Business, Afrique et préjugés : le Paris Football Club dans la tourmente

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Dans l'ombre du PSG, un projet de deuxième grand club de foot à Paris se construit. Mais le changement d'actionnariat du PFC se fait dans la tourmente : le porteur du projet, Jean-Marc Guillou, est accusé de vouloir se faire un maximum d'argent sur le dos de jeunes footballeurs africains. La Mairie de Paris, qui subventionne le club, est prise à partie.

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Le PSG n’a pas le monopole du psychodrame footballistique parisien. Si le PFC (Paris Football Club) n’a pas la même renommée – il joue en National (troisième division) –, il n’en traverse pas moins une phase de turbulences aiguë. Le club, aidé à hauteur d’environ 1 million d’euros par an par la Mairie de Paris, se cherche de nouveaux actionnaires. Le processus est suivi d'un œil inquiet par les politiques et la Fédération française de football, car l'affaire mêle gros sous, subventions publiques et soupçons de discriminations.

Pourquoi Paris, à la différence des autres grandes capitales européennes, devrait-il se contenter d’un seul club ? Et pourquoi construire une équipe de stars à coups de dizaines de millions d’euros alors que la région dispose d’un vivier de jeunes footballeurs sans équivalent ? Combien d’investisseurs, d’anciens joueurs ou de simples amateurs se sont un jour posé ces questions ? Combien ont un jour rêvé de présider le second grand club de la capitale, celui qui occuperait un jour le Stade de France, celui qui susciterait la ferveur populaire de toute la région ?

Jean-Marc Guillou Jean-Marc Guillou
Alors, lorsque le Paris FC, qui joue dans le stade Charléty mais végète depuis plusieurs années en National, a décidé il y a quelques mois d’ouvrir son capital en raison de difficultés économiques, beaucoup se sont renseignés. Après plusieurs semaines de lutte au sein du club, et en attendant le conseil d'administration qui actera le nouvel actionnariat d'ici la fin du mois, le projet financier, prévoyant un budget de 4 millions d'euros pour l'année prochaine et une augmentation de capital de 1,5 million d'euros, a été présenté mardi matin à la DNCG (Direction nationale de contrôle de gestion), qui a mis sa décision en délibéré.

Le nom de Jean-Marc Guillou a été avancé comme futur actionnaire. Et c’est peu dire qu’il fait polémique.

 © Reuters © Reuters
Joueur international de classe à la fin des années 1970, il s’est encore fait mieux connaître en Côte d’Ivoire dans les années 1990 en montant une académie de formation, qui, en quelques années, a sorti quelques stars du football mondial : les frères Yaya et Kolo Touré, Gervinho, et une grande partie de l’équipe nationale ivoirienne.

C’est ainsi que la légende est née : de jeunes footballeurs, recrutés entre 11 et 13 ans, qui apprennent à jouer pieds nus, entre eux, en misant plus sur la technique que sur le physique, avant d’éclore subitement à la face du monde.

De jeunes élèves dans l'académie de Jean-Marc Guillou, en Algérie © Reuters De jeunes élèves dans l'académie de Jean-Marc Guillou, en Algérie © Reuters

Sur ce modèle, Jean-Marc Guillou a bâti dix académies dans le monde. Certaines n’ont pas trouvé leur équilibre économique, comme en Thaïlande ou à Madagascar. D’autres continuent de fonctionner, au Maroc, en Egypte ou au Mali.

Mais Jean-Marc Guillou ne veut pas se contenter de former. Déjà en 2001, il s’était investi dans un club belge alors inconnu, Beveren, dans lequel il avait fait venir en nombre ses footballeurs formés en Côte d’Ivoire (jusqu’à 10 joueurs sur 11 alignés). Le club, au bord du dépôt de bilan, était sorti du néant pour atteindre la Coupe d’Europe.

Aujourd’hui, Guillou est en procès avec Beveren. Tout comme il s’est fâché avec l’ASEC, le club d’Abidjian avec lequel il travaillait. Pas pour des histoires de football. Mais d’argent. Et à Paris, avant même que le projet ne soit lancé, c’est déjà le sujet qui fâche.

L’entrepreneur, accusé par ses détracteurs de se comporter comme un négrier, ne s’en cache pas : il veut profiter du PFC pour promouvoir ses joueurs. Mais les clauses qu’il a imposées ne font pas l’unanimité. Au sein du club, il est soutenu par le président délégué, Pierre Ferracci, jusqu’à aujourd’hui plus connu pour ses activités professionnelles puisqu’il dirige le groupe Alpha (environ 130 millions d’euros de chiffre d’affaires), dont il détient 55 % du capital, historiquement proche de la CGT, qui conseille notamment les comités d'entreprises.

A l’inverse, l’autre président du club, celui de la SASP (Société anonyme sportive professionnelle), Guy Cotret, mis en minorité au sein du Conseil d’administration, ne tarit pas sur ce projet de critiques. Cet ancien président du Conseil d’administration du Crédit foncier et directeur général délégué de Nexity, aujourd’hui retraité, juge les dispositions économiques de Guillou « insensées ».

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Je suis moi-même supporter du Red Star, club concurrent du PFC, jouant également en National. Mais j'ai tenté d'écrire cet article avec la plus grande objectivité possible.