20. Le FN et l'Europe

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En finir avec l’Europe, détruire l’Union européenne. Au moins sur ce point, le programme du Front national est-il clair.

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En finir avec l’Europe, détruire l’Union européenne. Au moins sur ce point, le programme du Front national est-il clair (c'est à lire ici). Dans sa dénonciation tous azimuts du projet européen, rien ne trouve grâce. Pas même la CECA (communauté économique du charbon et de l’acier, l’acte fondateur) soudainement accusée d’avoir «tué in fine la sidérurgie européenne» !

Marine Le Pen reprend habilement des critiques aujourd’hui largement partagées de l’Union européenne : déficit démocratique, limites d’un projet fédéral, politiques néo-libérales, absence de politiques de croissance. Mais cela n’est qu’un habillage destiné à atténuer un autre propos : dissolution de l’identité française ; nostalgie d’une souveraineté fantasmée et perdue ; méfiance ou haine de l’étranger ; péril musulman (la Turquie arrive !).

C’est donc la haine d’une Europe moderne, démocratique, ouverte aux autres qui est mise en avant par le Front national. On pourrait remarquer que c’est cette Europe qui fait vivre les Le Pen depuis de longues années, père et fille étant tous deux députés européens (lui depuis 1984, elle depuis 2004). Ils perçoivent chacun une indemnité de 7.956,87 euros par mois, indemnité à laquelle s’ajoutent 21.209 euros de frais de représentation et d’emploi de collaborateurs (le détail est à lire ici). Cela n’empêche nullement le père comme la fille de figurer parmi les dix députés les moins présents et actifs au Parlement européen pour assurer un mandat qui n’est pas loin, de fait, de ressembler à un emploi fictif.

Le Front national entend donc renégocier l’ensemble des traités européens. « Un ministère des Souverainetés coordonnera la renégociation des Traités et la restauration de notre souveraineté nationale dans l’ensemble des domaines où elle a disparu », est-il précisé. Comme il va de soi que les autres pays n’accepteront en rien cette rénégociation, cela signifie qu’une France du FN prendrait seule la décision de sortir de l’Europe. Comment, en combien de temps, au prix de quels conflits ? Ce n’est pas dit. A quel coût, dans quel chaos juridique, réglementaire et économique ? Ce n’est pas dit non plus.

Le plus cocasse est que Marine Le Pen fait mine d’être capable d’en convaincre les Allemands : « La France doit préparer, avec ses partenaires européens, le retour aux monnaies nationales, qui permettra d’effectuer des dévaluations compétitives. Le couple franco-allemand peut jouer un rôle moteur pour sortir du marasme. » Mais quelle est donc cette Allemagne qui accepterait cela ? Même la droite radicale bavaroise, qui pleure toujours le deutsche Mark, n’envisage pas un instant une telle politique.

Tout en se disant ouverte à des négociations et capable de convaincre quelques partenaires, Marine Le Pen croit encore dans un tel cadre être en mesure de conduire des projets « consentis » entre nations souveraines. Et de citer EADS en exemple. L’ineptie du propos ne fait aucun doute : qui peut bien penser, dans un tel champ de ruines qui verrait une France FN cramponnée à ses frontières, son franc et ses droits de douanes, que semblables collaborations pourraient se faire ?

C’est donc un projet irréel, fantasmatique qui est ainsi proposé : c’est également l’un des volets les plus imprécis, sans chiffre, sans mode opératoire et sans calendrier, de l’ensemble du programme. Un slogan, un cri, un simple exercice déclamatoire : cela ne peut tromper personne.

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