«Gilets jaunes»: Philippe fait sauter le préfet et réhabilite le lanceur de balles de défense

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Après les affrontements des Champs-Élysées, le premier ministre a annoncé le départ du préfet de police de Paris et la création d’unités « anticasseurs ». Il a déploré les « consignes inappropriées » qui ont conduit à « réduire l’usage » du lanceur de balles de défense.

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C’est un aveu d’échec, et même d’un échec cuisant. Le premier ministre Édouard Philippe a annoncé, lundi 18 mars, le départ du préfet Michel Delpuech, à la suite des affrontements survenus, samedi, sur les Champs-Élysées, à l’occasion des manifestations de l’acte XVIII du mouvement des « gilets jaunes ». Le préfet éconduit sera remplacé, dès mercredi 20 mars, par Didier Lallement, le préfet de Gironde réputé à poigne. Ce dernier sera chargé de « renforcer » l’action policière face à ce qu’il a appelé « les militants des mouvances ultra ».

Samedi 16 mars, la police a effectivement reculé à plusieurs reprises devant les manifestants. Et les destructions ont été nombreuses sur les Champs-Élysées, en dépit d’interventions ponctuelles des forces de l’ordre. « Il ne s’agissait pas de manifestants mais d’émeutiers », a martelé le premier ministre, jugeant que « la nouvelle stratégie de maintien de l’ordre » mise au point par le gouvernement, qui avait certes permis « des résultats » après le 8 décembre, « n’a pas été correctement exécutée », samedi.

Édouard Philippe au soir du 8 décembre 2018. © Services du Premier ministre Édouard Philippe au soir du 8 décembre 2018. © Services du Premier ministre

Édouard Philippe a reproché à la hiérarchie policière parisienne d’avoir fléchi face aux demandes d’interdiction ou de suspension de l’utilisation des lanceurs de balles de défense (LBD). Du fait « de la polémique sur le LBD », « des consignes inappropriées ont été passées pour réduire son usage », a-t-il soutenu.

Avant le mouvement des gilets jaunes, le préfet Michel Delpuech n’était pas un chaud partisan de l’usage de LBD. Fin 2017, il avait même annoncé au Défenseur des droits avoir « pris la décision d’interdire » cette arme « dans les opérations de maintien de l’ordre au regard de sa dangerosité et de son caractère inapproprié dans ce contexte ».

Mais la « nouvelle stratégie » mise en place par Christophe Castaner a eu raison de la « décision » du préfet et, au-delà, elle a fait du LBD l’outil principal du maintien de l’ordre face aux gilets jaunes, occasionnant de nombreux blessés – 14 500 balles en caoutchouc ont été tirées du 17 novembre 2018 au 5 février 2019. Les détachements d’action rapide (DAR), unités créées par le ministre de l’intérieur début décembre, ont utilisé à eux seuls près de 80 % de ces munitions.

On doit déduire des déclarations du premier ministre qu’il encourage désormais les forces de l’ordre à étendre l’usage du LBD. Édouard Philippe a annoncé, lundi, vouloir « renforcer la fermeté » de la doctrine du maintien de l’ordre. Cette stratégie renforcée vise à « interdire les manifestations qui se revendiqueront des gilets jaunes » dans le quartier des Champs-Élysées à Paris, mais aussi place Pey-Berland à Bordeaux et place du Capitole à Toulouse. « Nous procéderons à la dispersion immédiate de tous les attroupements », a averti Philippe.

Son dispositif « renforcé » s’appuiera sur des « unités anticasseurs », nouvelle appellation des détachements d’action rapide, « dotées d’une capacité de dispersion et d’interpellation », « qui seront envoyées dès les premiers troubles ». Les forces de l’ordre seront dotées de drones, et pourront faire usage de produits marquants pour mieux identifier et interpeller les auteurs d’infraction. 

Le premier ministre précise aussi l’installation « d’un commandement unique » à Paris. À l’occasion de la création des DAR, le 7 décembre dernier, les forces de l’ordre parisiennes disposaient de deux salles de commandement : celle de la Direction de la sécurité de proximité de l’agglomération parisienne (DSPAP), qui contrôlait l’action des DAR, et celle de la Direction de l’ordre public et de la circulation (DOPC), qui gérait l’action du reste des troupes. Des cafouillages entre les deux commandements s’étaient même multipliés sur le terrain.

Frédéric Dupuch, le patron des DAR, aux côtés d’Édouard Philippe et de Christophe Castaner. © Services du Premier ministre Frédéric Dupuch, le patron des DAR, aux côtés d’Édouard Philippe et de Christophe Castaner. © Services du Premier ministre

Édouard Philippe a aussi annoncé son intention de faire poursuivre les sympathisants des « casseurs » : « Tous ceux qui de facto protègent les casseurs, qui les encouragent ou les glorifient devront prendre leur responsabilités », a-t-il affirmé. Ainsi le ministre de l’intérieur sera-t-il chargé de saisir la justice du cas « des personnalités » qui « encouragent la violence ».

Et il a enjoint les « manifestants pacifiques » à « prendre leurs distances avec ces casseurs » : « J’ai demandé à la garde des Sceaux d’augmenter le montant de la contravention encourue en cas de participation à une manifestation interdite », a-t-il ajouté. 

Les remaniements à la préfecture, comme le limogeage du préfet Delpuech, étaient attendus, voire annoncés depuis plusieurs semaines.

Vendredi, le patron de la DOPC, Alain Gibelin, a été relevé de ses fonctions pour des raisons personnelles, à la suite d’un arrêt de longue maladie. Ce fonctionnaire avait créé la polémique lors de l’affaire Benalla, en contredisant la version de l’Élysée avant de se rétracter. Alexandre Benalla avait évoqué sa participation, en tant qu’observateur, au service d’ordre de la manifestation du 1er Mai avec Alain Gibelin, lors d’un déjeuner avec le commandant militaire de l’Élysée. 

De l’avis des syndicalistes maison, la DOPC est restée affaiblie par l’affaire qui a éclaboussé deux de ses responsables, le commissaire Maxence Creusat et le contrôleur général Laurent Simonin. L’affaire Benalla aurait d'ailleurs conduit le ministre de l’intérieur à confier la gestion des DAR à Frédéric Dupuch, le chef de la DSPAP, plutôt qu’au patron de la DOPC.

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