Droite parisienne : vingt ans de déconfiture

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  • Les baronnies engourdies

« Les egos et les prés carrés de chacun, c’est justement ce qui fait perdre la droite parisienne depuis douze ans, affirme la conseillère de Paris (UMP) Géraldine Poirault-Gauvin. Ce sont toujours les mêmes personnes qui tirent les ficelles et qui nous mènent dans le ravin. Ces espèces de barons qui sont présents dans plusieurs arrondissements de l’Ouest et qui ne veulent pas que la droite gagne. Ils veulent garder leur pouvoir pour eux seuls et tout ce qui va avec : les cabinets, les chauffeurs… Tout ce qui donne des moyens d’exister. »

Pour elle, ces barons élaborent toujours les mêmes « stratégies de billard à 5 bandes » : « Ils prennent en général des femmes – Lagarde, Jouanno, Dati, NKM… –, s’entichent d’elles, les font désigner et finissent par leur savonner la planche pour qu’elles perdent. Cette année, ils sont derrière NKM, tout en organisant en sous-main des listes dissidentes. »

Nathalie Kosciusko-Morizet et Claude Goasguen. © www.nkmparis.fr Nathalie Kosciusko-Morizet et Claude Goasguen. © www.nkmparis.fr

Après s’être déchirés lors des élections de 2001 et de 2008, les barons parisiens ont de nouveau perturbé la campagne de 2014, notamment dans le VIIIe arrondissement où Pierre Lellouche et le maire sortant François Lebel, pourtant écarté dans un premier temps par la candidate UMP, ont réglé leurs différends et trouvé un accord « dans le dos » de cette dernière

« Les barons sont plutôt derrière NKM, à un ou deux près », nuançait le 4 janvier sur RTL le sénateur des Hauts-de-Seine et vice-président de l'UMP, Roger Karoutchi. Dans l’entourage de la candidate, un seul mot d’ordre : la question des barons n’en est plus une. « NKM appartient à la nouvelle génération, répète à Mediapart son porte-parole, Pierre-Yves Bournazel. Elle a réussi le rassemblement avec l’UDI et le Modem, mais aussi au sein de sa propre famille, j’en suis la preuve (Pierre-Yves Bournazel était son adversaire à la primaire UMP – ndlr). Elle a fait le choix du renouvellement des hommes. » « Le nettoyage et le renouvellement, c’est pipeau !, rétorque Géraldine Poirault-Gauvin. Elle choisit de m’écarter pour conserver Philippe Goujon dans le XVe. Goujon a été élu pour la première fois au conseil de Paris en 1983. J’avais 7 ans ! »

« Les barons, c’est un mythe, tranche le député et maire du XVIe Claude Goasguen. Le renouvellement de la classe politique, ça me fait rigoler... Renouveler sur l’âge, ça ne suffit pas. Il faut aussi avoir des idées. Quand je vois Mme Poirault-Gauvin, qui a toujours vécu dans des rails politiques, et moi-même qui suis professeur d’université et avocat, je pose la question : qui est le plus dépendant de la politique entre nous deux ? Cette classe parisienne n’a aucune maturité politique. »

  • L’absence de leader

Depuis le départ de Jacques Chirac, la droite parisienne, qui dispose pourtant de grands pontes indéboulonnables, n’a pas su se rassembler autour d’un leader incontestable, capable de discipliner les barons de l’Ouest, tout en partant à la conquête des nouveaux Parisiens de l’Est.

« Chirac disait toujours : “Paris n’est pas une ville de droite ou de gauche, c’est une question de personne”, poursuit Goasguen. Il faut quelqu’un de singulier pour représenter Paris. Chirac avait du charisme. Delanoë aussi. Contrairement à Françoise de Panafieu en 2008, Nathalie Kosciusko-Morizet est une personnalité à part. Qu'on aime ou pas, c’est un personnage qui peut plaire aux Parisiens. »

Mais pour Jean-François Probst, la candidate n’a pas su « affirmer son autorité » au cours des six derniers mois : « Il ne suffit pas d’arriver et de dire “je vais éradiquer les Tiberi” ou “je fume ma clope avec les SDF” ou “je trouve du charme au métro”… Il faut faire la part belle aux compétences et à ceux qui travaillent. Et c’est le cas de Tiberi dans le Ve. »

« Tiberi était certes très dévoué dans le Ve, mais il ne s’est jamais imposé à la mairie de Paris. Du coup, les chefs de la droite se sont repliés dans leur circonscription et on n’a jamais su trouver de leader », affirme de son côté Pierre Lellouche. Sans surprise, Dominique Tiberi ne partage pas ce point de vue. Selon lui, « ceux qui ont toujours créé des difficultés » ne sont pas les Parisiens élus de longue date, mais « les pièces rapportées qui se servent de Paris pour servir leurs intérêts » : « NKM, députée de l’Essonne, Jean-François Copé, élu en Seine-et-Marne, Bernard Debré qui a même réussi à perdre les mandats hérités de son papa à Ambroise… »

Si elles répètent à l’envi qu’une nouvelle alternance est possible en 2014, les figures de la droite parisienne, qu'elles soutiennent ou non Nathalie Kosciusko-Morizet, reconnaissent toutefois mezza voce que les trois piliers de la victoire de Chirac en 1989 sont encore loin d’être réunis.

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Sauf mention contraire, toutes les personnes citées dans cet article ont été jointes par téléphone entre le 6 et le 9 janvier.