«Bastion social»: un jeune homme agressé en marge d’une manifestation

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Alors que le « Bastion social », mouvement d’extrême droite et émanation du GUD, va inaugurer, malgré les mobilisations sur place, un nouveau local dans le centre de Clermont-Ferrand ce samedi 14 juillet, un jeune homme a été agressé en marge d’une manifestation.

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Malgré des mois de mobilisation, le nouveau local du « Bastion social » sera bien inauguré ce samedi 14 juillet dans le centre de Clermont-Ferrand. Sur ordre de la préfecture, les militants de ce mouvement d’extrême droite, émanation du GUD (Groupe union défense), devront cependant rester cantonnés à l’intérieur de leur local, puisque toute manifestation publique aux abords de leur nouveau lieu a été interdite ce jour.

Jeudi soir, en marge d’une manifestation qui a réuni près d’un millier de personnes pour protester contre cette ouverture, un jeune homme s’est fait violemment agresser par ce qu’il a désigné comme « un groupe de fachos ». Une agression qui a eu lieu dans un bar, le Brin’d’zinc, situé rue de la Treille, à quelques mètres du local loué par le Bastion social depuis le mois de mars.

« Je ne savais même pas qu’il y avait une manifestation, raconte à Mediapart Anthony Ferrer, encore à l’hôpital. J’étais en train de commander un verre au bar, quand un mec est entré en panique et a expliqué qu’il était poursuivi. Un groupe de gens, crânes rasés, tous habillés en noir, s’est mis à zoner devant le bar », décrit-il. « Le molosse de l’équipe s’est fait désigner quelqu’un mais il a dû confondre et a foncé sur moi. Il m’a mis un grand coup de pied dans les côtes et trois violents coups de poing dans la tête, comme un boxer », affirme celui qui souffre d’une double fracture à la mâchoire et devait être opéré vendredi.

« Je viens de devenir le meilleur argument contre le Bastion social qui s’installe... », plaisantait-il, malgré le choc, vendredi matin sur sa page Facebook, en dessous d’une photo de lui le montrant sur son lit d’hôpital. Il assure vouloir porter plainte dès qu’il sera en mesure de le faire. Il affirme avoir formellement identifié son agresseur, qui serait un membre du Bastion social.

Photo d'Anthony Ferrer postée après son agression. © AF Photo d'Anthony Ferrer postée après son agression. © AF

« Cela fait maintenant un an et demi que nous sommes en alerte sur la présence de groupes d’extrême droite comme Génération identitaire ou les royalistes de l’Action française à Clermont-Ferrand », explique Mathieu Barberis, militant de La France insoumise et ancien président de l’UNEF Auvergne, présent jeudi dans le cortège. Lui affirme avoir déjà eu affaire, en octobre dernier, à la violence de militants d’extrême droite lors d’une occupation de l’université pour demander des logements pour des sans-papiers. « Ils sont entrés dans la fac pour tenter de déclencher des bagarres. Moi je me suis fait retourner et plaquer au sol », raconte-t-il.

Pour lui, l’ouverture du Bastion social à Clermont-Ferrand risque de fédérer différents groupuscules déjà présents dans la ville. Kevin Pioche, un jeune néonazi condamné en 2014 à deux ans de prison ferme pour avoir tiré des coups de feu dans une foule rassemblée pour un concert de soutien à deux étudiantes sans papiers, a ainsi été aperçu jeudi avec d’autres militants en train de défendre le local du Bastion social.

Depuis le mois d’avril, le Collectif de lutte contre l’extrême droite s’est mobilisé pour empêcher l’ouverture du lieu situé dans un quartier particulièrement fréquenté par les jeunes. Pétitions, courriers à la préfecture comme au premier ministre sont pour l’instant restés lettre morte. « La préfecture se retranche derrière la liberté d’association », regrette Julien Pauliac, membre du collectif et secrétaire général de l’UD CGT. Or, pour lui, l’association Arvernis, créée en mars pour louer le local de la rue de la Treille et dont l’objet est officiellement de « promouvoir les traditions locales, proposer des activités sportives et musicales aux habitants de la région, tenir un local associatif, organiser des événements culturels », est en réalité « une pure façade ». « Ils fonctionnent toujours comme ça, en s’abritant derrière une association bidon ».

Le maire PS de Clermont-Ferrand, Olivier Bianchi, qui dénonce un mouvement « d’obédience fasciste », reconnaît que ses moyens face à ce phénomène sont limités.

« J’ai demandé son interdiction, même si je pense que ce n’est pas forcément l’alpha et l’oméga. On sait bien en effet que ces groupes se reforment aussitôt, explique-t-il. L’essentiel du combat est politique. Il ne faut pas perdre la bataille idéologique face à la lepénisation des esprits, à ceux qui présentent l’étranger comme une menace et minimisent la Shoah. »

Ses services lui ont également fait remonter, en dehors du cas d’Anthony Ferrer, une autre agression survenue deux jours plus tôt devant le local du Bastion social. « Il s’agirait d’un militant antifasciste qui a eu le nez cassé après avoir été frappé avec un club de golf. Pour l’instant, il ne souhaite pas porter plainte, mais nous essayons de le convaincre de le faire », assure l’édile. Si seul le ministère de l’intérieur peut décider l’interdiction du Bastion social, l’élu rappelle que la préfecture peut agir dans le cadre du trouble à l’ordre public. 

Le succès de la manifestation de jeudi, en plein mois de juillet, est pour lui le signe d’une certaine inquiétudes des habitants. La spirale de violence constatée à Lyon, berceau du Bastion social, dont plusieurs membres, à commencer par leur président Steven Bissuel, ont été mis en examen pour « violences aggravées », fait craindre le pire aux habitants de la ville auvergnate. « Clermont-Ferrand est une ville très liée à l’histoire de la Résistance, une ville d’accueil et d’immigration. Il faut qu’ils comprennent qu’ils ne sont pas les bienvenus », affirme-t-il.

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