Sarkozy, un homme en bande organisée

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Le procureur, honoré de l’Ordre national du Mérite par Sarkozy en 2009, n’a pas hésité à intimider les témoins gênants ou à placer sous surveillance téléphonique plusieurs journalistes du Monde un peu trop bien informés du contenu de certains procès-verbaux embarrassants pour le pouvoir.

Philippe Courroye et son adjointe avaient été mis en examen début 2012 par une juge parisienne, Silvia Zimmermann, pour « collecte illicite de données à caractère personnel » et « violation du secret des correspondances ». Mais la cour d’appel de Paris avait annulé ces mises en examen deux mois plus tard pour des raisons de formes, estimant que les deux magistrats ne pouvaient être poursuivis tant que les actes en cause n’avaient pas été définitivement annulés par la justice. Comme un serpent juridique qui se mord la queue.

  • Saquarcini, patron de la brigade du chef.  © Reuters Saquarcini, patron de la brigade du chef. © Reuters
    BERNARD SQUARCINI
    [Lien avec Sarkozy : nommé préfet de police de la région PACA (2004), directeur de la DST (2007), directeur de la DCRI (2008-2012)]

La justice était sous contrôle, il fallait que la police le fût aussi. À la tête de la police nationale, Nicolas Sarkozy avait placé un ami d’enfance (Frédéric Péchenard). Les services secrets intérieurs, eux, sont revenus à un policier dévoué, Bernard Squarcini, qui a réussi à faire de la DCRI une redoutable brigade du chef.

Ainsi que plusieurs médias l’ont rapporté, le service a été mobilisé à plusieurs reprises pour placer sous surveillance les journalistes un peu trop remuants, notamment ceux de Mediapart. Dans un livre précis et sourcé paru en 2012, L’Espion du président (Robert Laffont), les journalistes Christophe Labbé et Olivia Recasens (du Point) et Didier Hassoux (du Canard enchaîné) ont publié un témoignage accablant pour celui qui était surnommé « Le Squale ». Il émanait de Joël Bouchité, ancien conseiller sécurité de Sarkozy.

« Squarcini, confiait à nos confrères ce haut fonctionnaire policier reconverti dans la préfectorale, a recréé à son côté une petite cellule presse. Des mecs chargés de se rancarder sur ce qui se passe dans les journaux, les affaires qui vont sortir, la personnalité des journalistes. Pour cela, comme pour d’autres choses, ils usent de moyens parfaitement illégaux. Leur grand truc, c’est de voler des adresses IP, la carte d’identité des ordinateurs. Ils épient les échanges de mails, les consultations de sites. Ils sont alors au parfum de tout. Si nécessaire, ils doublent en faisant des fadettes. » Le témoin affirmait également que le même Squarcini a conservé « des camions d’archives » visant « notamment des personnalités politiques et des journalistes ».

Mis en examen pour « collecte de données à caractère personnel par un moyen frauduleux, déloyal ou illicite », Bernard Squarcini a été renvoyé devant le tribunal correctionnel de Paris, en juin dernier, par la juge Zimmermann, pour l’espionnage illicite d’un journaliste du Monde.

  • Patrick Buisson, théoricien et homme d'affaires...  © Reuters Patrick Buisson, théoricien et homme d'affaires... © Reuters
    PATRICK BUISSON
    [Lien avec Sarkozy : conseiller au ministère de l'intérieur (2005-2007), conseiller sans fonction officielle à l'Elysée (2007-2012), contractuel de la présidence de la République pour la vente de sondages, conseiller politique pour la campagne présidentielle de 2012. Décoré de la Légion d'honneur en 2007 par l'ancien président]

L’extrême-droitisation de Nicolas Sarkozy entre 2007 et 2012, c’est lui. Ancien directeur de l’hebdomadaire Minute, Patrick Buisson est le fantôme du sarkozysme. Conseiller occulte de Nicolas Sarkozy, il fut également sous sa présidence un homme d’affaires avisé. La justice s’intéresse de très près à ses activités sondagières.

Patron de la société de conseil Publifact, Buisson avait signé en 2007 une juteuse convention avec la présidence de la République sans le moindre appel d’offres. La Cour des comptes s’était étonnée en 2009 de ce contrat passé sans qu'« aucune des possibilités offertes par le code des marchés publics pour respecter les règles de la mise en concurrence (...) n’ait été appliquée ». Les sommes en jeu avaient été jugées « exorbitantes » par la Cour : 1,5 million d’euros !

Le bureau et le domicile parisien de Patrick Buisson ont été perquisitionnés en avril dernier dans le cadre d’une information judiciaire ouverte dans l’affaire des sondages. Le 13 octobre 2009, lors d’une audition devant la commission des finances de l’Assemblée nationale, Christian Frémont, directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy, avait admis une « anomalie » dans le contrat accordé à Patrick Buisson. C’est le moins que l’on puisse dire.  

  • François Pérol, le banquier de l'Elysée.  © DR François Pérol, le banquier de l'Elysée. © DR
    FRANÇOIS PÉROL
    [Lien avec Sarkozy : directeur de cabinet adjoint au ministère de l'économie et des finances (2004-2005), secrétaire général adjoint de la présidence de la République (2007-2009)]

Il est discret, c’est un banquier. Ancien haut fonctionnaire au ministère de l’économie, François Pérol est passé par la banque Rothschild entre 2005 et 2007 avant de rejoindre Nicolas Sarkozy à l’Élysée, au poste de secrétaire adjoint de la présidence de la République, où il avait en charge toutes les grandes questions économiques. Les deux hommes avaient brièvement travaillé ensemble à Bercy quand Sarkozy était ministre des finances.

À l’Élysée, parmi les dossiers que François Pérol a eu à traiter, figurait l’épineuse fusion des Caisses d’épargne et des Banques populaires pour créer un géant bancaire, la BPCE. Quand il y a de la gêne, il n’y a pas de plaisir : sitôt le rapprochement des deux banques entériné en février 2009, François Pérol est parti en prendre la tête. Un “pantouflage” en bonne et due forme, qui vaut aujourd’hui à ce proche de Sarkozy d’être au cœur d’une information judiciaire pour « prise illégale d’intérêts » menée par le juge Roger Le Loire.

L’enquête vise à établir si François Pérol, dont le nom est également cité dans l'affaire Tapie, a contrevenu aux dispositions du code pénal qui interdisent à toute personne ayant disposé de l’autorité publique sur une entreprise privée de passer ensuite à son service. Il a été perquisitionné par la police cet hiver. En attendant la suite.

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Pour constituer la “bande organisée” décrite dans cet article, Mediapart s'est limité à dix personnalités qui ont eu une charge publique sous l'autorité directe de Nicolas Sarkozy, ou, pour Nicolas Bazire, à ses côtés pendant les années Balladur. Le périmètre de la “bande”  pourrait en théorie être élargi à de très nombreuses autres personnes impliquées dans les affaires judiciaires citées : Bernard Tapie, Patrice de Maistre, Renaud Donnedieu de Vabres, François Léotard, Édouard Balladur, Jean-François Copé, Ziad Takieddine, Alexandre Djouhri...