Les réseaux radicaux de Robert Ménard

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La tournée de conférences à l'extrême droite de Robert Ménard

Robert Ménard et Eric Zemmour à Béziers le 16 octobre 2014. © dr Robert Ménard et Eric Zemmour à Béziers le 16 octobre 2014. © dr
Le maire a aussi mis en place des conférences mensuelles pour « libérer la parole » en invitant ceux qui « dérange(nt) ce système ». La ville assure ainsi la promotion d'essayistes et politiques déroulant un même logiciel ultra-réactionnaire : Éric Zemmour, Philippe de Villiers, Laurent Obertone – l'auteur de pamphlets sécuritaires. À chaque fois, la visite est rentable pour les auteurs : de larges campagnes d’affichage municipal, entre 150 et 300 exemplaires vendus.

« C’est un choix, je n'ai pas pensé à Jean-Luc Mélenchon tout de suite. Et même, j’invite qui je pense intéressant d’inviter pour les Biterrois, c’est vous que ça intéresse ! » répond Robert Ménard, sans divulguer les noms des futurs invités.

Entre Zemmour et Ménard, les liens sont étroits. Le polémiste est monté au créneau pour défendre l’installation par l'édile d’une crèche dans le hall de la mairie en évoquant la « symbolique » « de conquête d'un territoire » dans un centre-ville où « il n'y a plus que des populations maghrébines » et « 80 % de femmes voilées ». Ménard lui a également apporté son soutien régulier, encore en décembre lors de son éjection d’i-Télé : « Défendre Éric Zemmour, c'est défendre la France », déclare-t-il sur son site Boulevard Voltaire en dénonçant des « procès en sorcellerie » de la presse.

Cette ligne, Robert Ménard l’affiche depuis plusieurs années. Dans ses livres, La Censure des bien-pensants en 2003, Vive Le Pen ! en 2011, Vive l'Algérie française ! en 2012. Dans sa revue Médias, dont il a ouvert les colonnes à Jean-Marie Le PenMarine Le PenAlain SoralRenaud Camus, Christian Vanneste, ou encore Pierre Cassen, le fondateur du site islamophobe Riposte laïque. Puis sur son site Boulevard Voltaire, où il prend des positions proches du FN. Au point qu'en 2012Minute fait son éloge en le qualifiant d’« esprit libre à 100 % » qui a « déclar(é) sa flamme à Jeanne d’Arc » et donné la parole aux anti-avortement. 

Ces deux dernières années, il a réalisé une grande tournée de conférences dans des clubs d'extrême droite. En janvier 2013, il participe à un colloque organisé à l’Assemblée nationale par le député Jacques Bompard et le souverainiste Paul-Marie Coûteaux. Parmi les invités, le frontiste Gilbert Collard, le secrétaire général de l'Action française – mouvement royaliste héritier de Charles Maurras –, les responsables de Riposte laïque et deux UMP.

En janvier toujours, il est au dîner-débat d'extrême droite des Ronchons. En avril, il était l'invité du Cercle Ogmios dans la Nièvre. Le maire de Béziers a aussi fait des interventions chez les royalistes en 2013 et 2014. Il a convié Dieudonné et Alain Soral dans son émission sur Sud Radio (exemples ici et ). Cet automne, il n’a d’ailleurs pas exclu d'inviter les deux compères à ses conférences biterroises, malgré leurs propos antisémites. En mai 2013, un mois avant la mort de Clément Méric, il intervient au Local de Serge Ayoub, le leader des Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR), qui seront dissoutes dans la foulée :

Sur le compte Facebook de Serge Ayoub. Sur le compte Facebook de Serge Ayoub.

En juillet 2012, il débat sur l’antenne de Méridien Zéro, la radio du Mouvement d’action sociale (MAS), groupuscule ouvertement néo-fasciste. Il a aussi signé, aux côtés de plusieurs négationnistes, une pétition demandant la libération du révisionniste néo-nazi Vincent Reynouard, condamné à de la prison ferme pour contestation des crimes contre l'humanité de la Seconde Guerre mondiale en 2007 et 2015 (le parquet a fait appel dans ce dernier cas). Robert Ménard a aussi reçu la visite, lorsqu'il était à la tête de Reporters sans frontières, d'une figure du négationnisme : Robert Faurisson, dont il avait défendu le droit à s’exprimer.

