L'Elysee discute le démantelement de F3

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Le schéma actuellement discuté à l’Elysée est le suivant. France 2 restera dans le giron public, et devra développer les partenariats sur les œuvres à forte valeur culturelle. La structure nationale de France 3 sera également conservée, sans publicité. Mais ses décrochages régionaux -le rendez-vous de la mi-journée et la tranche 18h30-20h30, soit trois heures par jour- seront confiés, avec leurs parts de publicité, à la presse quotidienne régionale. La création de sociétés d’économie mixte, intégrant aussi les collectivités locales, notamment les régions, permettra d’adosser juridiquement et financièrement chacune de ces nouvelles structures régionales.
Avec un tel schéma, s'il est finalement retenu, plusieurs éléments seront mis en avant. D'abord alléger la charge budgétaire de France 3 chaîne publique, en supprimant un poste coûteux, la production de l’information régionale. Ensuite, permettre à la presse quotidienne régionale de retrouver une audience et une surface financière perdues ces dernières années. Enfin, couper l'herbe sous le pied de ceux qui militent pour la suppression de la publicité dans le service public et désamorcer l'opposition des socialistes en associant au montage les conseils régionaux -tous de gauche, à l’exception de l’Alsace- à la réforme. On rêve déjà à l'Elysée d'un consensus politique et professionnel avec cette explication à double détente: pérennité du service public et sauvetage de la presse écrite régionale.
Pas d'annonce avant les municipales.
Mais des tractations
Vincent de Bernardi, le directeur général du syndicat de la presse quotidienne régionale (SPQR), confirme que ses mandants sont intéressés. « C’est une vieille idée et nous observerons avec attention ce que le gouvernement nous dira. Nous en parlons entre nous, nous discutons, nous réfléchissons. Les éditeurs se réunissent tous les mois, il est probable que ce projet sera à l’ordre du jour de nos prochaines rencontres. »
Rien ne devrait être annoncé avant les municipales. Mais les grandes manœuvres ont commencé. Un responsable de France 3 en province raconte cette anecdote : « J’étais aux vœux du président de région quand ce dernier, flanqué d’un patron de journal, m’a lancé en rigolant "Alors, on va vous racheter ?" Ca ne m’a pas fait rire. » Jean Michel Baylet, le patron de La Dépêche du Midi, par ailleurs sénateur radical, refuse de s’exprimer sur le sujet mais, selon nos informations, il a été en contact avec l’Elysée à ce propos. Claude Guéant, secrétaire général de l'Elysée, et Georges-Marc Benamou, conseiller de Nicolas Sarkozy, suivent directement l’affaire. Ce dernier refusait, mercredi après-midi, de démentir ou de confirmer son implication dans le schéma.
Un dirigeant d’un journal de l’Ouest, qui veut rester anonyme, dévoile sa stratégie: « Si l’occasion se présente de profiter du chambardement qui s’annonce, nous sauterons dessus. Les patrons de la presse régionale qui se sont lancés dans les télés locales, c’est-à-dire presque tous, savent compter. La télévision permet de multiplier par deux la valeur de sa société. La télévision nous intéresse. Comme nous intéresse Internet. On peut même imaginer que tout ça fusionnera un jour en un écran unique».