Drones: révélations sur les projets de la police

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Militarisation et garde-fous

 

Au Service des technologies de la Sécurité intérieure, les drones ne sont qu’une partie du travail de Thierry Delville. A dire vrai, les recherches partent tous azimuts. Appels d’offres, programmes de recherches européens, le secteur (récent) de la sécurité intérieure est en plein boum. L’une des réussites du service est la mise en place de bornes automatisées de prises d’empreintes digitales. Le but est de gagner du temps, toujours. Ici comme ailleurs, la machine prend le pouvoir. Ou presque. En arrière-fond, on comprend que tout est fait pour alimenter les statistiques nationales, nouvel horizon indépassable du travail policier.

 

 


Résumé des propos de Thierry Delville : la preuve supplante l’aveu. La recherche en matière de sécurité est un domaine récent : deux à trois ans. Les pistes de recherches sont nombreuses. Parmi elles : la sécurité urbaine, la prévention situationnelle, la protection des fonctionnaires. Présentation d’une borne de prise automatisée d’empreintes digitales. Des procédures d’effacement automatiques sont mises en place pour contrer les abus.



Cette technologisation à outrance, bien sûr, a ses revers. Où commencent les atteintes aux libertés individuelles ? Où s’arrêtent les nécessités des enquêteurs ? Thierry Delville en convient : «C’est une affaire d’équilibre», dit-il. Selon lui, l’encadrement juridique serait suffisant, quels que soient les domaines. En matière de sécurité high tech, pourtant, les critiques se font jour. Parfois à l’intérieur même de l’administration.

 

Ainsi, un rapport discret de l’Inspection générale de l’administration de 2005, non publié mais cité dans l’ouvrage collectif Frénésie sécuritaire, mettait en pièces l’efficacité de la vidéosurveillance. Selon les rapporteurs, qui rappelaient que les caméras n’avaient jamais empêché les attentats en Corse ou à Londres: « On voit [mal] comment la simple présence de caméras peut empêcher d’agir un groupe de terroristes déterminés et prêts à mourir eux-mêmes?»

 

Même la CNIL s’y met. Le 8 avril dernier, elle tirait la sonnette d’alarme : «À l'heure où le gouvernement a pour objectif de tripler d'ici deux ans le nombre de caméras de vidéosurveillance présentes dans les lieux publics, la CNIL vient d'adresser à Michèle Alliot-Marie une note soulignant la nécessité d’en clarifier le régime juridique.» Qualifié, plus loin, de difficilement compréhensible et d’inapplicable.

 



Même méfiance envers l’infaillibilité affichée des fichiers d’empreintes digitales et génétiques (ADN). Pierre Piazza, chercheur, spécialiste des moyens d’identité, rappelle dans la Frénésie sécuritaire que le taux d’erreurs dans les bases de données biométriques peut atteindre « 1 à 2% dans le cas de l’iris (qui constitue l’identifiant le plus sûr avec l’empreinte digitale). Avec 60 millions de données, la marge d’erreur représenterait 60.000 à 120.000 personnes». Pire encore, certaines associations dénoncent « la légalisation sauvage » des fichiers policiers voire « leur détournement de finalité », comme le Fichier national automatisé des empreintes génétiques passé d'un fichier des délinquants sexuels à un fichier de suspects élargi à plus de cent trente délits, dont certains parmi les plus mineurs... A ces critiques, Thierry Delville répond :

 


Résumé des propos de Thierry Delville : Il réfute la militarisation de la police. Explique comment les accès aux fichiers policiers sont eux-mêmes… surveillés (traçabilité). Quels garde-fous législatifs. Une affaire d’équilibre entre les libertés individuelles et l’efficacité de la police. Des logiques de cinq à dix ans.
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L’irruption de la technologie signe probablement l’une des évolutions majeures de la police. Elle est à la fois massive, profonde et toute récente. Or, tout semble indiquer que cette profusion a lieu, non en catimini, mais dans une certaine indifférence. Indifférence qui laisse dès lors le champ libre aux abus... comme aux fantasmes. Ainsi des drones. S’y intéresser, c’est tenter de cerner les préoccupations policières d’aujourd’hui et les enjeux sociétaux de demain. Avec, notamment, plusieurs questions essentielles autour des libertés individuelles et d’une certaine militarisation des forces de l’ordre.