Affaire Cécilia Attias: l’Assemblée doit publier tous les contrats familiaux passés

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Cécilia Attias a bénéficié, quand son mari Nicolas Sarkozy était ministre de l’intérieur, d’un contrat d’assistante parlementaire. Le Canard enchaîné n’a cependant retrouvé aucune trace de son travail. Cette énième affaire d’emploi familial de complaisance conduit à exiger que la transparence soit faite sur tous ces contrats du passé. Sans quoi ils continueront d’empoisonner la vie politique française durant des années.

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Un de plus, et pas des moindres. Le Canard enchaîné révèle, ce mercredi 13 janvier, que Cécilia Attias (à l’époque Sarkozy) a bénéficié d’un contrat d’assistante parlementaire auprès de la députée Joëlle Ceccaldi-Raynaud, alors suppléante de Nicolas Sarkozy, devenu ministre de l’intérieur, en 2002 et 2003. Encore une fois, aucune trace d’un travail qu’elle aurait effectué dans le cadre de cet emploi n’a été trouvée par l’hebdomadaire satirique.

Il s’agit d’une énième affaire Sarkozy, prescrite celle-là. Il s’agit aussi d’une énième affaire d’emploi familial de complaisance visant à rémunérer des proches avec de l’argent public sans qu’aucun travail effectif ne soit effectué en contrepartie, même si le cabinet de Nicolas Sarkozy assure que Cécilia était chargée « d’assurer un suivi des dossiers » de la circonscription…

Cécilia Attias (alors Sarkozy), en novembre 2002, avec son mari au congrès fondateur de l’UMP. © FRANCOIS GUILLOT/AFP Cécilia Attias (alors Sarkozy), en novembre 2002, avec son mari au congrès fondateur de l’UMP. © FRANCOIS GUILLOT/AFP

Bien sûr, tout le monde a en tête l’affaire Fillon, et la rémunération, quinze ans durant, de son épouse Penelope, qui a valu la condamnation de l’ancien premier ministre à une peine de cinq ans d’emprisonnement, dont deux ferme, et à Penelope trois ans de prison avec sursis (et paiement à l’Assemblée nationale de plus d’un million d’euros en remboursement des sommes perçues).

L’affaire a changé le cours de la campagne présidentielle, tant elle a choqué et discrédité le candidat de l’UMP.

Mais en réalité, ces emplois familiaux passés empoisonnent la vie politique depuis plusieurs années. Une réforme de 2017, sans empêcher des abus toujours possibles entre parlementaires (du type j’emploie ton fils, tu emploies le mien), permet de limiter aujourd’hui ce type de pratique.

Il reste cependant les cadavres du passé, qui hantent l’actuelle vie politique faute de transparence.

En 2013, Mediapart, qui porte cette problématique depuis de nombreuses années avait par exemple révélé que Pauline Le Maire, la femme de l’actuel ministre Bruno Le Maire, avait été rémunérée pendant six ans pour un poste de collaboratrice à temps plein, par son mari ou par son suppléant, sans que jamais elle n’ait produit alors ou plus tard le moindre document ou courriel pouvant justifier que les contribuables la rémunèrent mensuellement.

Comme dans l’affaire Fillon, des déclarations retrouvées des années plus tard trahissaient le ministre, comme celle-ci datant de 2012, alors que le contrat de sa femme venait d’être renouvelé : « Moi, je fais une expérience une fois tous les quinze jours que je recommande à tous mes collègues, c'est que je prends la place de ma femme, donc je passe une journée comme celle que passe ma femme avec quatre enfants […]. Je me demande comment elle fait, parce que c'est épique quand vous avez quatre enfants […]. La crèche ferme à 17 h 30, faut y être à 17 h 15, ensuite […] faut aller chercher celui qui a cinq ans à l'école […], et puis avec les deux gamins sous le bras, faut aller au Cora ou au Carrefour faire les courses […] et ensuite faut aller donner les bains. Or la vie politique demande de la disponibilité totale. Donc le vrai sujet il est aussi là : c’est comment on améliore la vie quotidienne des femmes ? »

Jamais la justice ne s’est saisie de cette affaire. Jamais Bruno Le Maire n’en a payé le prix politiquement. Certains ont plus de chances que d’autres.

Alors que les parlementaires européens n’avaient plus le droit d'employer leur conjoint depuis juillet 2009 (ni d'ailleurs leurs parents, leurs enfants, leurs frères et sœurs), l’affaire Le Maire ne suffit donc pas à l’époque à réfréner ses confrères.

En 2014, une nouvelle enquête de Mediapart relatait que l’Assemblée rémunérait 52 épouses, 28 fils et 32 filles de députés. Là encore, l’article, un des plus lus de l’histoire de Mediapart, avait choqué, sans pour autant créer d’électrochoc au Parlement où l’on parlait de « chasse aux sorcières ».

Bien sûr, tous les emplois familiaux n’étaient pas fictifs au Parlement. Mais l’absence de transparence ne pouvait que susciter des doutes.

Il faudra l’affaire Fillon pour qu’enfin la classe politique prenne conscience de l’ampleur du problème et se décide à mettre fin à un système ayant aussi conduit à la démission de Bruno Le Roux de son poste de ministre de l’intérieur (visé par une enquête pour l’emploi de ses filles, tout comme l’ancien ministre de la justice Michel Mercier).

La nouvelle affaire Cécilia Sarkozy démontre qu’en 2021, le passé n’est toujours pas soldé. Combien d’années encore allons-nous vivre avec ces fantômes ? Accepter que des ministres soient subitement fragilisés par ce comportement passé ? Que des campagnes électorales soient gangrénées au détriment du débat d’idées ?

Certes les collaborateurs parlementaires sont recrutés sur la base d'un contrat de travail de droit privé. Mais il s’agit d’argent public. Sur lequel, aucun contrôle n’ayant été opéré pendant des décennies, il s’agit à présent d’exiger de la transparence.

Si l’Assemblée nationale et le Sénat acceptaient de rendre public l’ensemble des données sur ces collaborateurs, on se débarrasserait, une bonne fois pour toutes, de cette problématique. Ce qui ne conduirait pas à une curée mais à une forme de contrôle légitime. Puisqu’après tout, comme aime tant le dire Nicolas Sarkozy, « quand on n’a rien à se reprocher, on n’a rien à cacher ». À ce propos, Cécilia Attias et Joëlle Ceccaldi-Raynaud n’ont pas jugé bon de répondre au Canard enchaîné.

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