Violences sur mineurs: des témoignages accablent un groupe de policiers parisiens

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De nombreux témoignages dont Mediapart a pris connaissance viennent étayer la plainte déposée au mois de décembre par 18 adolescents contre des policiers du XIIe arrondissement de Paris. Les accusations sont très graves, mais les policiers ont été maintenus à leur poste.

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Une quinzaine d'adolescents, la plupart mineurs, sont venus témoigner l’un après l’autre, ces dernières semaines, dans les locaux parisiens de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) pour raconter les nombreux abus et les violences répétées dont ils assurent avoir été victimes de la part d’un petit groupe de policiers en poste dans le XIIe arrondissement de la capitale.

Le 17 décembre dernier, ces jeunes avaient déposé une plainte collective contre X pour des faits de violences volontaires aggravées, agression sexuelle aggravée, destruction volontaire d’objets appartenant à autrui, séquestration et arrestation arbitraire, abus d’autorité et discrimination (lire notre article ici). Dès le lendemain, le parquet de Paris avait ouvert une enquête préliminaire, qui a été confiée à l’IGPN.

Les récits de ces adolescents, auxquels Mediapart a eu accès, dessinent une réalité effrayante. Des faits très graves, réitérés pendant plusieurs années, qui auraient été commis en toute impunité par des membres des forces de l’ordre, en plein Paris, dans un triangle délimité par le boulevard Diderot, la rue de Reuilly et l’avenue Daumesnil. Un véritable harcèlement policier et des abus gravissimes, qui sont attribués à des policiers du groupe de soutien des quartiers (GSQ) du XIIe arrondissement, surnommés « les tigres » en raison de l’écusson qu’ils portent sur leur tenue. Les victimes : de petits groupes d’adolescents issus de milieux populaires, qui traînent (faute de mieux) sur l’allée Vivaldi et la dalle Rozanoff, et que les « tigres » semblent vouloir chasser du paysage, par tous les moyens.

Ces mineurs assurent avoir, depuis 2013 au moins, régulièrement subi lors de contrôles au faciès à répétition une litanie de provocations, humiliations, injures, insultes racistes, menaces, destructions d’objets, palpations des parties génitales, arrestations arbitraires, gazages, gifles, coups de pied et coups de poing.

L'écusson du GSQ Paris XII © DR L'écusson du GSQ Paris XII © DR

Une collégienne, élève en classe de 3e, a livré un témoignage saisissant. Le 3 mai 2015, vers 18 heures, alors âgée de 14 ans, elle discute avec d’autres adolescents sur un banc de l’allée Vivaldi, près de la piscine Jean-Boiteux et du manège pour enfants. Arrive une voiture de police. Les policiers ordonnent aux adolescents de « dégager », et ceux-ci se lèvent en prenant leur temps. Mais un des jeunes se retrouve brusquement plaqué contre un mur. « Les deux policiers lui ont mis des claques au niveau du visage et des coups de poing au niveau des côtes », raconte la collégienne.

Elle proteste, mais la situation empire. Un policier « me dit de dégager en me traitant de sale pute, et me pousse avec ses deux mains au-dessus du torse violemment dans les buissons. Je suis tombée sur les fesses et ma tête a heurté des barrières ». L’adolescente se relève. « J’étais choquée des faits, et dès que je me suis relevée », le policier « a enchaîné des coups de matraque uniquement sur ma cuisse gauche, je ne peux pas donner le nombre de coups mais il y en avait beaucoup », dit-elle. L’adolescente est de nouveau poussée, et tombe contre un tronc d’arbre. Elle crie sa colère, et un autre policier arrive. « Ce policier-là m’a aspergée de gaz lacrymogène à bout portant au niveau de mes yeux, et pendant au moins dix secondes », dit-elle.

Sonnée, aveuglée, l’adolescente et des copains se réfugient dans une épicerie du quartier où ils achètent du lait pour soulager leurs brûlures, comme à chaque fois que les « tigres » les gazent.

La mère de l’adolescente a porté plainte, et a remis aux enquêteurs de l'IGPN des photos du visage et de la cuisse de sa fille, prises le soir même, ainsi qu’un certificat médical daté du lendemain des faits.

Un autre adolescent raconte pour sa part la fouille qu’il a subie le 5 juin 2014 à 16 heures, devant le square Saint-Éloi (surnommé « square de la Baleine »), alors qu’il avait 15 ans. Il discute avec d’autres adolescents et leurs éducateurs, quand des policiers les mettent face à un mur pour les fouiller. L’adolescent porte un survêtement et un boxer. Un policier le palpe, apparemment à la recherche de cannabis. « Arrivé au niveau de la taille, il a glissé une main à l’intérieur de mon boxer et m’a palpé au niveau des testicules, ou plus exactement il les a malaxés à pleines mains à deux reprises. Ça m’a fait mal », raconte le mineur. « Après m’avoir malaxé les testicules, il est allé avec ses mains au niveau de mes fesses. Il a rentré une deuxième main dans le boxer puis a introduit chacun de ses pouces dans le haut de ma raie des fesses, puis est descendu jusqu’en bas de la raie, avant de remonter en faisant le même mouvement en sens inverse. Dans le même temps, il me tenait mes deux fesses avec ses mains », raconte l’adolescent.

Dans le même temps, un de ses copains qui se rebelle contre ce traitement dégradant est frappé à coups de poing et à coups de pied par des policiers, ajoute-t-il. Plusieurs autres mineurs ont dénoncé des fouilles identiques, sur les parties génitales et l’anus, qui sont non seulement interdites mais traumatisantes (par peur des moqueries, l’un des jeunes a d'ailleurs fini par se rétracter sur ce point précis).

Cet adolescent l’explique encore, la peur qu’inspirent les « tigres » l’a amené à s’enfuir en courant, un soir d’avril 2015, pour éviter un nouveau contrôle. Vite rattrapé, il assure avoir subi un étranglement, avoir été frappé, traîné au sol et gazé par quatre policiers. Menotté, il est à nouveau frappé au visage dans la voiture de police. Et, toujours selon son récit, il est à nouveau frappé et gazé au commissariat du XIIe, où ces mêmes membres du GSQ l’obligent à se dénuder.

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Pour cette enquête, j’ai fait le choix de ne rendre publique aucune information qui puisse permettre d’identifier les mineurs victimes et les policiers mis en cause.