A Bordeaux, la justice fait des acrobaties pour épargner le député UMP

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Des «manœuvres ridicules»

 

Ici, l’ouverture d’une information judiciaire (sans aucune enquête préliminaire préalable) peut paraître un rien disproportionnée. D'autant que deux magistrats du parquet – un à l’audience du 16 mai et un second par voie écrite, le 23 mai – ont déjà affirmé que les documents en cause étaient en règle. Le procureur Laplaud notifie par écrit, le 12 juin, l’ouverture de l’information à Alain Reynal, le président de la chambre du tribunal correctionnel qui doit rendre son jugement dans l’affaire Garraud... le lendemain.

 

Rien n'y fait. Le 13 juin, Jean-Paul Garraud est reconnu coupable de diffamation publique envers un fonctionnaire et condamné à 3.000 euros d’amendes. Le parlementaire a fait appel de la décision et l’affaire doit être jugée à nouveau le 20 août.

 

Mais pour l’avocat Dominique Delthil, la plainte de M. Garraud, suivie d’une information judiciaire ouverte en moins de 24 heures à la veille du délibéré, pourrait constituer une «tentative d’intimidation sur une juridiction».

 

Dans un courrier qu’il a écrit le 18 juin au plus haut magistrat de Bordeaux, le procureur général Gilbert Azibert, Me Delthil considère ainsi que la plainte du député Garraud «est une évidente pression sur ses juges et un dévoiement des droits de la défense, dès lors que, pour se sortir d’un mauvais pas, il n’hésite pas à ajouter la calomnie à la diffamation». L’avocat parle aussi de «manœuvres ridicules» qui n’avaient pour seul but que de retarder la condamnation du député et ancien magistrat Jean-Paul Garraud.

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Ce type d'article n'est jamais simple à rédiger. Parce qu'on se dit que ce genre d'affaire, complexe dans sa forme, va difficilement intéresser le lecteur a priori. Il faut donc simplifier le récit, sans caricaturer l'histoire. Vulgariser, en somme. Cette affaire m'a intéressé dès que des magistrats, outrés par ce qui se passe à Bordeaux, m'ont alerté, parce que c'est une petite histoire qui raconte, à mon sens, un grand dysfonctionnement. Où l'on voit un parquet se mettre en quatre pour retarder – voire éviter – une condamnation à un homme politique de la majorité, ancien magistrat et proche de la ministre en place. Tous les justiciables de France ne jouissent pas d'une telle attention.

 

L'article a été actualisé mardi 15 juillet, à 16h30, quelques heures après sa première publication, avec la réaction du député Jean-Paul Garraud, qui a finalement donné suite à nos sollicitations. Voir en page 4.