Tunisie: le silence de l'Elysée, le dérapage de MAM

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«Nous avons tous été surpris»

Résultat, depuis la semaine dernière, les appels à la démission de la ministre se multiplient: après le NPA d'Olivier Besancenot et le député communiste Jean-Jacques Candelier lundi, c'est au tour d'Europe Ecologie-Les Verts de demander le départ de la ministre. «Quand un peuple est en train de se débarrasser d'un dictateur on ne vient pas au secours de ce dernier “pour éviter des tueries”. (...) Ce que révèle les propos de la ministre UMP, c'est qu'elle est a priori du côté du pouvoir, fût-il dictatorial», explique mardi le porte-parole écologiste Jean-Louis Roumégas.

Quant au PS, qui a mis le temps avant de soutenir sans ambages la révolution tunisienne, sa première secrétaire Martine Aubry a dénoncé mardi sur France-2 le «silence absolument assourdissant du gouvernement français». «Quand un peuple est en train de se battre avec une dignité extraordinaire pour ramener la démocratie et que la France, terre des libertés, la République française est là sur le retrait, c'est incompréhensible», a-t-elle expliqué.

Mardi, c'est une Michèle Alliot-Marie bien seule et manifestement mal à l'aise, qui est venue s'expliquer devant la commission des affaires étrangères, à l'Assemblée nationale. Il n'y a eu que le fidèle UMP Renaud Muselier pour la défendre sans détour. Même Hervé de Charette, un de ses prédécesseurs au Quai d'Orsay, aujourd'hui au Nouveau centre, y a mis un peu de réserve, reconnaissant tout en la défendant la lenteur de la réaction française: «Qui n'a jamais péché jette la première pierre», a-t-il lancé à l'opposition, avant d'oser la comparaison avec le silence de François Mitterrand lors de la chute du Mur de Berlin...

C'est elle seule qui a dû s'expliquer sur le silence assourdissant de l'Elysée. Pourquoi les ministres régaliens (Brice Hortefeux, MAM, Alain Juppé, et le porte-parole François Baroin) étaient-ils absents vendredi soir, lors de la première réunion interministérielle sur la Tunisie? «On était plutôt dans une situation où le week-end devait être calme. Nous sommes des élus locaux comme vous, nous avions des obligations», a-t-elle justifié. Pourquoi le gouvernement américain a-t-il réagi en premier? «Si ces événements s'étaient passés au Mexique, êtes-vous sûrs que les Etats-Unis, qui ont beaucoup de compatriotes au Mexique, auraient réagi aussi rapidement ?»

Concernant sa sortie de la semaine dernière, la ministre a répété la ligne de défense déroulée dans les médias depuis dimanche, affirmant que ses propos avaient été mal compris, voire «déformés». «Je ne peux que le regretter. (...) Je suis scandalisée par le fait que certains aient voulu déformer mes propos», a-t-elle indiqué, assurant de sa «sensibilité aux souffrances du peuple tunisien». «J'ai été bouleversée par les tirs à balles réelles contre un certain nombre de manifestants. (...) C'est la raison pour laquelle j'ai dit que nous étions prêts à transmettre par la formation le savoir-faire d'une gestion (des manifestations). (...) Jamais il n'a pu être dans les intentions de quiconque de vouloir adresser des forces de l'ordre dans un autre pays», a poursuivi la ministre. Tout en reconnaissant que «nous avons tous été surpris par la rapidité de cette révolution».

En première ligne sur la Tunisie – elle avait d'ailleurs reçu en toute discrétion à Paris le ministre des affaires étrangères, tout juste nommé par Ben Ali, le 7 janvier dernier –, Michèle Alliot-Marie a également indiqué mardi qu'elle avait proposé au nouveau président tunisien d'apporter «une aide en matière de ravitaillement»... Aide que les autorités ont déclinée, a précisé la ministre, qui ne savait plus si le nouveau gouvernement avait été annoncé dimanche ou lundi.

Ces propos ont à nouveau suscité la colère du député communisteJean-Paul Lecoq, celui-là même qui avait interrogé la ministre la semaine dernière. Il a demandé l'organisation d'un débat sur la nature des relations de la France avec les pays africains, dans une ambiance relativement tendue, où certains n'ont pas hésité à évoquer les vacances tunisiennes de responsables politiques (dont MAM épinglée en 2010 dans cet article du Canard enchaîné).

Pour le PS, Gaëtan Gorce a quant à lui dénoncé des «bévues», allant de la «complaisance» à des «erreurs d'appréciation» de la part des autorités françaises, jugeant que les propos de la ministre étaient «déplacés et choquants». Mais sans pouvoir davantage développer le raisonnement, le temps de parole des députés ayant été limité à deux minutes par groupe. MAM a par contre pu lui rappeler les propos tenus en 2008 par Dominique Strauss-Kahn, qui avait louéen tant que directeur général du FMI le système économique tunisien.

Ces polémiques sont en tout cas abondamment reprises de l'autre côté de la Méditerranée, où la position de la France est vivement critiquée, notamment sur les réseaux sociaux, comme avec ce «mur de la honte de Ben Ali» sur Facebook, où MAM figure en bonne place, ou ce montage des déclarations des dirigeants français qui fait fureur en Tunisie.

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