Droite parisienne : vingt ans de déconfiture

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  • L’héritage chiraquien

En quittant la mairie de Paris en 1995, Jacques Chirac laisse derrière lui un véritable champ de ruines. Hausse de la fiscalité, recours à l’emprunt, ralentissement des programmes d'investissement… Autant de décisions qui alimentent le virage budgétaire opéré dès 1992 et ternissent le bilan de ses 18 ans de mandature. Rattrapé par les affaires – emplois fictifs de la mairie de Paris, société d'économie mixte parisienne de prestations (Sempap), HLM de Paris… –, l’ex-homme fort de la capitale, devenu président de la République, confie à la droite parisienne le soin de se démêler toute seule de ces histoires abracadabrantesques.

« La gauche a fait son miel des affaires politico-financières et elle continue d’en parler, affirme Pierre Lellouche. Mais tout ça est exagéré. Les mœurs politiques ont évolué depuis, des législations font qu’il n’y a plus de mélange des genres. » Pourtant, vingt ans plus tard, les affaires judiciaires de Jacques Chirac et de ses anciens lieutenants – à commencer par Jean Tiberi – continuent d’empoisonner la campagne de Nathalie Kosciusko-Morizet.

En débarquant sur la scène parisienne, cette dernière avait annoncé son intention de faire le ménage en retirant de ses listes toute personne qui serait sous le coup de condamnations importantes et en écartant des personnalités comme François Lebel, maire du VIIIe arrondissement depuis 1983 et conseiller de Paris depuis 1977, en raison de son âge, mais aussi parce qu'il avait tenu des propos homophobes en octobre 2012.

Jean Tibéri, conseiller de Paris depuis 1971 et sa femme, Xavière Tibéri. © Reuters/Antoine Gyori Jean Tibéri, conseiller de Paris depuis 1971 et sa femme, Xavière Tibéri. © Reuters/Antoine Gyori

« On a passé le moment le plus compliqué, estime Pierre-Yves Bournazel, porte-parole de la candidate UMP et tête de liste dans le XVIIIe arrondissement. Nous avions des problèmes à régler, c’est fait. Il ne faut pas oublier le passé, mais nous ne sommes pas dans une logique de revanche. »

Claude Goasguen, qui se présente pourtant comme « l'un des premiers soutiens » de la candidate UMP, regrette que celle-ci ait voulu « tirer des leçons d’un passé parisien qui n’a pas lieu d’être » en sanctionnant Dominique Tiberi, fils du maire du Ve arrondissement et candidat dissident à la succession de son père. « Je ne crois pas que les affaires soient décisives dans l’électorat de droite », plaide le député et maire du XVIe, soutenu sur ce point par Jean-François Probst : « Ça n’intéresse pas nos électeurs. La preuve : Balkany est réélu à Levallois sans problème. »

Nombreux sont ceux, à droite, qui raillent « le grand ménage de NKM », à commencer par Dominique Tiberi lui-même : « Elle est allée voir Alain Juppé à Bordeaux, alors qu’elle rejette Jean Tiberi qui, lui, n’a pas détourné un centime. Alain Juppé, je le respecte beaucoup, mais bon… Jean Tiberi, au moins, il vous fait gagner une mairie ! Il a même réussi à faire élire Fillon (député de Paris en juin 2012 – ndlr). Bon, ce n’est peut-être pas ce qu’il a fait de plus intelligent, mais c’est pour dire ! »

  • « Une guéguerre permanente »

L’héritage chiraquien ne se résume pas aux seules affaires politico-financières. Pour le député Pierre Lellouche, il explique également en grande partie les divisions qui gangrènent la droite parisienne depuis vingt ans. « Chirac était un redoutable fossoyeur de tous les talents qui pouvaient exister autour de lui. Il n’a pas voulu organiser sa succession et a poussé dehors Juppé pour laisser les clés à Jean Tiberi, ce qui a donné des luttes entre les successeurs : Toubon, Panafieu… En 2001, devant la guerre des barons, je le soupçonne d’avoir sciemment fait venir Séguin pour le tuer avant les présidentielles. On a perdu Paris dans la division parce que Chirac a encouragé une guéguerre permanente des hommes et des femmes qu’il a laissés derrière lui. »

De fait, la dernière décennie a été marquée par les divisions incessantes de la droite parisienne. « En 2001, ce n’est pas la gestion de Tiberi qui a été sanctionnée, c’est la division de la droite, assure le président du groupe UMP du conseil de Paris, Jean-François Legaret, qui fut adjoint de Jean Tiberi de 1995 à 2001, chargé des finances et des marchés publics. On a donné un spectacle ridicule, on a payé cher et on n’en a jamais complètement tiré les leçons… » Claude Goasguen rappelle d'ailleurs qu’« en arrivant en 1977, Chirac s’était déjà trouvé en hostilité contre certains barons », avant d'ajouter : « Mais il avait alors eu une pratique que n’a pas eue NKM : il avait rassemblé. »

Déjà porte-parole de Françoise de Panafieu en 2008, Pierre-Yves Bournazel veut croire que les clivages de la droite appartiennent au passé : « Aujourd’hui, il n’y a pas d’espace pour la division. Les quelques dissidences sont dues à des individualités qui voulaient être sur nos listes et qui n'ont pas compris qu'on ne construit pas un projet sur un problème d’ego. »

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Sauf mention contraire, toutes les personnes citées dans cet article ont été jointes par téléphone entre le 6 et le 9 janvier.