Violences policières Reportage

Cinq ans après la mort d’Adama Traoré, une nouvelle marche pour réclamer « justice »  

Un millier de personnes ont défilé samedi, à l’appel du collectif « Vérité pour Adama », afin de rendre hommage au jeune homme tué en 2016 à la suite de son interpellation par des gendarmes. Et pour dénoncer, derrière Assa Traoré, « un déni de justice ».  

Rémi Yang

17 juillet 2021 à 20h45

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«Pas de justice, pas de paix ! » Ce samedi 17 juillet, les rues désertes de Beaumont-sur-Oise sont prises d’assaut par le cortège du « Comité Adama ». Dans cette commune du Val-d’Oise, un millier de personnes sont venues défiler pour demander « vérité et justice » pour Adama Traoré, jeune homme décédé en juillet 2016 après avoir été interpellé par des gendarmes de la ville, érigé depuis en symbole des violences policières.

La marche pour Adama, samedi 17 juillet 2021. © RY

Peu de temps après son départ de la gare de Persan-Beaumont, le cortège, mené par la sœur d’Adama, Assa Traoré, a marqué un arrêt devant la caserne de gendarmerie de Beaumont. « C’est ici que mon frère est mort », tonne au micro celle qui est devenue une icône de la lutte contre les violences policières.

José, lui, raconte : « Il y a dix ans de ça, j’ai failli être un Adama Traoré. On subit quotidiennement les violences policières dans les quartiers populaires. » C’est la deuxième fois que cet électricien de 31 ans, venu de Villiers-Le-Bel, participe « à un rassemblement comme ça. Je soutenais beaucoup sur les réseaux sociaux, mais je me suis dit qu’il fallait que je vienne en personne ».

Perchée à l’arrière d’une camionnette, Assa Traoré s’indigne en pointant la gendarmerie du doigt : « Ce jour-là, mon frère voulait juste faire un tour à vélo et il va mourir ! Trois ans après, on va médailler les gendarmes responsables de la mort de mon petit frère (lire ici nos révélations sur ces médailles accordées en 2019) ».

Thomas marche avec ses deux parents sexagénaires. « Ils sont venus me voir de Toulouse et je trouvais que c’était une bonne occasion de les amener ici », explique le trentenaire, de toutes les manifestations. « Ça devrait être un devoir de citoyen de participer à ça », soutient sa mère.

Après s’être réjouie de la libération de son frère Bagui Traoré, acquitté le 9 juillet à l’issue d’une longue détention provisoire et d’un procès pour « tentatives de meurtre en bande organisée sur personne dépositaire de l’autorité publique » (dans le contexte des émeutes qui ont suivi la mort d’Adama), Assa Traoré a dénoncé la nouvelle expertise médicale demandée dans l’enquête en cours sur la mort d’Adama. « Nous sommes dans un déni de justice », a-t-elle estimé.

Le 30 juin, compte tenu de nouveaux témoignages et éléments médicaux recueillis par les enquêteurs, les juges d’instruction ont en effet demandé un complément d’expertise médicale aux quatre médecins belges qui avaient rendu, en janvier dernier, un rapport destiné à trancher la bataille d’expertises contradictoires. Ils avaient conclu que la mort d’Adama Traoré avait été causée, en pleine canicule, par un « coup de chaleur » qui n’aurait toutefois « probablement » pas été mortel sans les manœuvres d’immobilisation et de menottage des gendarmes, ainsi que, « dans une plus faible mesure », par des « états pathologiques sous-jacents ».

« Sans l’application de ces manœuvres de contrainte, on peut penser que M. Traoré n’aurait pas présenté l’évolution dramatique constatée ensuite », pouvait-on lire dans ce rapport. À ce stade, les trois gendarmes impliqués, qui réfutent toute responsabilité, n’ont pas été mis en examen.

Claudine, elle, a fait le déplacement depuis Trivy, en Saône-et-Loire : cinq heures de voiture, « un long voyage » pour cette enseignante à la retraite de 58 ans qui arbore fièrement un gilet jaune. « Je trouve inadmissible ce qui est arrivé à la famille Traoré. Je viens en soutien aux gens des quartiers qui souffrent depuis des années. Depuis Sarko, ça va de mal en pis », explique-t-elle, en déroulant une grande banderole dotée d’un gilet au centre, avec un poing tendu. « On porte toutes ces luttes communes. »

Assa Traoré a dénoncé un « déni de justice ». © RY

Devant la caserne de gendarmerie déserte, le cortège d’un millier de personnes adresse une prière à Adama Traoré avant de repartir dans la ville de Beaumont, en s’arrêtant aux endroits qui ont marqué la vie du jeune homme décédé.

Un premier arrêt rue de la République. « C’est ici que les gendarmes ont écrasé mon petit frère de leur 250 kilos ! », s’exclame Assa, montrant l’appartement dans lequel Adama Traoré a subi un plaquage ventral.

Sur le chemin, plusieurs familles de victimes de violences policières prennent la parole et réclament à leur tour vérité et justice. Comme Mamad Camara, Awa Gueye, ou le père du jeune Sabri, décédé à Argenteuil. Le soir, plusieurs artistes dont les rappeurs Vegedream, Youssoupha, ou encore Hatik, devaient donner des concerts en soutien à la famille Traoré.

Rémi Yang


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