L'affiche de la venue de R. Ménard à la Traboule à Lyon. L'affiche de la venue de R. Ménard à la Traboule à Lyon.

Mais c’est avec les identitaires que les liens sont les plus évidents. En 2011, il intervient devant la fondation Polémia, dirigée par l'ex-FN Jean-Yves Le Gallou, dont l'objectif est d'« affirmer sans complexe la supériorité de la civilisation européenne ».

Il donne plusieurs conférences dans les antennes locales des identitaires, à Nice en février 2013, à Lyon un mois plus tard, et il était annoncé à Nantes en juin 2013. Il est d’ailleurs le président du comité de soutien des quatre militants de Génération identitaire poursuivis pour avoir occupé la mosquée de Poitiers fin 2012, aux cris de « À Poitiers, ni kebab, ni mosquée » ; « Gaulois, réveille-toi, pas de mosquée chez toi ». Ce comité a réuni plusieurs figures identitaires, comme Jean-Yves Le Gallou ou Renaud Camus.

Conférence de Robert Ménard à La Traboule "France, qu'as-tu fait de ta liberté d'expression?" 1 © TVRebeyne

À chaque intervention, le maire de Béziers enveloppe son propos du principe de liberté d’expression. « Je vais partout où on m’invite et je fais ce que je veux. Eh oui, c’est ça, la liberté ! répond-il à Mediapart. Quand je suis allé devant les patrons en Vendée, c’était quoi, l’extrême droite ? »

Sauf que tout semble ramener Robert Ménard à cette même nébuleuse. Son épouse, Emmanuelle Duverger, un ancienne militante des droits de l'homme avec qui il a coécrit plusieurs ouvrages, catholique anti-mariage pour tous, est une « proche de la nébuleuse Civitas » d'après Libération« Il ne faut pas sous-estimer l’influence politique de sa femme. Elle tient Boulevard Voltaire. Elle est à l'origine de certaines idées, comme les blouses dans les écoles de Béziers », explique le socialiste Jean-Michel du Plaa. « Sa femme fait un gros boulot de lobbying », affirme Brice Blazy. À la conférence de Zemmour, c'est elle qui a fait venir des étudiants de la Haute école de journalisme (HEJ), école privée à Montpellier où elle enseigne.

Lorsque Ménard se rend en Syrie, en octobre 2014, c’est avec André-Yves Beck et Benjamin Blanchard, l'ex-collaborateur de Jacques Bompard, et trésorier de l'association SOS Chrétiens d'Orient. « Beck, Blanchard, Le Gallou, Camus, etc. On est dans la même mouvance », souligne Jean-Michel du Plaa.

Marion Maréchal-Le Pen venue soutenir Robert Ménard à Béziers, le 13 décembre 2013. © dr Marion Maréchal-Le Pen venue soutenir Robert Ménard à Béziers, le 13 décembre 2013. © dr

Cette tournée a abouti début 2013 à des discussions avec le Front national. C'est avec Marine Le Pen que Robert Ménard a négocié un soutien à sa candidature, puis, tout récemment, un accord local pour les départementales. « Il a su nouer tous les fils de la nébuleuse “droite nationaliste” et les unir. Ce qui l’intéressait, c’était les labels. Sans le FN, jamais il n’aurait pu l’emporter », estime Jean-Michel du Plaa. « Ménard a réussi à fédérer les partis d’extrême droite et à phagocyter des voix de l’UMP, en profitant du ras-le-bol du maire UMP sortant, explique Aimé Couquet. Il fait l’union des droites et extrêmes droites. »

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Ce reportage sur Béziers en deux volets est le fruit d'un suivi de plusieurs mois : un reportage d'une semaine en novembre et des entretiens téléphoniques en décembre et janvier.

Robert Ménard a été interviewé une première fois à Béziers le 6 novembre, et une seconde fois par téléphone le 23 janvier. Il a menacé d'arrêter le premier entretien et a interrompu le second dans un flot d'insultes. Nous avons sollicité André-Yves Beck en mairie, mais la directrice de communication comme Robert Ménard nous ont fait savoir que les membres du cabinet ne répondaient pas à la presse.

Sollicités à plusieurs reprises, Philippe Le Gouz de Saint-Seine, le président de la société Traditia, et Robert Ottaviani, n'ont pas donné suite à nos demandes.