A la fête de “L’Humanité”, la gauche au bord de la fracture

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Il y a quatre ans, au même endroit mais dans l'opposition, deux gauches prenaient acte de leurs désaccords. Désormais majoritaires dans les urnes, elles ne se parlent quasiment plus. À la fête de L’Humanité, les responsables du nouveau pouvoir socialiste ont boudé les débats et fait la politique de la chaise vide, lors de deux tables rondes, sur les relations entre forces de gauche et sur le traité européen. Ni Harlem Désir ni Martine Aubry ni Marie-Noëlle Lienemann (empêchée pour des raisons personnelles) pour le PS, ni Jean-Vincent Placé (EELV), n’ont répondu aux invitations.

Il y a un an, plusieurs candidats socialistes s’y pressaient pourtant, en pleine campagne à la primaire. À l’époque, François Hollande et Manuel Valls n’avaient pas fait le déplacement, au contraire de Martine Aubry, Ségolène Royal et Arnaud Montebourg. Ce week-end, seuls les secrétaires nationaux Guillaume Bachelay (futur n°2) et David Assouline (porte-parole) ont représenté le PS, mais seulement pour écouter le discours d’ouverture de Pierre Laurent. Quant aux ministres, ils ont été bien plus rares à se rendre à La Courneuve (Seine-Saint-Denis) qu’à Jouy-en-Josas (Yvelines) lors de l’université d’été du Medef. Au lieu du premier d’entre eux et dix des membres de son gouvernement, elles ne furent que deux à fouler samedi 15 septembre la tribune : George Pau-Langevin et Najat Vallaud-Belkacem. Cette dernière, venue parler égalité homme/femme, s’est même fait copieusement siffler, en répondant à une question sur le traité européen, lorsqu’elle a estimé que « François Hollande a réorienté le traité ».

Centre des discussions dans les allées de la fête, la mobilisation contre le futur traité budgétaire européen (TSCG) est dans toutes les têtes, affichée sur tous les murs, présente dans beaucoup de discussions des dirigeants du Front de gauche, à deux semaines de la manifestation du 30 septembre. Si sa mise en œuvre a connu quelques ratés au démarrage, elle est désormais vécue comme un premier test pour le Front de gauche, rassemblement pour la première fois confronté à deux ans sans élections.

Pour Jean-Luc Mélenchon, l’esprit du cortège, dont le tracé fait encore débat, a pour but de retrouver la dynamique du référendum européen de 2005. Sans être sûr d’obtenir semblable victoire, le positionnement interne à gauche compte aussi dans la période. « On veut maintenir ouvert le sillon de 2005, que tous nos adversaires font tout pour refermer, explique-t-il. Le oui et le non ne sont pas “réconciliables”, il n’est pas question de se réconcilier, on n’est pas fâchés, on est juste en désaccord politique. » Selon lui, la mobilisation anti-TSCG a un premier objectif, à défaut d’obtenir un référendum ou un vote contre au Parlement : « Il faut que nos concurrents expliquent pourquoi ils vont au bout de cette logique européenne. » « Il va y avoir une prise de conscience, un premier pas. On va prendre date, explique la dirigeante communiste Marie-Pierre Vieu. Même si aujourd'hui, la première question des gens n'est pas le traité. C'est bien pour cela que le PS ne veut pas lancer de débat public. »