A Montreuil, une rébellion porte Voynet à la mairie

Jean-Pierre Brard, apparenté communiste et maire depuis vingt-trois ans, postulait pour un cinquième mandat. Dominique Voynet a créé la surprise, portée par une forte contestation des pratiques du maire sortant, toujours soutenu par le PS. Lire aussi notre reportage sur la réélection de Jean Tiberi dans le Ve arrondissement de Paris.

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Personne n’aurait parié sur un tel score. «Dans nos rêves les plus fous, on se voyait perdre de justesse», témoigne dimanche vers 21h15 Eric, un militant Vert. Et pourtant les résultats sont là : sur l’écran géant de la salle des fêtes de la mairie de Montreuil (Seine-Saint-Denis), et sur toutes les lèvres. «Il a perdu, il a perdu!», entend-on un peu partout. Et jamais : «Elle a gagné, elle a gagné!».

Dominique Voynet, sénatrice (Verts) de Seine-Saint-Denis, a pourtant rassemblé sur son nom 54,19% , soit près de 22 points de plus qu'au premier tour (32, 47%). Mais l’événement est ailleurs que dans sa victoire. Cela faisait 24 ans que Jean-Pierre Brard (apparenté PC) était maire de la ville. Et 73 ans que Montreuil était communiste (hormis la guerre). «C’est comme le Mur qui tombe», souffle un militant écologiste.Dans la salle, pas de liesse, pas de cris. Tout juste quelques applaudissements timorés lorsque le score de Dominique Voynet apparaît à l’écran. Ils sont à peine plus appuyés quand la victoire est confirmée une deuxième puis une troisième fois. «Ici on est à la mairie, au sein du fief, chuchote un Vert qui s'assure d'un regard circulaire que personne ne l'entend. On est chez les crypto-staliniens».

Un communiste lassé de Brard explique, mal à l’aise : «On respecte les gens qui ont mal aux tripes. Moi-même j’ai le cul entre deux chaises.» Une mère de famille précise : «On s’est réunis en famille. J’avais plus d’enfants qui votaient Brard que Voynet alors j’ai décidé de voter Voynet pour rééquilibrer. Mais c’est fou : jamais on n'a eu autant de copains qui nous ont appelé pour nous demander ce qu’on faisait, pour faire part de leurs hésitations. Et jamais il n’y a eu tant de foule à la mairie pour des résultats.»

UMP et LCR en veulent au maire

Manque un seul homme : le maire, enfermé dans son bureau. Peut-être en train de réaliser que cette fois, il s’est mis vraiment trop de monde à dos pour rester majoritaire. En son absence, le débat se poursuit : les militants Verts débarquent sans que les communistes désertent. Les Voynettistes se justifient presque, parlent des «logements délabrés du Haut-Montreuil», de la gestion de l’eau qui devrait être publique selon eux.

Mais surtout les électeurs discutent de l’homme, cet «animal politique fascinant qui connaissait le nom et l’activité de milliers de gens dans la ville». On le dépeint «dictatorial», «autoritaire», «narcissique». Pour Elise, 32 ans, «ce n’est pas contre les communistes que les gens ont voté. C’est contre des pratiques.» Voynet semble ainsi avoir récupéré non seulement une bonne partie des votes de la droite (avec 9,62%, au premier tour, la candidate UMP n’avait pu se maintenir), mais également bon nombre de voix de la LCR (6,29% au premier tour).

Et les socialistes ? « C’est un camouflet pour les instances nationales, exulte François, membre du PS ayant soutenu Voynet. Cela montre qu’ils sont aussi inaudibles auprès des électeurs que des militants.» Alors que la section PS locale voulait soutenir la sénatrice verte, les instances nationales avaient appelé à voter Brard. «C’était la consigne de trop, dit François. Déjà aux dernières législatives, le candidat PS n’avait pas participé au second tour alors qu’il aurait pu gagner et qu’il n’y avait aucun risque à ce qu’il se maintienne. Mais non : les dirigeants du PS avaient préféré que Brard soit élu avec 100% des votes. Ça nous a laissé sans voix.»

L'appel à la réconciliation sera difficilement entendu

Dimanche dernier, au soir du premier tour, c’est Jean-Pierre Brard lui-même qui s’était chargé de les priver de voix. Après avoir annoncé les résultats du premier tour et prononcé quelques mots pour mobiliser ses troupes, il était parti de la salle avec le micro, empêchant ses adversaires de s’exprimer. Hier, les micros ne manquaient pas autour d’une Dominique Voynet libérée, qui a appelé à la «réconciliation» devant une salle enfin bruyante et chauffée par la longue attente de la proclamation des résultats par le maire sortant.

Quand il a quitté l’estrade, Jean-Pierre Brard n’a pas adressé un regard, ni un mot, à son adversaire victorieuse, qu’il s’était déjà bien gardé de féliciter dans son discours. Les services d’ordre des deux candidats, eux, n’ont pas été avares de mots et de gestes, allant jusqu’à se bousculer. «On est chez nous !», invectivaient bruyamment des membres de la jeune garde de Jean-Pierre Brard. Comme si les résultats étaient trop gros pour être vrais.

Michaël Hajdenberg

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