Reprise: l'indécent cocorico de Nicolas Sarkozy

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Publiée jeudi 17 décembre dans la nuit, la “note de conjoncture” de l'Insee dessine pour la France le scénario d'une reprise «laborieuse» au premier semestre 2010, et une envolée du chômage (graphique). Ce sombre diagnostic vient contredire le chef de l'Etat qui s'était décerné un auto-satisfecit et invite à lui retourner la formule qu'il avait alors utilisée: «On doitquand même honnêtement se dire que la politique économique conduite y est pourquelque chose.» Parti pris.
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C'est le genre de rodomontade dont raffole Nicolas Sarkozy. «J'accepte bien volontiers les conseils d'où qu'ils viennent; quant aux critiques, c'est la règle de la démocratie. Mais quand on voit que la France aura la plus petite récession des pays européens et repart plus fort et avant les autres, on doit quand même honnêtement se dire que la politique économique conduite y est pour quelque chose», a-t-il déclaré le 1er décembre, à La Seyne-sur-Mer (Var), à l'occasion d'un discours que l'on peut retrouver ici, devant un parterre d'élus de la majorité et de notables, qui se sont naturellement bien gardés de lui porter la contradiction.

 

Avec près de deux semaines de recul, cette contradiction, ce sont les experts les plus qualifiés qui la lui portent, ceux de l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Ils permettent de comprendre ce qu'il faut penser de l'auto-satisfecit que le chef de l'Etat s'est décerné : il est pour le moins malvenu. C'est ce que révèle la traditionnelle note de conjoncture publiée par l'Insee, jeudi 17 décembre dans la nuit – la “vue d'ensemble” peut être consultée ci-dessous. Car si la France fait effectivement partie des pays européens qui semblent profiter d'une trajectoire de croissance un plus favorable que d'autres pour les prochains mois, l'Insee classe l'Allemagne dans le même groupe. Et puis surtout, l'institut prévient que la croissance française à l'horizon du premier semestre 2010 restera « laborieuse », tandis que l'emploi continuera de s'effondrer et le chômage d'atteindre de nouveaux sommets.

 

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Avant d'entrer dans le détail de ces prévisions économiques pour le premier semestre de 2009, l'Insee présente en effet un très intéressant dossier (que l'on peut consulter ci-dessous), intitulé «Comment s'expliquent les écarts de performance en Europe pendant la récession». Et la conclusion des statisticiens mérite qu'on s'y arrête: «La singularité de la France apparaît dans son absence de handicaps spécifiques. Elle a été relativement épargnée par la récession, au moins en matière d'activité, parce que sa croissance est moins dépendante des exportations que l'Allemagne, mais aussi parce que ses exportations elles-mêmes ont mieux résisté à la chute du commerce mondial que ses grands partenaires européens; la crise immobilière l'a aussi moins frappée que l'Espagne ou que le Royaume-Uni; ses ménages et ses entreprises étaient moins endettés que les espagnols et les britanniques; son plan de relance lui a permis de soutenir le pouvoir d'achat des ménages et partant la demande, au contraire de l'Italie. En revanche, notre pays s'en tire moins bien en matière d'emploi que l'Italie et l'Allemagne.»

 

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