Affaire Benalla-Crase: la victime du Jardin des plantes raconte

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Des incohérences dans la procédure

Le 2 mai au matin, à l’issue de sa garde à vue, une confrontation avec « l’agent interpellateur » est organisée. Le procès-verbal que Mediapart a pu consulter révèle plusieurs incohérences et démontre la singularité de la procédure. 

Khélifa M., le 13 août 2018 à Paris. © Pascale Pascariello Khélifa M., le 13 août 2018 à Paris. © Pascale Pascariello
Tout d’abord et de son propre aveu, le policier reconnaît ne pas être l’auteur de l’interpellation : « Nous étions 25 effectifs en civil environ, ce groupe était composé de diverses autorités. Mr. M. se faisait interpeller par 3 à 4 collègues », parmi lesquels Alexandre Benalla et Vincent Crase, alors censés être de simples observateurs et absolument pas habilités à participer à des opérations de maintien de l'ordre.

Le policier explique avoir « procédé à son menottage. Puis nous nous sommes dirigés vers les forces de l’ordre en tenue ». Il précise  également ne pas considérer Khélifa M. comme un « membre des Black Blocs ».

Alors même qu’il n’a pas procédé à l’interpellation, les déclarations du policier ne résistent pas à la réalité des faits et présentent de nombreuses incohérences, voire erreurs, qui pourraient fragiliser la procédure. 

Le lieu de l’interpellation qu’il précise est erroné. Il indique que Khélifa M. est arrêté à l’entrée du jardin. Or comme les vidéos le montrent, son interpellation a lieu dans une allée, à l’intérieur du parc, non loin d’un manège.  

Le policier affirme avoir vu Khélifa M. lancer une pierre, précisément à « 17 h 01 ». Seulement voilà, les heures d’enregistrement des vidéos révélées par Mediapart montrent qu'à 16 h 52, il était déjà interpellé. Khélifa M. peut difficilement être l’auteur de ce jet de projectile. 

Alors qu’il affirme avoir été le témoin de ces jets, le policier explique néanmoins que les projectiles n’ont pas été retrouvés par lui, mais « par les collègues. Ce projectile a été remis à l’officier de police judiciaire. À vue d’œil, il semblerait que le projectile fait une dimension approximative de 5 cm sur 5 cm ».

À la suite de cette interpellation, Khélifa M. doit comparaître en novembre prochain pour « avoir participé sciemment à un groupement (…) en vue de la préparation caractérisée (…) de violences volontaires contre les personnes ou de destructions ou dégradations de biens », pour avoir « exercé volontairement des violences n’ayant entraîné aucune incapacité totale de travail sur des victimes non identifiées (…) en lançant un morceau de bitume en direction des policiers dont l’identité n’est pas connue » et pour avoir « fait usage de manière illicite de cannabis et de cocaïne ». 

Interpellation de Khélifa M. par Alexandre Benalla et Vincent Crase au Jardin des plantes, le 1er mai 2018. © AT Interpellation de Khélifa M. par Alexandre Benalla et Vincent Crase au Jardin des plantes, le 1er mai 2018. © AT

Khélifa M. ne souhaitait pas jusqu'à présent médiatiser cette affaire, étant lui-même pris dans un conflit conjugal. Il a été condamné, en septembre 2015, à trois mois avec sursis pour violences conjugales avec une incapacité totale de travail (ITT) d'une journée pour la victime, son ex-compagne. Selon la procédure, il lui a donné une gifle et l’a insultée. « Je n’ai pas toujours été dans le droit chemin, comme on dit. J’ai une petite fille âgée de 7 ans et je me bats pour que mes droits de visite soient respectés. Tout ce qui compte pour moi, c’est ma fille. J’ai fait une énorme connerie en 2015 en giflant sa mère. » Par la suite, il l’a, selon la victime, menacée de nouveau en 2015 et 2017. Faits qu’il conteste et pour lesquels il doit être jugé en octobre prochain.  

« C’est aussi pour protéger ma fille et régler devant les juges ce conflit conjugal que je ne souhaite pas paraître dans les médias. Depuis un an, je me tiens bien et c’est aussi pour cela que j’ai coopéré avec la police pendant ma garde à vue après la manifestation. Je leur ai fait part de mes antécédents judiciaires pour lesquels j’ai été condamné. Mais je n’ai rien fait le 1er mai et je ne veux pas me soustraire à la justice. Cette interpellation est illégale et c’est en cela que je vais défendre mes droits. »

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