Syrie, SNCF, fiscalité, ZAD, universités... Emmanuel Macron face à son bilan

Le président de la République a été interrogé par Edwy Plenel et Jean-Jacques Bourdin durant plus de 2 h 30. Emmanuel Macron a justifié l’intervention en Syrie, concédé des pistes pour calmer les grévistes de la SNCF, évoqué le financement de la prise en charge des personnes âgées et, surtout, essayé de montrer la cohérence de son projet politique. Avec difficulté.
> Revoir l'émission en intégralité

Cet article est en accès libre. Découvrez notre offre spéciale ! S'abonner

BFM TV et RMC, pour leur promotion de la soirée, l’ont intitulée d’un « L’Interview » définitif. Mediapart a préféré l’appeler l’entretien « Chiche Banco », référence au dialogue entre Edwy Plenel et Emmanuel Macron dans les locaux du journal, à deux jours du second tour de la présidentielle. Ce 5 mai 2017, le candidat répondait positivement, après 2 h 30 d’échanges, à l’invitation à revenir faire le bilan d’un an de pouvoir en cas d’élection. Ce dimanche 15 avril 2018, les deux noms de code se sont traduits par plus de deux heures de questions-réponses entre Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel d’un côté, et le président de la République de l’autre.

photo-bfm-mediapart-2

Après son interview sur TF1 par Jean-Pierre Pernaut le jeudi 12 avril, au cours de laquelle il a notamment remercié les retraités pénalisés par la hausse de la CSG tout en montrant une détermination sans faille sur la suite des réformes à mener, Emmanuel Macron entamait la seconde phase d’une sorte d’opération de reconquête de l’opinion face à deux journalistes.

Frappes aériennes en Syrie, lutte contre le terrorisme, politique économique et sociale, immigration, laïcité, écologie, exercice du pouvoir… Le président s’est attelé une nouvelle fois à son fameux exercice de pédagogie, ce concept fourre-tout et si simple pour exprimer que les citoyens ne comprennent pas le bien-fondé d’une politique.

Dans le fond, peu d’annonces et un exercice présidentiel, même s’il a été bousculé par des questions plus coriaces et politiques qu’habituellement, finalement assez attendu. Emmanuel Macron, parfois accroché, a fait de son mieux pour tenir le fil ténu qu’il considère être une cohérence de sa politique. Sur la SNCF bien sûr, même s’il a ouvert le dialogue à une reprise de la dette par l’État, sur l’éducation en défendant bec et ongles son ministre de l’éducation, sur la santé avec un discours vague promettant la restauration d’un système aujourd’hui à la dérive.

Sur la forme néanmoins, Emmanuel Macron s’est montré plus violent, et moins charmeur que d’habitude. Le président s’est donc livré, à plusieurs reprises, à une stratégie de l’attaque personnelle. À chaque fois qu’il s’est retrouvé en difficulté, voire acculé, il a attaqué ad hominem ses intervieweurs.

Quand Edwy Plenel l’interroge sur sa pratique verticale du pouvoir, « en force » et non « en marche », il répond : « Je conteste l’orientation de votre question », « votre question est posée de manière biaisée ». Sur l’évasion fiscale en Europe, Emmanuel Macron accuse Jean-Jacques Bourdin qui préfère parler d’évasion fiscale plutôt que d’optimisation : « Votre raisonnement est faux. » « Vous n’êtes pas le professeur et nous ne sommes pas les élèves », croit utile de lui rétorquer Edwy Plenel. Une phrase à laquelle le chef de l’État répondra, en fin d’interview, par cette sentence qui en rappelle une autre : « Vous êtes intervieweurs, je suis président de la République, nous ne sommes pas sur un pied d’égalité. »

Toujours sur la question de l’évasion fiscale, quand Jean-Jacques Bourdin évoque son « ami », le milliardaire Bernard Arnault, Macron le menace d’évoquer « votre ami Xavier Niel [l’un des 88 contributeurs, ultra minoritaire, de la société des amis de Mediapart – ndlr] ou votre ami Monsieur Drahi [propriétaire de BFM TV et RMC, où officie Jean-Jacques Bourdin – ndlr] ». Le président ira même jusqu’à évoquer la fausse « affaire » de la TVA Mediapart. Une manœuvre immédiatement qualifiée de « mesquin[e] » par le fondateur du journal.

Régulièrement lors de l’interview, avec le ton stable et enrobé qui est le sien, Emmanuel Macron a tenté de discréditer ses interlocuteurs. Des journalistes qui « colportent » des informations, qui donnent des « arguments fallacieux », ou qui « insinuent ». Quand Edwy Plenel l’interroge sur les évacuations à Notre-Dame-des-Landes, Emmanuel Macron lui lance : « Vous n’êtes pas sérieux, Monsieur Plenel ! »

Sur les anciens dirigeants de la SNCF dont la gestion était censée être catastrophique et qui sont restés à la tête de l’entreprise (Guillaume Pepy), voire qui sont devenus ministres (Élisabeth Borne), Edwy Plenel interroge : « S’il y a un mauvais bilan, pourquoi vous ne changez pas les personnes dirigeantes ? » Emmanuel Macron répond : « Vous avez une manière de vous attaquer aux gens ! Vous jetez les gens en pâture ! » Edwy Plenel rappelle alors les salaires des anciens dirigeants, aux alentours de 50 000 euros mensuels citant celui de l’actuelle ministre de la défense, Florence Parly, auparavant employée à la SNCF. On ne peut pas « donner les salaires en pâture ! », s’indigne le président. Et Edwy Plenel de conclure : « Mon salaire est public, le vôtre aussi ! »

Au-delà de ces joutes verbales, qui donnent à voir un président parfois revanchard, en tout cas ne voulant pas céder un pouce de terrain aux questionneurs, les plus de deux heures et demie de débat ont permis de balayer les grands thèmes de sa politique, même si l’écologie, la formation professionnelle ou la culture ont été les grands oubliés de l’exercice télévisuel.

Prolongez la lecture de Mediapart Accès illimité au Journal contribution libre au Club Profitez de notre offre spéciale