Le préfet de Guyane enterre définitivement la mine d’or de Saül

Par

L’ouverture des travaux a été refusée, mercredi 14 octobre, à la société minière Rexma sur son site de la crique Limonade, en plein parc amazonien. En 2012, les ministres Éric Besson et Arnaud Montebourg avaient donné leurs feux verts, avant la découverte de la falsification de l’étude environnementale.

Cet article est en accès libre. Découvrez notre offre spéciale ! S'abonner

 « Un des objectifs de cette réforme du code minier, c'est de pouvoir dire plus jamais le permis Rexma en Guyane, plus jamais d'exploitation minière dans le périmètre d'un parc national », avait déclaré Delphine Batho, l’ex-ministre de l’environnement, une semaine avant d’être limogée, en juin 2013. Le permis d’exploitation accordé à la société minière Rexma contre l’avis de tous les services de l’État en 2012 a été l’emblème d’une dérive. Il a finalement été enterré, mercredi, par le préfet de Guyane, Éric Spitz.

Le préfet a signé le rejet de la demande d’ouverture d’une mine d’or sur le site de la crique Limonade, en plein parc amazonien, à 5 km de la ville de Saül. Le 2 septembre, le Conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques (Coderst) avait déjà émis un avis défavorable à cette demande compte tenu de la falsification de l’étude environnementale remise par l’exploitant lors de la procédure administrative. Ainsi que Mediapart l’avait révélé (ici), une enquête judiciaire avait été ouverte en juillet 2013 par le parquet de Cayenne pour « faux et usage de faux » visant une manipulation de l’étude d’impact versée à l’enquête publique qui avait conclu en 2009 à un avis favorable au permis minier.

La piste d'aterrissage de Saül © DR La piste d'aterrissage de Saül © DR

« L’instruction a permis de mettre en évidence le fait que le porteur de projet avait produit une étude d’impact falsifiée et insincère »,signale le préfet, dans un communiqué. « Une centaine de modifications » ont été « apportées à la version initiale de l’étude d’impact » réalisée par le bureau d’études Ecobios, et ce « dans le but d’amoindrir les conséquences de l’exploitation sur l’écosystème de la crique », selon le préfet. « Ces manipulations ont délibérément atténué les impacts potentiels » de la future mine d’or.

Le patron de Rexma, l’entrepreneur Jean-Pierre Casas, a néanmoins bénéficié d’un non-lieu, en raison de la prescription des faits – qui est de trois ans dans les affaires de « faux »« Le procureur m’a transmis son ordonnance de non-lieu au mois de mars, a indiqué le préfet à Mediapart, et compte tenu des faits, l’administration centrale a conclu que l’on ne pouvait donner qu’un avis défavorable à la demande de l'exploitant. »

Le 3 mai 2012 – entre les deux tours de la présidentielle –, le ministre de l’industrie Éric Besson avait curieusement signé ce permis d’exploitation d’une durée de 5 ans, pour une superficie de 10,1 km². Et ce malgré l’avis négatif de la totalité des administrations locales. S’étaient prononcés contre : direction de l’équipement (DDE), Parc amazonien de Guyane, mairie de Saül, direction de l’agriculture et de la forêt (DAF), direction de l’environnement (DIREN); direction de l'industrie (DRIRE), commission départementale des mines, et préfet de Guyane ! Le 26 octobre 2012, le ministre du redressement productif Arnaud Montebourg avait signé à son tour le permis, tournant le dos aux objections, notamment celles de sa collègue Delphine Batho, et des scientifiques qui alertaient les pouvoirs publics sur les risques environnementaux que faisait peser ce projet sur le site de Saül, haut lieu de la biodiversité de Guyane. Montebourg avait soutenu que la « zone de cœur » du parc amazonien n’était pas concernée, avant de « suspendre » le permis à l’annonce de la découverte de falsification de l’étude d’impact.

Jusqu’en septembre, et en dépit de ses manœuvres, l’entrepreneur Jean-Pierre Casas a été soutenu par les milieux patronaux, qui ont manifesté symboliquement devant la préfecture, une corde accrochée au cou. « Une pression est exercée par une partie des milieux sociaux professionnels, mais ils savent que je mets tout en œuvre en faveur d’autres projets, commente le préfet. Sur 90 dossiers miniers passés au Coderst, seulement 7 ont été refusés. »

Le projet le plus activement soutenu par le préfet est le projet de mine à ciel ouvert porté par la société canadienne Colombus Gold dans l’ouest guyanais, à une centaine de kilomètres au sud de Saint-Laurent, qui promet d’extraire 7 tonnes d’or par an, sur le gisement dit de la Montagne d’or. Un chiffre d’affaires de plusieurs milliards d’euros. Le ministre de l'économie Emmanuel Macron qui s’est rendu en Guyane, fin août, a visité le site du canadien, et il a jugé que le projet de Columbus Gold « participe pleinement au renouveau minier de la France ».

La demande d’autorisation de travaux miniers de ce projet, en rien comparable à celui de Rexma, devrait quant à elle être déposée début 2016. Columbus dispose de huit concessions minières couvrant une superficie de 190 km². « L’usine va démarrer en 2018. On a trois ans pour se mettre en ordre de bataille », annonce le préfet qui espère obtenir une « triple acceptabilité » du projet : sociale, économique et environnementale. Invité à visiter le site en avril, un des responsables du WWF Guyane s’est plaint de n’avoir « pas eu d'informations » sur les « pratiques sociales et environnementales » de cette société minière.

Prolongez la lecture de Mediapart Accès illimité au Journal contribution libre au Club Profitez de notre offre spéciale