Des gendarmes varois racontent les pratiques illégales contre les Roms

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Des Roms interpellés puis relâchés à plusieurs dizaines de kilomètres, parfois dépouillés de leurs chaussures, des prises d’empreintes illégales ou des violences légères : selon plusieurs gendarmes du Var, ces pratiques illégales auraient eu cours en 2010 et 2011 dans leur brigade à Brignoles.

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Des Roms, souvent mineurs, interpellés, puis, à l'issue de leur vérification d'identité ou garde à vue, transportés dans un véhicule de gendarmerie et relâchés, parfois dépouillés de leurs chaussures, à des dizaines de kilomètres de leur lieu d'interpellation. Selon plusieurs gendarmes du Var, ces pratiques illégales auraient eu cours au moins en 2010 et 2011 dans leur brigade, à Brignoles, qui compte une vingtaine de fonctionnaires.

Deux gendarmes brignolais, rencontrés par Mediapart, affirment, sous couvert d'anonymat, avoir été témoins ou avoir participé à ces « raccompagnements » de Roms de nationalité étrangère en 2010 et 2011. En plus de ce qui s'apparente à des séquestrations arbitraires avec vol de chaussures, ils évoquent également des interpellations et des prises d'empreintes digitales en dehors de tout cadre légal, ainsi que des violences légères. D'après ces deux gradés, ces dérives seraient connues par leur hiérarchie directe et remonteraient à plusieurs années.

Selon nos informations, certaines de ces pratiques ont été également confirmées par plusieurs autres gendarmes de la brigade de Brignoles. À la suite de notre appel le 13 septembre, le colonel Choutet, qui a pris le commandement du groupement de gendarmerie du Var début septembre, nous a répondu vendredi soir que les premières vérifications menées « ne permettent pas d'accréditer la moindre dénonciation ».

Le premier gendarme, F., affirme avoir été témoin de ces faits pour la première fois à l'été 2011. Selon son récit, plusieurs « Roumains » avaient été interpellés par les gendarmes de Brignoles, après un vol dans une grande surface. « J'ai vu un collègue faire une clé de bras inutile à un jeune Roumain, puis le gifler alors qu'il était menotté dans le véhicule », explique F. À l'issue de leur garde à vue, tous auraient été déférés, sauf un qui « n'avait pas été vu sur les caméras de vidéosurveillance ».

« Nous l'avons relâché, affirme le gendarme. Deux gradés m'ont dit : “C'est bon, on s'en occupe”. Comme je ne comprenais pas, ils m'ont dit : “On le prend dans le fourgon et on le met plus loin”. Le lendemain, j'ai retrouvé des chaussures dans le couloir devant les cellules. Un des gradés m'a dit qu'ils lui avaient enlevé ses chaussures et chaussettes. J'ai protesté qu'il s'agissait techniquement d'une séquestration, mais on m'a répondu que c'était habituel. »

Le même jour, appelé pour une agression à Brignoles, F. affirme voir retrouvé le Roumain « raccompagné » la veille, par terre et sans chaussures. « Il était entouré de jeunes qui nous ont expliqué qu'il avait déclaré avoir été victime d'une agression par quatre personnes, poursuit F. Je ne pouvais pas faire de procédure, mais j'en ai rendu compte à mon supérieur. »

J. se souvient avoir, en 2010, déposé un Roumain « en limite de circonscription au Luc », à une vingtaine de kilomètres de Brignoles, à l'issue d'une garde à vue. « Le deuxième Roumain en garde à vue, c'est un autre collègue qui s'en était chargé », dit-il. À l'automne 2011, il aurait également vu un collègue « faire transférer un mineur roumain, en fin de garde à vue ».

« Il a été “pris en charge” par l'unité et transféré dans un Trafic à Saint-Maximin (une brigade voisine d'une vingtaine de kilomètres), qui l'a ensuite envoyé dans le 13 (les Bouches-du-Rhône) », raconte-t-il. Un gendarme lui aurait ensuite reproché de ne pas avoir fait de même avec le mineur dont il avait suivi la garde à vue. « Il m'a dit “Non mais tu te rends compte, tu le relâches dans Brignoles, il va voler une voiture” », relate J.

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J'ai rencontré les deux gendarmes cités cette semaine dans le Var. Ils ont souhaité rester anonymes.