Les biens de Ziad Takieddine placés sous scellés

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Du mobilier de prestige, de nombreuses œuvres d’art et plus de mille bouteilles de grands crus... L’ex-épouse du marchand d’armes, qui a déposé plainte contre lui pour « abandon de famille », a envoyé les huissiers dans ses propriétés parisienne et du cap d’Antibes. La valeur du patrimoine de Ziad Takieddine s'élève à plus de 40 millions d'euros en France.

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Ziad Takieddine, le marchand d’armes dont Jean-François Copé, Brice Hortefeux et Claude Guéant s’arrachaient il y a peu les faveurs, a été fin janvier au centre d’une discrète offensive judiciaire. D’ordre familial, cette fois. Nicola Johnson, son ex-femme, a déposé plainte par voie de citation directe contre lui pour « abandon de famille ». Parallèlement, elle a fait opérer des saisies conservatoires du mobilier de son ex-mari, dans leur appartement de prestige, avenue Georges-Mandel à Paris, le 18 janvier, et dans leur villa du cap d’Antibes, le 31 janvier.

Selon l’ordonnance du tribunal de grande instance de Grasse, la saisie visait « des meubles, y compris les tableaux de maître, les œuvres d’art diverses et les bouteilles de grands vins stockées dans la cave, propriétés de M. Takieddine ». Le juge Renaud Van Ruymbeke, chargé de l’affaire des ventes d’armes à l’Arabie saoudite et au Pakistan, a déjà gelé une partie de ce patrimoine, le 2 septembre, par des ordonnances de saisie pénale visant l’appartement, la villa et le yacht du marchand d’armes, La Diva, peu avant sa mise en examen.

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Nicola Johnson, dont le divorce avec M. Takieddine a été prononcé le 15 septembre, a obtenu de la cour d’appel de Paris, une prestation compensatoire de 3 millions d’euros et une contribution mensuelle de 2.000 euros à l’entretien de chaque enfant – un seul enfant est encore mineur. Un pourvoi en cassation, qui est suspensif, a été engagé par le marchand d’armes mais pour éviter « les actes de dilapidation des biens communs », selon les termes des avocats de la divorcée, le patrimoine mobilier de son ex-mari a été comptabilisé et gelé par les scellés apposés par les huissiers.

Comme le rappelle la requête des avocats, M. Takieddine est « mondialement connu pour le caractère opaque de ses affaires » et il a dissimulé au fisc ses revenus et ses propriétés estimés à plus de 40 millions d’euros en France 100 millions dans le monde. « Mme Johnson a pu constater qu’il avait d’ores et déjà cédé une partie de leurs biens et s’apprêtait à en vendre d’autres, multiplié les inscriptions d’hypothèques et les emprunts », signalent ses avocats, Mes William Bourdon et Apolline Cagnat.

L’ex-épouse cherche par ailleurs à obtenir le paiement des « pensions et contributions » impayées par son mari depuis 19 mois. Elle lui réclame à ce titre la somme de 51.313 euros, dans sa plainte pour « abandon de famille » à Paris.

Le 18 janvier, les premiers huissiers ont donc déboulé, sous protection policière, avenue Georges-Mandel, où M. Takieddine vit dans un luxueux appartement de 600 mètres carrés. Là, les visiteurs surprises ont peu ou prou tout placé sous scellés : canapés, chaises, tables, télés, ordinateurs, vaisselle, sèche-linge mais aussi du mobilier ancien de valeur et des œuvres d’art, dont une toile du maître anglais William Turner (1775-1851). Ses œuvres se négocient à plusieurs centaines de milliers d’euros sur le marché de l’art.

Une Mercedes noire, type S600, a également été placée sous scellés, ainsi que la cave du marchand d’armes, qui compte quelques grands crus (Château Margaux 1996, Château Lafite 1988, Château Mouton Rothschild 1970, Château Petrus 1988…).

Le 31 janvier, la villa du cap d’Antibes de Ziad Takieddine a reçu, à son tour, la visite des huissiers. C’est dans cette demeure que, du temps de sa “gloire”, le marchand d’armes aimait à recevoir, l’été venu, quelques invités de marque, comme Jean-François Copé ou Brice Hortefeux.

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Les huissiers ont, de nouveau, tout (ou presque) saisi. Deux voitures : un 4×4 Land Rover et une Mercedes Benz, mais les véhicules de collection (deux Jaguar de 1955 et 1962 et une Bentley), que le marchand d’armes avait l’habitude d’entreposer dans ses garages du cap d’Antibes, ont quant à eux disparu.

Parmi les œuvres d’art saisies, on trouve des “épreuves en bronze” du sculpteur Arman (La Vénus au violon, Le Gladiateur Borghese…) ou des toiles du même artiste, ainsi que des lithographies de Bernard Cathelin, Salvador Dali et Sonia Delaunay. Le mobilier a également attiré l’attention : un lit Louis-Philippe, une console du XVIIIe siècle, des guéridons, des vases précieux (Daum et De Langeais)…

Et, dans la cave, les huissiers ont mis la main sur une impressionnante liste de grands crus, à peu près les mêmes que ceux de l’avenue Georges-Mandel à Paris. Entre les deux résidences du marchand d’armes, ce sont plus de mille bouteilles qui ont été placées sous scellés.

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