A Montreuil, la police tire, un manifestant perd un œil

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Lors d'un rassemblement, organisé mercredi 8 juillet dans la soirée à Montreuil, pour dénoncer l'évacuation d'une ancienne clinique occupée depuis le début de l'année, des policiers ont tiré avec leurs flashball. Cinq personnes ont été touchées, dont Joachim Gatti, atteint en plein visage. Hospitalisé à Paris, ce militant de 34 ans, réalisateur, a perdu un œil. Il doit subir diverses opérations pour réparer les fractures. Les policiers ont visé «au-dessus de la ceinture», selon plusieurs témoins. L'AFP relaie la version de la préfecture: «Nous avons bien eu connaissance qu'un jeune homme a perdu son œil mais pour le moment il n'y a pas de lien établi de manière certaine entre la perte de l'œil et le tir de flashball.» De son côté, la maire de Montreuil, Dominique Voynet, «constate que le travail de restauration d'une police républicaine n'est pas encore achevé» dans sa ville.

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Joachim Gatti a 34 ans, il est réalisateur et habite Montreuil depuis plusieurs années, où il participe à différentes luttes, comme la résistance aux arrestations des sans-papiers. Il a été atteint d'une balle de flashball en plein visage, tirée par un policier, mercredi 8 juillet à Montreuil. Hospitalisé à Paris, il a perdu l'usage de son œil droit et doit subir diverses opérations pour réparer les fractures. Quatre autres personnes, réunies le même jour après l'expulsion d'un squat dans la ville, ont été visées «au-dessus de la ceinture», indiquent plusieurs témoins.

 

Située dans le centre de Montreuil, l'ancienne clinique occupée depuis janvier servait à la fois de lieu d'habitation et de lieu «ouvert» avec, entre autres, des projections de film, des ateliers sur les questions de logement, une permanence sur les droits sociaux et la rédaction d'un journal. Mercredi matin, à 6 heures, elle est évacuée sur ordre de la préfecture de Seine-Saint-Denis. En début de soirée, un rassemblement avec distribution de gnocchi est organisé, à l'initiative des résidents et de leurs amis, à l'entrée de la rue piétonne du quartier de la Croix de Chavaux pour informer les habitants de la situation. Des feux d'artifice sont tirés, non loin de là, près de l'ancienne clinique. Des manifestants s'y rendent, «sans avoir l'intention de réinvestir» les lieux. C'est ce moment que les policiers choisissent pour intervenir.

 

L'expulsion le 8 juillet (sur le site internet de la clinique occupée).

 

Le père de Joachim, Stéphane Gatti, dans une lettre ouverte diffusée sur internet, rapporte les propos de son fils, sur son lit d'hôpital: «Il y a eu des feux d'artifices au-dessus du marché. Nous nous y sommes rendus. Immédiatement, les policiers qui surveillaient depuis leur voiture se sont déployés devant. Une minute plus tard, alors que nous nous trouvions encore en face de la clinique, à la hauteur du marché couvert, les policiers qui marchaient à quelques mètres derrière nous, ont tiré sur notre groupe au moyen de leur flashball. À ce moment-là, je marchais et j'ai regardé en direction des policiers. J'ai senti un choc violent au niveau de mon œil droit. Sous la force de l'impact, je suis tombé au sol. Des personnes m'ont aidé à me relever et m'ont soutenu jusqu'à ce que je m'asseoie sur un trottoir dans la rue de Paris. Devant l'intensité de la douleur et des saignements, des pompiers ont été appelés.»

 

La tonalité des dépêches AFP relatant les événements est tout autre. Elles reproduisent abondamment les déclarations de la préfecture, sans les confronter aux témoignages des personnes visées par les tirs. «Vers 22 heures (...), des personnes se sont dirigées vers la clinique pour la réinvestir. Les forces de l'ordre les en ont empêché. S'en sont suivis des jets de projectiles contre la police et celle-ci a riposté en faisant usage de flashball. Il y a eu trois arrestations», indique la préfecture, «sans faire état de blessé», précise la dépêche en date du 9 juillet. Le lendemain, les forces de l'ordre changent leur version, toujours dans l'AFP: «Nous avons bien eu connaissance qu'un jeune homme a perdu son œil mais pour le moment il n'y a pas de lien établi de manière certaine entre la perte de l'œil et le tir de flashball.»

 

Les témoins interrogés par Mediapart n'ont aucun doute sur les liens de cause à effet. Une militante du Groupe d'information et de soutien des immigrés (Gisti), présente au moment des faits, raconte: «Mercredi soir, nous devions être une trentaine à nous être rassemblés à l'entrée de la rue piétonne de Montreuil. Nous avions un butagaz et nous avions préparé des gnocchi. L'idée était de faire une cantine, après l'expulsion du matin, pour informer les gens, distribuer des tracts, mettre des banderoles et montrer que la clinique avait été évacuée, mais que nous ne comptions pas abandonner la rue malgré l'occupation policière de la ville. J'avais repéré une voiture de police garée pas très loin, ils nous surveillaient. À un moment, des feux d'artifice sont lancés au niveau de la place du marché, près de la clinique, pas très loin de l'endroit où nous étions rassemblés. Nous nous y rendons en ordre dispersé, sans aucune intention de réinvestir les lieux. Nous restons là environ cinq minutes. Au moment où nous faisions demi-tour pour quitter la place, les policiers sont arrivés et se sont équipés. Ils étaient plus nombreux que ce que j'avais pu voir au début. Ils viennent vers nous. Tout s'est passé en l'espace de trois minutes. Il n'y a eu aucune bagarre ou confrontation avec la police, aucune sommation. Ils étaient à cinq mètres et ils ont tiré plusieurs fois avec leurs flashball. Cinq personnes touchées, toutes au-dessus de la ceinture: Joachim à l'œil, il est tombé sous le choc. Un autre au niveau du sternum, un au front, un au pouce et une autre au poignet, alors qu'elle se protégeait la nuque avec les mains en s'enfuyant. Les policiers ne se sont rendu compte de rien, ils ont continué leur traque. Nous avons dû nous-même appeler les pompiers.»

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