberi qui, lui, n’a pas détourné un centime. Alain Juppé, je le respecte beaucoup, mais bon… Jean Tiberi, au moins, il vous fait gagner une mairie ! Il a même réussi à faire élire Fillon (député de Paris en juin 2012 – ndlr). Bon, ce n’est peut-être pas ce qu’il a fait de plus intelligent, mais c’est pour dire ! »

  • « Une guéguerre permanente »

L’héritage chiraquien ne se résume pas aux seules affaires politico-financières. Pour le député Pierre Lellouche, il explique également en grande partie les divisions qui gangrènent la droite parisienne depuis vingt ans. « Chirac était un redoutable fossoyeur de tous les talents qui pouvaient exister autour de lui. Il n’a pas voulu organiser sa succession et a poussé dehors Juppé pour laisser les clés à Jean Tiberi, ce qui a donné des luttes entre les successeurs : Toubon, Panafieu… En 2001, devant la guerre des barons, je le soupçonne d’avoir sciemment fait venir Séguin pour le tuer avant les présidentielles. On a perdu Paris dans la division parce que Chirac a encouragé une guéguerre permanente des hommes et des femmes qu’il a laissés derrière lui. »

De fait, la dernière décennie a été marquée par les divisions incessantes de la droite parisienne. « En 2001, ce n’est pas la gestion de Tiberi qui a été sanctionnée, c’est la division de la droite, assure le président du groupe UMP du conseil de Paris, Jean-François Legaret, qui fut adjoint de Jean Tiberi de 1995 à 2001, chargé des finances et des marchés publics. On a donné un spectacle ridicule, on a payé cher et on n’en a jamais complètement tiré les leçons… » Claude Goasguen rappelle d'ailleurs qu’« en arrivant en 1977, Chirac s’était déjà trouvé en hostilité contre certains barons », avant d'ajouter : « Mais il avait alors eu une pratique que n’a pas eue NKM : il avait rassemblé. »

Déjà porte-parole de Françoise de Panafieu en 2008, Pierre-Yves Bournazel veut croire que les clivages de la droite appartiennent au passé : « Aujourd’hui, il n’y a pas d’espace pour la division. Les quelques dissidences sont dues à des individualités qui voulaient être sur nos listes et qui n'ont pas compris qu'on ne construit pas un projet sur un problème d’ego. »

  • Les baronnies engourdies

« Les egos et les prés carrés de chacun, c’est justement ce qui fait perdre la droite parisienne depuis douze ans, affirme la conseillère de Paris (UMP) Géraldine Poirault-Gauvin. Ce sont toujours les mêmes personnes qui tirent les ficelles et qui nous mènent dans le ravin. Ces espèces de barons qui sont présents dans plusieurs arrondissements de l’Ouest et qui ne veulent pas que la droite gagne. Ils veulent garder leur pouvoir pour eux seuls et tout ce qui va avec : les cabinets, les chauffeurs… Tout ce qui donne des moyens d’exister. »

Pour elle, ces barons élaborent toujours les mêmes « stratégies de billard à 5 bandes » : « Ils prennent en général des femmes – Lagarde, Jouanno, Dati, NKM… –, s’entichent d’elles, les font désigner et finissent par leur savonner la planche pour qu’elles perdent. Cette année, ils sont derrière NKM, tout en organisant en sous-main des listes dissidentes. »

Nathalie Kosciusko-Morizet et Claude Goasguen. © www.nkmparis.fr Nathalie Kosciusko-Morizet et Claude Goasguen. © www.nkmparis.fr

Après s’être déchirés lors des élections de 2001 et de 2008, les barons parisiens ont de nouveau perturbé la campagne de 2014, notamment dans le VIIIe arrondissement où Pierre Lellouche et le maire sortant François Lebel, pourtant écarté dans un premier temps par la candidate UMP, ont réglé leurs différends et trouvé un accord « dans le dos » de cette dernière

« Les barons sont plutôt derrière NKM, à un ou deux près », nuançait le 4 janvier sur RTL le sénateur des Hauts-de-Seine et vice-président de l'UMP, Roger Karoutchi. Dans l’entourage de la candidate, un seul mot d’ordre : la question des barons n’en est plus une. « NKM appartient à la nouvelle génération, répète à Mediapart son porte-parole, Pierre-Yves Bournazel. Elle a réussi le rassemblement avec l’UDI et le Modem, mais aussi au sein de sa propre famille, j’en suis la preuve (Pierre-Yves Bournazel était son adversaire à la primaire UMP – ndlr). Elle a fait le choix du renouvellement des hommes. » « Le nettoyage et le renouvellement, c’est pipeau !, rétorque Géraldine Poirault-Gauvin. Elle choisit de m’écarter pour conserver Philippe Goujon dans le XVe. Goujon a été élu pour la première fois au conseil de Paris en 1983. J’avais 7 ans ! »

« Les barons, c’est un mythe, tranche le député et maire du XVIe Claude Goasguen. Le renouvellement de la classe politique, ça me fait rigoler... Renouveler sur l’âge, ça ne suffit pas. Il faut aussi avoir des idées. Quand je vois Mme Poirault-Gauvin, qui a toujours vécu dans des rails politiques, et moi-même qui suis professeur d’université et avocat, je pose la question : qui est le plus dépendant de la politique entre nous deux ? Cette classe parisienne n’a aucune maturité politique. »

  • L’absence de leader

Depuis le départ de Jacques Chirac, la droite parisienne, qui dispose pourtant de grands pontes indéboulonnables, n’a pas su se rassembler autour d’un leader incontestable, capable de discipliner les barons de l’Ouest, tout en partant à la conquête des nouveaux Parisiens de l’Est.

« Chirac disait toujours : “Paris n’est pas une ville de droite ou de gauche, c’est une question de personne”, poursuit Goasguen. Il faut quelqu’un de singulier pour représenter Paris. Chirac avait du charisme. Delanoë aussi. Contrairement à Françoise de Panafieu en 2008, Nathalie Kosciusko-Morizet est une personnalité à part. Qu'on aime ou pas, c’est un personnage qui peut plaire aux Parisiens. »

Mais pour Jean-François Probst, la candidate n’a pas su « affirmer son autorité » au cours des six derniers mois : « Il ne suffit pas d’arriver et de dire “je vais éradiquer les Tiberi” ou “je fume ma clope avec les SDF” ou “je trouve du charme au métro”… Il faut faire la part belle aux compétences et à ceux qui travaillent. Et c’est le cas de Tiberi dans le Ve. »

« Tiberi était certes très dévoué dans le Ve, mais il ne s’est jamais imposé à la mairie de Paris. Du coup, les chefs de la droite se sont repliés dans leur circonscription et on n’a jamais su trouver de leader », affirme de son côté Pierre Lellouche. Sans surprise, Dominique Tiberi ne partage pas ce point de vue. Selon lui, « ceux qui ont toujours créé des difficultés » ne sont pas les Parisiens élus de longue date, mais « les pièces rapportées qui se servent de Paris pour servir leurs intérêts » : « NKM, députée de l’Essonne, Jean-François Copé, élu en Seine-et-Marne, Bernard Debré qui a même réussi à perdre les mandats hérités de son papa à Ambroise… »

Si elles répètent à l’envi qu’une nouvelle alternance est possible en 2014, les figures de la droite parisienne, qu'elles soutiennent ou non Nathalie Kosciusko-Morizet, reconnaissent toutefois mezza voce que les trois piliers de la victoire de Chirac en 1989 sont encore loin d’être réunis.

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Sauf mention contraire, toutes les personnes citées dans cet article ont été jointes par téléphone entre le 6 et le 9 janvier.